X
X
L'auditoire

Téléchargez le dernier numéro de L'auditoire !

auditoire

Archives

time_machine

Remontez dans le temps ! Retrouvez tous les anciens articles de L'auditoire ici.

Rejoignez-nous sur Facebook

Suivez notre actualité au quotidien; retrouvez chaque jour articles, concours et photos!

Facebook
Culture
Les Sentiers de la Perdition
La mythique saga Mad Max fait son grand retour au cinéma ! Avant d’évoquer le dernier opus en date, nous vous proposons un petit récapitulatif de la trilogie originale. Métal, cuir, poussière, fioul et sang, bienvenue dans un futur qui appartient aux fous !

Mad Max

« L’histoire est simplement apparue dans mon esprit et n’a plus voulu me quitter, comme un ami imaginaire. J’adore les films de poursuite. Je pense qu’ils sont la plus pure forme de cinéma : c’est là que le langage cinématographique a débuté. Je voulais filmer une seule poursuite longue et étendue, et voir ce que nous pouvions apprendre des personnages au cours du trajet. »

L’an dernier, invité au Comic Con pour présenter les premières images de Mad Max : Fury Road, George Miller expliquait ainsi son envie de revenir à la franchise qui l’a fait connaître en lui offrant un quatrième opus. Cette déclaration entrait en résonnance avec la description que le cinéaste australien donnait de son art dans le documentaire 40,000 Years of Dreaming, décrivant les films comme « des morceaux de musique pour les yeux », le premier Mad Max étant de fait « une pièce de rock and roll visuelle ». Plus loin, il abordait l’image en mouvement sous l’angle du mythe, citant Joseph Campbell pour exprimer son attachement aux récits universels : « Le cinéma est la manifestation high-tech d’un art de raconter les histoires aussi vieux que l’humanité. »

Mad Max

Ainsi, l’ensemble de la filmographie de George Miller est caractérisée par un soin tout particulier apporté au mouvement et une maîtrise absolue du rythme, mis au service d’univers et de personnages aux résonnances mythologiques. La série Mad Max l’illustre parfaitement, ce qui fait son sel étant précisément des courses poursuites et donc un perpétuel jeu sur le mouvement, au cœur duquel évolue un héros au parcours archétypal.

Mad Max

« Quelques années dans le futur », nous dit-on. Dans un paysage morne et désertique, la caméra panote, dévoilant un panneau indiquant « Anarchie Road » puis s’arrête sur un policier, couché dans la poussière, visant au loin à l’aide d’un fusil sniper. A travers sa lunette, il n’observe pas une cible à abattre, mais profite simplement du spectacle d’un couple en plein acte dans les fourrés.

Dès ses premières secondes, Mad Max pose le cadre. On ne sait pas vraiment où ni quand on se situe, mais on comprend qu’il s’agit d’un monde qui se meurt. Tout ce qui structure la société moderne s’effondre peu à peu. La loi et l’ordre subsistent difficilement à travers une force de police (la Main Force Patrol) en sous-effectif. Chaque jour, le chaos gagne en ampleur. Au milieu de cette apocalypse, on suit Max Rockatansky, le meilleur pilote de la MFP. Pour avoir causé la mort d’un bandit de la route au cours d’une poursuite, il se retrouve pourchassé par un gang de motards mené par « Toecutter », le frère de la victime. Alors que ses proches sont menacés et que tout empire autour de lui, Max comprend que seuls deux choix s’offrent à lui : quitter son poste ou devenir aussi fou que ceux qu’il combat.

Mad Max

Très influencé par le road-movie Vanishing Point et surtout le magazine français Métal Hurlant, George Miller orchestre pour son premier long-métrage un récit de vengeance âpre et violent. Baignant dans une ambiance western lancinante, Mad Max nous entraîne dans la lente descente aux enfers de son héros. Dans son premier grand rôle, Mel Gibson est à la fois impressionnant de charisme et touchant de fragilité. Dès sa première apparition, il est iconisé en un véritable anti-héros badass et ambigu.

Ouvrant et clôturant le film, les courses poursuites sont, encore aujourd’hui, d’une efficacité imparable. Malgré son faible budget, Miller parvient à nous emmener au plus près de ses bolides et nous balance des scènes d’action proprement hallucinantes. Excepté quelques rares effets datés (l’accélération de certains plans pour accroître la sensation de vitesse), le cinéaste fait preuve dès ce coup d’essai d’une compréhension parfaite des possibilités offertes par le montage et de leur impact sur le spectateur. De fait, le vrai coup de génie du film est d’être brutal et percutant en ne montrant au final que peu de plans réellement violents ou trash. Les mises en image de la mort de « Toecutter » et celle de l’événement traumatique qui fera basculer Max dans la folie sont à ce titre particulièrement édifiantes : le choc qu’elles provoquent passe tout entier par l’enchaînement des plans.

