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À bord de l’Aquarius : Interview de Basile Fischer

Dans le numéro 246, nous vous présentions les enjeux auxquels fait actuellement face SOS Méditerranée, dont le bateau, l’Aquarius, a permis de sauver plusieurs dizaines de milliers de vies humaines depuis 2016. Nous vous proposons ici une version complète de notre entretien avec Basile Fischer, chef-adjoint des sauvetages sur le navire. Il raconte son parcours, ses expériences, le quotidien de l’Aquarius, toujours sujet au chamboulement des imprévus. Avec Basile, nous avons également parlé des nombreux problèmes que rencontre la mission, entre manque de moyens et oppositions politiques. Il explique aussi, à qui souhaiterait s’engager, quelles sont les multiples façons d’aider SOS Méditerranée, en mer ou, surtout, à terre.




L’auditoire : Vous êtes aujourd’hui en mission sur l’Aquarius, mais qu’est-ce qui vous y a mené ? Quel fut votre parcours avant cela ?

Basile Fischer : À la base, je suis de Genève. L’humanitaire a commencé pour moi à l’âge de 16 ans : je suis allé au Pays de Galles, dans une école internationale où il y avait une station de sauvetage directement sur le campus. Tous mes premiers pas dans le sauvetage en mer et la pratique du bateau remontent donc à la période entre mes 16 et 18 ans, où, pendant deux ans j’ai travaillé dans cette station de sauvetage, qui faisait partie d’une organisation présente partout sur les côtes du Royaume-Uni. C’est donc là que ça a commencé. J’ai fait mon baccalauréat international là-bas, en parallèle au travail sur la station.

Je suis ensuite parti en Hollande pour mon Bachelor, puis suis rentré à Genève, où j’ai commencé un Master. Sur la fin de ce Master, un des amis que j’avais rencontré au Pays de Galles est parti en Grèce, sur l’île de Lesbos. Il s’y trouve une organisation qui s’appelle Refugee Rescue, qui avait alors un bateau de sauvetage sur cette île. J’ai donc rejoint mon ami là-bas, la première fois pour quelques semaines, et cela m’a provoqué un déclic. J’y ai fait mes premiers sauvetages, des sauvetages d’embarcations de réfugiés en détresse. Et cela change, lorsque l’on constate cette crise migratoire de ses propres yeux. On peut toujours voir des photos, des vidéos, mais le voir en vrai ne laisse pas indifférent. Cela m’a vraiment touché. Après, je suis reparti en Grèce, j’y ai passé près d’un an et demi, toujours à Lesbos. J’ai commencé comme équipier, j’ai fait de l’organisation, puis je suis devenu coordinateur des opérations de cette organisation.

L’Aquarius, j’ai commencé à y travailler en juin 2017. Comme lors de ma précédente mission, j’ai commencé comme équipier, puis pilote, chef de bord du deuxième bateau. Là je viens de commencer dans une nouvelle position, je suis coordinateur adjoint des opérations.


Basile Fischer



Comment s’organise la mission de l’Aquarius, entre temps en mer et retour au port ?

Généralement on travaille sur un système de rotations, qui durent trois semaines, et on embarque environ pour neuf semaines. Après on prend entre 5 et 6 semaines de pause entre chaque embarquement. Ce qui fait donc neuf semaines en mer et environ cinq à terre.


Et où êtes-vous actuellement ?

Cela fait un mois et demi que je suis à bord. On a fait la dernière rotation où l’on a effectué trois sauvetages différents, et on a débarqué à Malte, puis l’on est retourné à Marseille, où l’on est depuis un peu plus de deux semaines. C’est une escale technique. Normalement, ces escales sont beaucoup plus courtes, mais on avait plusieurs problèmes à régler, notamment le fait que l’Aquarius soit passé du pavillon de Gibraltar à celui de Panama : sûrement à cause de pressions politiques, Gibraltar nous a retiré son pavillon, il a donc fallu transiter, et nous avons désormais le pavillon de Panama En ce moment, on est en train de régler deux ou trois préparatifs, et on devrait reprendre la mer d’ici quelques jours. (Ndlr : Depuis notre entretien avec Basile Fischer, l’Aquarius a de nouveau perdu son pavillon. À l’heure où nous publions cet article, des négociations sont en cours pour lui attribuer le pavillon suisse après que de nombreuses personnalités ont signé un appel en cette faveur, et des demandes, plus timides, émergent aussi pour proposer un pavillon français.)

