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"Entre urgence et développement"
Responsable des programmes internationaux à Médecins du Monde, Morgane Rousseau nous parle de son parcours et des défis de l'aide humanitaire à l'heure actuelle. Entrevue.


Quel a été votre parcours, avant de travailler pour Médecins du Monde?
J'ai étudié les sciences sociales à l'Université de Lausanne. Avant mes études, j'étais déjà partie dans les townships d'Afrique du Sud, avec IMBEWU, une petite ONG basée à Neuchâtel. Je suis ensuite rentrée dans le comité de cette association, pour laquelle j'ai fourni pas mal de travail bénévole tout au long de mes études. En 2008 s'est mis en place la Fédération neuchâteloise de coopération au développement. J'ai obtenu le poste de secrétaire générale de cette fédération, à vingt pourcents, en parallèle avec la fin de ma formation. C'est durant cette période, par réseautage, que j'ai connu Médecins du Monde Suisse, membre fondateur de la Fédération, et que j'ai pu y effectuer un stage d'assistante en gestion de projet pour six mois, puis un remplacement de congé maternité. Après quelques années d'expérience et un brevet fédéral de relations publiques, le poste de responsable des programmes internationaux à Médecins du Monde s'est libéré et j'ai alors pu intégrer l'organisation. En général, cette fonction est occupée par des personnes qui ont davantage d'expérience sur le terrain, mais j'ai acquis des compétences en suivant un chemin différent.

Comment l'organisation Médecins du Monde conçoit-elle le processus d'aide humanitaire?
Pour ne citer qu'un point, historiquement, Médecins du Monde Suisse est plus dirigée vers des actions de développement. Maintenant, on mène aussi quelques actions d'urgence, mais toujours en essayant de maintenir un lien fort avec les processus de réhabilitation et de développement, notamment en collaborant avec les partenaires locaux. A l'heure actuelle, la complexité des conflits et la multiplicité des acteurs rendent d'autant plus nécessaire le fait de travailler avec une logique de développement, adaptable en temps de crise. Mais ce n'est pas facile.

Quelles sont les principales difficultés une fois sur le terrain?
Quand on démarre un projet, on réfléchit beaucoup à son bienfondé, aux bénéficiaires de l'aide et à la pérennité de cette dernière. Or, pour aboutir, un projet doit également s'appuyer sur des bases administratives, financières et légales solides. Sinon, on a beau avoir de belles idées, on se casse souvent la figure. Ce n'est pas le problème principal sur le terrain, certes, mais c'en est un qui est souvent négligé.



Certains projets s'avèrent être un véritable échec une fois transposés sur le terrain. Quelles seraient alors les conditions nécessaires à une aide éthique et efficace?
Notre président fondateur a défini quatre questions auxquelles il faut répondre avant de s'engager dans un projet. Est-ce que quelqu'un nous a demandé quelque chose (ce quelqu’un peut être une ONG locale, un état ou même un individu)? Est-ce que nous sommes attendus (par ce quelqu’un) ? Serons-nous accompagnés dans la mise en œuvre du projet? Comment allons-nous quitter le projet pour qu’il soit «pérenne» grâce à ce quelqu’un? Si ces points sont respectés pour l'ensemble des étapes de la planification d'un projet, une partie des problèmes peut déjà être évitée. On essaie donc de ne plus démarrer d'action sans la présence d'un partenaire qui, sur place, soit prêt à s'investir sur le long terme. Dans la même idée, des phases pilotes d'environ une année sont mises en place. Cela nous permet de connaître le contexte local, de rencontrer les gens voire parfois de procéder à ce que l'on appelle un diagnostic communautaire participatif.