Enorme succès commercial, Mad Max n’appelait pas forcément à une suite. George Miller et son compère Byron Kennedy ne pensaient d’ailleurs pas lui en donner une. C’est en prenant conscience après coup du potentiel mythologique qu’ils avaient insufflé sans s’en rendre compte dans leur univers qu’ils décident finalement d’y revenir.

Mad Max 2 : The Road Warrior

Mad Max 2 : The Road Warrior

Le monde a définitivement sombré dans l’apocalypse, pour des raisons aujourd’hui oubliées (on évoque un vague conflit entre deux clans, mais on n’est plus trop sûr). Tout ce que l’on sait, c’est que les réserves de pétrole ont été épuisées et que l’essence est ainsi devenue une denrée rare, au point que les derniers rebus d’humanité qui peuplent cette terre dévastée s’entretuent pour en obtenir ne serait-ce qu’une goutte. Au milieu de ce désert impitoyable, Max écume les routes à bord de l’Interceptor, échappant aux pillards et profitant à l’occasion de leurs restes. L’ancien policier a tout perdu. Ne lui reste comme compagnon qu’un fidèle bouvier australien. Brisé, le héros d’antan n’agit plus que pour lui-même et ne cherche qu’à récupérer du carburant pour continuer à avancer. Où, il n’en sait rien.

Ce n’est que par intérêt personnel qu’il portera secours à une petite communauté possédant l’une des dernières raffineries en activité. Trop peu nombreux et inadaptés à la violence qui régit alors le monde, les hommes qui la composent se retrouvent menacés par le terrifiant Seigneur Humungus et ses cruels serviteurs. Si son engagement à leur côté est guidé par l’égoïsme, Max trouvera néanmoins dans leur protection un moyen de racheter ses fautes passées et, peut-être, de regagner son humanité perdue.

Mad Max 2 : The Road Warrior

Désireux d’approfondir son héros, George Miller le plonge pour de bon dans le chaos, passant d’une civilisation déliquescente à un néant post-apocalyptique. Le flic droit mais vulnérable du premier opus a laissé place à un « guerrier de la route » solitaire et impitoyable. Max Rockatansky a perdu son identité pour devenir une silhouette inquiétante et insaisissable, une véritable figure de western, légendaire et puissamment évocatrice.

Habile mélange de genres, l’univers visuel du film est aujourd’hui une référence, la simple mention de la franchise suffisant à éveiller en chacun les images de routes poussiéreuses arpentées par les monstrueux bolides que conduisent des tarés aux allures de punks sanguinaires. Dans cet environnement dominé par la folie, le seul élément de légèreté semble être une boîte à musique jouant l’air de Joyeux anniversaire, que Max trouve dans des décombres avant de l’offrir à l’enfant sauvage qui, plus tard, racontera son histoire et fera entrer « le guerrier de la route » dans la légende.

Aussi brutal et désespéré que le premier film, Mad Max 2 enterre par contre son aîné question mise en scène, nous gratifiant d’une série de courses poursuite parmi les plus incroyables de l’histoire du cinéma (le dernier quart d’heure est un vrai morceau d’anthologie).

Comme précédemment, la franchise aurait pu s’arrêter là, ses auteurs n’envisageant pas de suite supplémentaire. Mais à nouveau, l’appel du mythe est plus fort et Max regagne la route.

Mad Max Beyond Thunderdome

Mad Max Beyond Thunderdome

Fendant l’air, un petit aéroplane pique en direction d’une calèche tirée par des chameaux. Lorsque l’engin passe en-dessus, un homme en saute, atterrit à la place du conducteur, vire l’occupant et reprend les rênes. Relevant la tête du sable, le propriétaire de la calèche ne peut qu’observer tous ses biens s’en aller au loin.

Une fois de plus, celui que l’on appelait Max Rockatansky se retrouve seul et sans rien. Résigné, il erre dans les ruines du monde, jusqu’à ce qu’il atteigne Bartertown, la « ville du troc ». Dans ce semblant de civilisation, deux sociétés cohabitent : celle de la surface, qui fonctionne sur le principe d’échange d’objets, et l’univers sous-terrain, qui l’alimente en énergie grâce au méthane produit par ses élevages de cochons. La surface est dirigée par la retorse Aunty Entity, tandis que sous terre règne Master Blaster, duo réunissant une masse de muscle simple d’esprit et un nain qui n’en manque pas. Les deux faces de Bartertown dépendent l’une de l’autre, mais chacune cherche à obtenir le contrôle total. Quand Aunty Entity n’essaie pas de faire assassiner Master Blaster, c’est le maître du monde d’en-dessous qui fait plier son ennemie en lui imposant un embargo sur le méthane qu’il produit.