Pour ma part, il me reste en tout cas un mois et demi à bord, et puis, lors des escales, beaucoup de travail en amont doit être fait, beaucoup d’entraînements, théoriques comme techniques, sur les équipements également.





Comment gérez-vous les oppositions à l’action de SOS Méditerranée ? On peut penser à des mouvements comme Générations identitaire, autant qu’aux tentatives de pression politique. Comment, en tant que membre et en tant qu’équipage, gérez-vous les affronts au travail mené avec l’Aquarius ?

Premièrement, mon rôle à bord est celui de marin-sauveteur. Nous, on se concentre sur notre travail, qui est organisé selon trois piliers : l’entrainement, la maintenance et les sauvetages. Pour tout ce qui est politique, énormément de personnes travaillent à terre. Ce sont elles qui gèrent toutes les négociations nécessaires. Néanmoins, l’ensemble des équipes travaille avec la plus grande transparence possible, et nous faisons tout pour montrer quelles sont nos actions et nos activités à bord. On peut justement nous suivre depuis peu.

Il arrive que l’on ressente tout de même quelque frustration, en tant que sauveteur, à bord. Mais elle rejoint une frustration présente dans tout notre travail, pendant les sauvetages notamment : ceux que l’on n’arrive pas à faire, ceux que l’on a loupés. En tant que sauveteurs, le plus important reste d’être concentrés à cent pourcents sur notre travail. Par rapport à tout ce qui a pu se passer avec des groupes comme, vous l’avez mentionné, Génération Identitaire et autres, je ne préfère même pas en parler du tout. De toute façon, ces actions ne nous ont jamais empêchés de mener à bien notre mission. L’Aquarius a fait sa première mission en mer en février 2016. Malgré les changements de contexte, les dynamiques actuelles qui essaient de nous empêcher d’opérer, on est déterminé plus que jamais, et la mission continue, pour nous, dans l’ensemble.


A propos de ce contexte politique, justement, de récents événements ont été particulièrement problématiques…

Il y a eu l’épisode de l’odyssée de l’Aquarius à Valence, quand l’Italie a fermé ses portes, et qu’il y a eu une volonté des politiques européennes d’externaliser leur politique en donnant beaucoup plus de légitimité à la Lybie. Un centre de coordination de sauvetages a récemment été créé en Lybie, ce qui veut dire que nous sommes censés désormais travailler avec les autorités libyennes pour coordonner les sauvetages en mer. La mer est partagée en plusieurs sections, qui sont coordonnés par plusieurs centres de sauvetage : jusqu’à la fermeture des ports italiens, on travaillait toujours avec les coordinations de sauvetages italiennes. Or, maintenant, on a dû travailler avec le centre de coordination libyen. C’est une chose qui, sur le fond, ne nous pose pas de problèmes ; on a toujours dit qu’on travaillerait avec les autorités maritimes compétentes en accord avec le droit maritime international. Mais il faut bien se rendre compte que la Lybie n’est pas un endroit de sûreté. Récemment, un état d’urgence vient même d’être déclaré dans le pays, beaucoup d’ambassades ont été évacuées, des combats prennent place actuellement à Tripoli… C’est un endroit où l’on ne trouve aucun gouvernement stable, où aucune condition n’est remplie pour pouvoir coordonner de manière efficace ces sauvetages.

Pendant la dernière mission, nous avons essayé de coordonner des sauvetages avec des autorités libyennes, mais celles-ci nous ont juste dit qu’elles n’étaient pas compétentes pour le faire et ne pouvaient nous assigner de port de sureté, qu’il fallait donc nous adresser à un autre centre. Une chose qu’il est très important de comprendre, c’est qu’un sauvetage se termine, selon le droit maritime international, une fois que les naufragés ont été débarqués dans un port de sureté. Alors, même lorsque l’on travaille avec les autorités libyennes, on veut collaborer avec elles, sauf que la Lybie en elle-même ne saurait être reconnue comme un endroit de sureté. Récemment, elle a été déclarée septième pays le plus dangereux du monde, et pour cela comme pour toutes les raisons que j’ai mentionnées avant, une de nos positions les plus certaines, c’est que l’on ne débarquera jamais des gens en Lybie.