Auriez-vous un exemple concret?
La méthode du diagnostic communautaire participatif a notamment été utilisée au Bénin, où on a démarré un projet pour la santé des enfants dans les bidonvilles de la capitale. On a travaillé avec un spécialiste béninois de la promotion de la santé et le diagnostic a été effectué avec les communautés. Une centaine de personnes ont été interviewées, des comités locaux ont été constitués, puis une assemblée générale regroupant des représentants de ces comités. Ce sont vraiment les Béninois qui ont identifié, dans leurs quartiers, les problèmes prioritaires relatifs au domaine de la santé et les actions possibles pour y remédier. Finalement, ce sont eux qui ont monté le projet. Par contre, de notre côté, il est clair que ce type de phases pilotes sont difficiles à financer. Pendant une année, une année et demie, il n'y a pas beaucoup de résultats, ou du moins d'autres résultats que ceux auxquels on est habitué. On ne pourra pas, par exemple, avancer des chiffres sur la diminution de la mortalité infantile, mais on a tout de même un impact aux niveaux communautaire et politique qui est non négligeable.

Y a-t-il des acteurs avec lesquels vous refusez de traiter? Des contextes géopolitiques dans lesquels vous choisissez de ne pas intervenir?
En Grèce, Médecins du Monde était notamment active jusqu’à peu dans le camp d'Idomeni. Au moment où les renvois vers la Turquie ont été décidés, des camps de transit, tenus par l’armée, ont été ouverts dans les environs. Les autorités grecques nous ont demandés d'intervenir également dans ces camps-là. Une vraie question s'est-alors posée, quant à savoir si une intervention de notre part était envisageable, sans pour autant cautionner la décision de renvoi vers la Turquie. En tant que Médecins du Monde Suisse, nous avons finalement laissé notre partenaire Médecins du Monde Grèce prendre cette décision, car ce sont eux qui sont véritablement présents dans le pays

Quelle a été la décision de Médecins du Monde Grèce?
Ils ont décidé d'intervenir dans les camps, mais tout en précisant bien qu'ils continueraient à lutter contre la pérennisation de ces camps et à dénoncer la politique des renvois vers la Turquie. A Médecins du Monde, l'élément clé est surtout de pouvoir conserver notre liberté de parole. A ce titre, le fait d’avoir un «pied» dans ces camps était aussi une façon d’avoir un œil sur ce qui s’y passait.

Quels sont les principaux défis auxquels Médecins du Monde a dû faire face au cours de ces deux dernières années?
Les bailleurs de fonds investissent plus facilement pour l'urgence que pour le développement. Dans un contexte où on essaie de survivre en tant qu'ONG, on a une pression de la part des bailleurs de fonds et des partenaires financiers, pour faire de plus en plus d'urgence et de moins en moins de développement. Ce qui à la base n'est pas notre souhait. Concrètement, on a eu des moments assez difficiles dans la gestion de nos activités en Haïti. On travaille en Haïti depuis la création de Médecins du Monde, donc depuis plus de quinze ans, avec des projets de développement. Après le séisme de 2010, on était une des seules ONG de santé présentes dans la région la plus proche de l'épicentre. On a été très sollicité, on a reçu beaucoup de fonds et notre projet a énormément grandi. Et puis, quelques années après, Haïti est toujours dans une situation de crise, mais la levée de fonds est plus difficile, et on ne peut pas continuer éternellement à travailler dans une logique d'urgence. Ce qui fait que l'on a dû y diminuer nos activités.

Comment sensibiliser l'opinion publique sur ces crises qui s'étendent sur le long terme?
C'est difficile. Concrètement, quand on fait des appels de dons à nos contacts, ceux liés à l'urgence rapportent financièrement beaucoup plus que ceux liés à des questions de développement. C'est la même chose avec les médias. Quand il y a une urgence, on reçoit spontanément des demandes de la part des médias qui veulent nous interviewer, savoir si on est sur place. Sur le développement, c'est assez rare. On essaie de nouer des contacts en période de crise et, à moyen terme, de les sensibiliser sur les questions de développement. Mais cela reste un champ de tensions perpétuelles.

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