Max constatera ainsi à ses dépens que la civilisation se reforme sur les mêmes bases qui l’ont conduite à sa perte. L’unique espoir de l’humanité semble résider dans une tribu d’enfants que le héros croisera sur sa route. Contrairement à la société des adultes, celle-ci est revenue à une organisation primitive telle qu’il en existait aux fondements de l’Histoire des Hommes : vivant en harmonie, les membres de la tribu sont unis par le mythe et les images fantasmées du passé. Ils sont « ceux qui attendent » le retour du Capitaine Walker, un héros censé revenir un jour pour les emmener dans le ciel. Patiemment, ils attendent sa venue, se répétant inlassablement ses exploits d’antan.

Mad Max Beyond Thunderdome

Ainsi, ce troisième opus explore plus avant le matériau mythologique de la saga en s’intéressant aux croyances des peuples et à la façon dont elles déterminent l’identité de ceux qui les véhiculent (thème qui deviendra central dans le cinéma de George Miller). Le récit auquel se raccroche la tribu d’enfants est évidemment une illusion, mais il permettra à Max d’achever son retour vers la lumière. Au début du film, il a définitivement perdu son identité : à son arrivée à Bartertown, on l’appelle « l’Homme sans nom ». Lorsqu’il est pris pour le fameux Capitaine Walker, il s’en défend immédiatement : « Je ne suis pas ce gars ». Pourtant, il mènera finalement la tribu jusqu’au véritable Capitaine Walker, endossant bel et bien le rôle de sauveur. Ayant accompli sa tâche, il devra, comme les héros des mythes, se retirer, laissant les enfants refonder la civilisation.

Souvent mal-aimé, ou du moins considéré comme le moins bon de la saga, ce troisième volet est bien plus intéressant et justifié que l’on a pu le dire. Après la noirceur des deux premiers épisodes, le changement de ton qu’il opère peut surprendre, mais reste cohérent : le récit étant centré sur un groupe d’enfants symbolisant l’espoir d’une renaissance pour la civilisation, le traitement en devient plus léger et réjouissant. Du western violent et moralement ambigu, on passe ainsi à une sorte de péplum fun et décomplexé. Les personnages n’en sont pas moins fouillés ni l’histoire négligée pour autant. De même, si elles n’atteignent pas non plus l’ampleur du final de Road Warrior, les scènes d’action restent parfaitement jouissives. A cela s’ajoute le plaisir de voir Tina Turner jouer la méchante et pousser la chansonnette en début et fin de film, complétant par ailleurs une excellente bande originale composée par Maurice Jarre.

Mad Max Beyond Thunderdome

Beyond Thunderdome est ainsi un troisième opus pertinent achevant de manière cohérente une saga dont chaque nouveau volet est auto-suffisant et indépendant des précédents (en témoigne les personnages de pilotes incarnés par Bruce Spence dans les deux derniers films, proches sans être identiques), mais dont l’ensemble nous narre le parcours d’un homme qui passe dans l’ombre avant de revenir à la lumière.


Aujourd’hui, après trente ans d’absence, Max Rockatansky revient sous les traits de Tom Hardy et toujours devant la caméra de George Miller. On peut s’interroger sur l’utilité de ce nouvel opus, qui arrive en pleine vague de reboot/remake de vieilles franchises, et dont le statut est un peu flou (est-ce une suite ? une préquelle ? un reboot ?). Mais douter de la pertinence de Fury Road serait oublier que Miller souhaitait faire un quatrième film depuis plus de quinze ans (de nombreux soucis l’ayant retardé), de même que la constance abstraite dans la continuité de cet univers qui permet à chaque épisode une certaine liberté. Mais surtout, se poser cette question reviendrait à ne pas comprendre la déclaration de Miller ouvrant ce texte : le désir du cinéaste de réaliser une poursuite géante est intrinsèquement liée à son envie de construire une histoire autour. Contrairement à la majorité des retours d’anciennes sagas, Mad Max revient non pas guidé par une stratégie marketing exploitant une certaine nostalgie, mais bien parce que son auteur a encore quelque chose à nous raconter.

Téléchargez le dernier numéro de L'auditoire !

auditoire

Archives

time_machine

Remontez dans le temps ! Retrouvez tous les anciens articles de L'auditoire ici.

Rejoignez-nous sur Facebook

Suivez notre actualité au quotidien; retrouvez chaque jour articles, concours et photos!

Facebook

Téléchargez le dernier numéro de L'auditoire !

auditoire

Archives

time_machine

Remontez dans le temps ! Retrouvez tous les anciens articles de L'auditoire ici.

Rejoignez-nous sur Facebook

Suivez notre actualité au quotidien; retrouvez chaque jour articles, concours et photos!

Facebook

Recherchez dans les articles

Agenda

Sélection d'événements choisis par la rédaction, pour ne plus rien manquer dans la région.

auditoire

Abonnez-vous, c'est gratuit!

L'auditoire n'est plus envoyé automatiquement à toute la communauté universitaire.
Si vous souhaitez continuer à recevoir notre douce prose dans vos foyers, il vous suffit de remplir le formulaire ci-dessous.

Et si vous nous aimez vraiment beaucoup, vous pouvez souscrire à un abonnement de soutien.