Cela ne s’est bien jamais produit jusqu’à présent ?


On ne l’a jamais fait jusqu’à présent, et on ne le fera jamais. Avec toutes les histoires que l’on a pu entendre de la part des naufragés, ce sont en Lybie des conditions inhumaines. Sur le plan de l’hygiène, c’est d’une précarité incroyable, et puis c’est aussi de la torture, de la violence, de l’extorsion, du trafic d’êtres humains… Toutes ces raisons accumulées font que l’on ne peut absolument pas reconnaître la Lybie comme un endroit sûr, et qu’on n’y débarquera jamais personne.





En ce qui concerne votre rôle sur le bateau, en quoi consiste votre travail de marin-sauveteur ? Et, à défaut d’une journée type, dont on peut aisément imaginer qu’elle n’existe pas et ne décrirait rien exhaustivement, à quoi ressembleraient 24 heures sur l’Aquarius ?


Exactement ; on dit toujours qu’il n’y a qu’une seule règle : c’est qu’il n’y a aucune règle. Tout change du jour au lendemain, même si on avait une journée entièrement prévue. Mais, en gros, lorsque l’on est en mer, une journée type commence par un meeting que l’on a avec toutes les équipes, chaque matin à huit heures et quart. Lorsque l’on est, comme on dit, en zone de sauvetage, on patrouille constamment. Mon équipe, celle du sauvetage, garde continûment des gens sur la passerelle, 24 heures sur 24, en train de scruter l’horizon. On observe la mer avec différents outils spécifiques, des jumelles, et des jumelles de vision nocturne par exemple. Et on se relaie toute la journée.

Nous faisons aussi énormément d’entraînement, que ce soit théorique ou pratique : quand on se retrouve dans des situations de sauvetages, des secondes peuvent valoir une vie, on se doit donc d’être à 100% sur nos connaissances, nos procédures, nos façons d’opérer. À côté de l’entraînement, on fait aussi beaucoup de maintenance : nous sommes en mer, dans des endroits où il fait chaud, on doit affronter d’importants UV, il faut alors prendre soin des différents outils que l’on a.

Généralement, on travaille donc à ces tâches d’entraînement et de maintenance jusqu’à cinq ou six heures du soir. Après, il faut savoir que nous, SOS Méditerranée, on s’occupe de sauver. On travaille ensuite en collaboration avec Médecins Sans Frontières, qui a aussi une équipe à bord. Ce sont eux qui prennent en charge les personnes. On doit donc aussi s’organiser et s’entraîner avec eux, pour savoir comment l’on s’occupera des personnes à bord. Alors, on a vraiment des entraînements différents chaque jour.


Avez-vous rencontré sur l’Aquarius des difficultés particulières, qui peut-être inattendues, ne seraient pas forcément apparues lors de précédentes missions humanitaires ?


C’est toujours difficile. On est en première ligne pour trouver des embarcations d’une précarité incroyable, qui ne sont pas du tout faites pour aller en mer, et qui, à chaque fois, sont complètement surchargées. Il y a toujours des sauvetages qui se passent bien, mais il y en aussi qui se passent beaucoup moins bien ; on est en rapport avec la mort, et on y est confronté malheureusement souvent. Nous écoutons aussi les récits des personnes, pour comprendre ce qu’ils ont traversé, pourquoi ils sont là où ils sont. Énormément de gens ne comprennent pas qu’une grande majorité de ces migrants, à la base, ne voulaient absolument pas venir en Europe. Ils se sont rendus en Libye pour des raisons économiques, et s’y sont littéralement fait kidnapper. Souvent, on nous dit que rester en Libye c’est la mort assurée, et qu’il vaut mieux prendre un risque, et prendre la mer, quitte à mourir en mer, plutôt qu’en Libye. Dans l’ensemble, alors, ce contexte, n’est jamais facile à gérer pour nous.

Pour ce qui est de l’inattendu, c’est pareil avec les sauvetages. Il n’y a pas deux sauvetages identiques, et au vu de la nature des embarcations auxquelles on est confronté, tout peut toujours dégénérer. Il est aussi compliqué de gérer les contacts avec les garde-côtes libyens. Il n’y en a pas qu’un genre, et on rencontre aussi des bateaux qui se font passer pour tels. On doit donc suivre plusieurs procédures, pour notre propre sécurité également, lorsque l’on se fait approcher par des bateaux, dont on ne connaît pas les intentions. Tout le monde est armé, en Libye, l’inattendu peut arriver à tout moment.


Quelle est ordinairement la fréquence des sauvetages ? Remarquez-vous des fluctuations, des pics comme des baisses ?

C’est une chose assez imprédictible, mais que différents facteurs influencent. Un des premiers facteurs reste la météo. La Méditerranée est beaucoup plus calme les mois d’été que pendant l’hiver, or le calme est justement nécessaire à ce que les bateaux puissent quitter les plages et influence les départs. Après, il faut relever le fait que, entre 2016 et 2017, il y a eu une baisse des arrivées totales, mais cela est lié à un taux de mortalité beaucoup plus élevé : moins de personnes partent, tentent la traversée, mais cette dernière est devenue plus dangereuse. Il y a plusieurs raisons à cela, mais une des principales est la volonté des politiques européennes de criminaliser le travail des organisations humanitaires, qui a provoqué le retrait de plusieurs organisations gouvernementales qui étaient en place.

De manière générale, le nombre de traversées fluctue beaucoup, et peut changer à tout moment. Cela fait des années et des années qu’il y a des gens en Méditerranée, que ce soit sur la route Ouest, donc du côté de la Grèce, ou Est, vers l’Espagne, et cela fluctue entre les différents endroits. En ce moment, par exemple, il y a davantage de gens qui tentent la traversée par l’Espagne. Tout est très dynamique, les réseaux de passeurs, sont très bien organisés, et il y a beaucoup de forces qui se rejoignent là-dedans. Il reste finalement difficile de se prononcer sur les fréquences de traversée et de sauvetage. L’été dernier a été très occupé, et on y a connu des records : à bord, on a eu à un moment plus de 1000 personnes à bord, issues d’une dizaine de sauvetages. Mais à chaque fois que l’on prend la mer, la situation peut être différente, on le sait, et les sauvetages peuvent prendre un comme dix jours.


Comment avez-vous alors vécu, avec le reste de l’équipage, les récents événements qu’a connus l’Aquarius, lorsqu’il a dû rester plusieurs jours en mer alors qu’il était absolument nécessaire qu’il soit accueilli dans un port, jusqu’à ce que celui de Valence lui soit ouvert ?


C’est extrêmement frustrant. Comme je l’ai dit, on est toujours en relation de façon complètement transparente avec les autorités maritimes compétentes. Il se trouve qu’il est inscrit dans le droit maritime international que les rescapés d’un sauvetage doivent être débarqués dans les plus brefs délais dans un port de sûreté. Dans ces situations, qui sont pour nous très frustrantes notamment à cause de cela, il y a donc des occurrences de non-respect du droit maritime international. On sait, à bord, que la solution, ce n’est pas nous qui la trouvons mais que cela se négocie à terre, par les personnes de l’association qui sont en contact avec les autorités. Mais vis-à-vis des personnes que l’on avait à bord, c’était difficile, il fallait leur expliquer la situation. On s’était retrouvé bloqué en mer, avec le bateau qui n’avançait pas, or les rescapés comprennent bien que l’on est à l’arrêt. Il n’est pas facile de gérer ce genre de situation, pour nous, avec des centaines de personnes à bord, alors qu’on ne sait pas vraiment ce qui se passe.

Ce que nous demandons, alors, c’est la mise en place de solutions durables, en respect avec le droit maritime international. D’ailleurs, cela ne concerne pas que l’Aquarius, mais aussi tous les autres bateaux, de marine marchande par exemple. Récemment il y a même eu des garde-côtes italiens qui sont restés bloqués en mer. Ce qui se fait actuellement, ce sont des solutions qui ne sont pas du tout durables, qui mettent la vie de centaines de personnes en danger. Ce n’est juste pas possible. Et cela se reflète aussi dans le taux de mortalité qui est en augmentation constante. Un récent rapport du HCR [lien : http://www.unhcr.org/fr/news/briefing/2018/7/5b3f8059a/baisse-arrivees-taux-accru-mortalite-mediterranee-hcr-appelle-intensifier.html], donc des Nations Unies a justement constaté une évolution d’une personne sur quarante à une personne sur dix-huit, qui ont trouvé la mort en tentant de traverser la Méditerranée. Le 2 septembre, il y a encore eu deux naufrages, et plus d’une centaine de morts à nouveau. Ces choses ne font pas forcément la une des médias, pourtant c’est loin d’être fini.




Dans l’autre sens, comment, à bord, préparez-vous alors les réfugiés à leur arrivée en Europe ? On peut lire par exemple dans le livre de la sage-femme de MSF Alice Gautreau (Seuls les poissons morts suivent le courant, Pygmalion, 2018) que les équipes les prévenaient qu’on leur demanderait à la frontière italienne s’ils venaient pour travailler, de façon, en cas de réponse positive, à les classer comme « migrants économique », enterrant directement toute possibilité d’obtention du droit d’asile (et qu’il fallait donc qu’ils répondent autrement). En discutez-vous avec les rescapés ? Que leur dites-vous de la suite de leur voyage ?

Je ne sais pas si l’on peut vraiment dire qu’on prépare les rescapés. Ce sont des personnes qui arrivent dans des conditions la plupart du temps assez horribles, qui sont des fois extrêmement faibles, mal nourries, qui viennent de passer des heures en mer, parfois plusieurs dizaines. Alors nous, les sauveteurs, on essaie plus de discuter, de leur offrir un sourire, de faire une partie d’échecs, de les écouter, passer un peu de temps avec eux… Mais ce n’est pas vraiment notre travail à nous, de SOS Méditerranée, de parler avec eux de ces questions. Dans l’équipe de Médecins Sans Frontières, on a des personnes en charge de médiation culturelle, des affaires humanitaires, qui eux, leur font un discours avant le débarquement, en leur annonçant comment cela va se passer. Mais, tout de même, je ne crois pas qu’on puisse prétendre qu’on les prépare concrètement. D’une certaine façon, notre mission à nous prend fin au débarquement, c’est triste, mais c’est comme ça.


Comment voyez-vous l’avenir de la mission ? Quelles pourraient être les évolutions envisageables ? Si les moyens étaient disponibles, pourrait-on par exemple songer à la mise en mer d’un deuxième bateau de SOS Méditerranée ?


Le simple fait de maintenir un bateau est extrêmement difficile. Avec tous les problèmes que l’on a eus récemment, cela nous a pris encore plus de temps et d’énergie supplémentaires. Mais l’on pense à comment se développer, et comment être encore plus efficace que l’on ne l’est actuellement – car il faut savoir que l’on est parti de rien du tout, d’une certaine façon, on peut apprendre partout à faire du sauvetage en haute mer et prendre l’initiative de sauver des embarcations de migrants surchargées en détresse. Il y a eu énormément de développements, il a fallu faire différentes procédures, manœuvres, acquérir différents équipements, et l’on essaie constamment de s’améliorer. On a déjà parlé de l’éventualité de changer de bateau, ou d’en avoir un deuxième, ou d’opérer à d’autres endroits. Pour le moment, il n’y a pourtant rien de concret, toute l’énergie et toutes nos ressources sont investies dans ce que l’on fait actuellement.

Néanmoins, ça bouge ! Il y a par exemple eu la récente création de l’antenne suisse de SOS Méditerranée. Mais toutes ces évolutions sont des choses qui demandent énormément de temps, d’énergie et de ressources, que l’on n’a pas du tout pour le moment.


Au niveau des échos de l’action de SOS Méditerranée, que pensez-vous de la couverture médiatique qui a été réservée à l’Aquarius ?


Je reviens d’abord sur les trois piliers qui constituent notre travail : le sauvetage, la protection et les témoignages. Selon ce dernier, justement, la couverture médiatique est quelque chose de très important pour nous. C’est une de nos armes les plus importantes pour pouvoir communiquer et sensibiliser à propos de ce que l’on fait, et alerter les gens de tout ce qui se passe. Nous avons en permanence des journalistes à bord, de différents médias, trois ou quatre en général. Malheureusement, cela fait un bon moment, désormais, que cette crise est en cours, et on peut voir qu’il y a certaines périodes de grosse couverture médiatique au gré des événements. Par exemple, dans le cas de l’épisode de Valence, la couverture a été mondiale ! Pendant quelques jours, cela a fait les gros titres. Mais tous événements ne les font pas : le fait que la Libye soit en situation de guerre civile, ou que nous ayons constaté deux naufrages au début du mois de septembre, ce sont des choses qui sont moins traitées.




Il existe plusieurs façons de suivre l’actualité de l’Aquarius très directement, quelles sont-elles ?

On a pour notre part toute une équipe qui rédige des communiqués, tient à jour nos réseaux sociaux et y est très présente. Chaque antenne nationale de l’association a une page Facebook et/ou un compte Twitter. Il y a également, depuis l’odyssée à Valence, un journal de bord en ligne : onboard-aquarius.org. Correspondant à notre souhait de transparence, c’est un travail très factuel. On y trouve des cartes, mises à jour continuellement, ce qui permet aux gens de voir où l’on se situe, mais aussi une compilation des informations, qui se crée au fur et à mesure et qui rassemble nos activités de la journée, ce que l’on voit, comment on s’entraîne… Dès que l’on mène une opération de sauvetage, tout est retranscrit également. Notre idée est donc animée de transparence, comme je le disais, mais elle est aussi pédagogique : notre mission ne fait pas l’unanimité, certaines personnes l’apprécient, d’autres la détestent, mais beaucoup, surtout, ne la comprennent pas très bien. On souhaite expliquer aux gens, concrètement, comment tout cela se passe, autant lors des sauvetages qu’au cours de négociations. Cet outil, ce journal de bord, est assez récent, mais on mise beaucoup dessus, on lui accorde une grande attention.


Si quelqu’un souhaite s’engager pour SOS Méditerranée, quelles sont les principales informations à connaître, dont il faudrait prendre conscience, pour le faire ?


Il y a plein de manières différentes de s’investir. Beaucoup de personnes pensent tout de suite au bateau, mais un travail énorme est fait à terre également. Cela fait pratiquement un an que l’antenne suisse a été créée, et il existe différentes façons de s’investir avec celle-ci, comme simple bénévole, comme membre actif, comme membre passif, on organise aussi de nombreux événements, comme ce que l’on a fait au Paléo par exemple. On en était le partenaire caritatif pendant toute la semaine, et on a eu un important succès.

Le bureau est pour le moment basé à Genève, mais l’idée est de créer des antennes ailleurs en Suisse romande, et d’essayer de se développer ensuite dans toute la Suisse. Des rencontres sont organisées ces temps, à Nyon, à Neuchâtel, à Sion, et c’est au sein du développement de ces antennes que l’on peut par exemple s’investir, comme bénévole ou comme membre, et s’investir dans divers domaines, que ce soit l’administratif, l’événementiel ou la publication. Une autre manière de s’investir qui est importante pour nous, c’est simplement de parler autour de soi de ce que fait l’association, de ce qu’est la mission, comme de nombreuses personnes la connaissent simplement, sans savoir concrètement comment elle se déroule. Cette sorte mobilisation est précieuse, le simple fait d’en parler à ses proches peut aider.

Pour ce qui est du travail sur le bateau, nous avons tous un background professionnel, que ce soit en tant que marin, en tant que sauveteur, urgentiste… Il est toujours possible d’envoyer son CV lorsque l’on a un profil qui pourrait correspondre à venir sur le bateau. On a plusieurs équipes de bases qui tournent entre elles, mais il y a aussi un renouvellement constant. C’est la partie la plus médiatisée, il est vrai, mais le travail à terre reste énorme, et il est indispensable, même si l’on en parle moins. Et surtout en Suisse, tout cela est en train d’évoluer considérablement avec ces différentes antennes, et sur le plan événementiel également. De nombreux artistes et personnalités nous suivent et permettent de nous donner de la visibilité.

Il faut garder en tête que nous sommes une organisation apolitique et que plus de 90% de nos fonds viennent de dons privés, de personnes lambda. Et ces dons sont même souvent peu élevés : récemment, on a encore reçu, de la part de deux petites filles qui avaient organisé une vente de pâtisseries, une somme de 43 euros environ. SOS Méditerranée est vraiment une réponse de la société civile face au manque d’action des gouvernements européens. C’est toujours dans cet état d’esprit que l’on évolue.




Propos recueillis par Fanny Utiger, le 16 septembre 2018

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