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Tran Thi Tuyet, une serveuse au passé simple
Guerre du Vietnam, communisme, chômage, prison,… Les épreuves ont été nombreuses dans la vie de Madame Tran, serveuse incontournable de Géopolis. Aperçu de l’entretien qu’elle a accordé à L’auditoire.

Tran Thi Tuyet sert chaque jour à la cafétéria de Géopolis, armée de son éternel sourire. – © Yves Di Cristino

8h45. Tran Thi Tuyet arrive souriante sur son lieu de travail. Elle franchit les portes vitrées, adresse un regard sur la salle peu remplie et s’engage sur son chemin habituel en direction du comptoir du Mouline Café. Elle salue, sur son passage, quelques étudiants désormais habitués des lieux. Elle leur sourit, leur adresse ses vœux de bonne journée et continue à longer les bancs et les installations de la cafétéria afin d’accéder, d’un pas rapide et ferme, aux coulisses de la cuisine. À 52 ans, Madame Tran a trouvé sa place, au Géopolis, dans ce restaurant de SV Group où les qualités attribuées au service sont légion. À l’Université, cette Vietnamienne au regard doux et aux volontés affirmées a retrouvé sa «liberté» – une joie de vivre et de travailler indicible à laquelle elle se soumet sans difficulté. Un quotidien radieux et des rapports humains certains. Les signes d’une carrière qui semble la réjouir. Elle a basé son bonheur sur l’utilité de son occupation, la sociabilité qui entoure son personnage et une simplicité incomparable dans le regard et dans ses gestes. Elle donne l’impression de baigner dans ce bain depuis belle lurette. Et pourtant, allant au-delà des apparences, son passé n’a rien d’un passé simple. La fuite du communisme, des assassinats, de la misère, Madame Tran a survécu à toutes les épreuves que la vie lui a réservées. Un courage certain qui lui vaut aujourd’hui une liberté insatiable pour laquelle elle a longuement prié en quittant son pays d’origine. Quand l’Histoire se conjugue au passé simple.

Le Vietnam pendant la guerre (1955-1975)
La guerre, Tran Thi Tuyet l’a connue précocement. Le communisme, la dictature, l’emprisonnement dans une idéologie unique et sans issue et sans lumière; une existence qui débuta sous une toiture incertaine et sous un sol tremblant. Un chez-soi épié et fragile. Le régime en vigueur au Vietnam et la guerre qui y a éclatée en 1955 ne laissaient place à aucune forme de liberté. Face aux contraintes et aux nombreuses obligations imposées par celui-ci, la vie était difficile. Emprisonné et assassiné dans son funeste bagne, son père a été une des nombreuses victimes du communisme. Les faits étaient d’une intensité grave, menant ainsi la famille Tran à la fuite par voie maritime vers la fin de la décennie 1970. Engouffrée dans une barque de pêche, le voyage a pris la forme de l’enfer. Face à la tempête, l’issue funeste n’était qu’une question de temps. Un véritable compte à rebours dont le ton était donné par le déchaînement des vagues de l’océan. Des conditions de survie similaires à celles narrées par Daniel Defoe en 1719. Une pochette de riz et une dame-jeanne d’eau potable à partager entre les divers membres de la famille pour un temps vraisemblablement difficile à estimer. Entre famine et climat incertain, l’existence de Madame Tran a longuement été marquée par la peur et la souffrance.

Une nouvelle vie transalpine
Après dix jours de navigation, la nacelle accoste au Malaya, où d’abord mis en danger par les autochtones puis aidés par les organisations internationales telles que l’ONU et Terres des hommes, les rescapés ont pu loger dans des conditions meilleures avant de prendre meilleure route en direction de l’Europe. C’est en 1979 que Tran Thi Tuyet pose pour la première fois le pied sur les terres suisses et alpestres de Leysin. Un air épuré et une fraîcheur qui rend tout l’exotisme voulu à une vie malaisée. Mais face à une population peu habituée aux étrangers et des droits sociaux encore peu évolués, le traumatisme d’une vie non sans embûches ne s’apprête encore pas à prendre fin. Lancée d’abord dans un apprentissage d’employée de banque à SBS (Société des Banques Suisses) à Saint-François, puis installée en tant qu’indépendante dans un traiteur avant de s’engager en tant qu’intérimaire dans une usine de textile, c’est, au final, face au chômage que Madame Tran a longuement lutté. Mais après mûres réflexions, c’est dans la restauration qu’elle base le renouveau de sa vie professionnelle.

Un renouveau au Géopolis
Elle crée avec son ex-mari deux restaurants de niveaux très différents. Le premier était le «Café des Amis» à Lausanne, ouvert à diverses catégories de personnes: drogués, alcooliques et autres personnes engouffrées dans ce genre de difficultés. Madame Tran avoue ne pas avoir rencontré de gens de meilleure condition dans ce premier établissement: «Les personnes plus aisées et plus sérieuses ne venaient pas dans ce restaurant. Ils disaient que c’était le bordel.» La gestion de ce commerce n’a jamais été un long fleuve tranquille pour Madame Tran, longuement victime d’une forme de racisme à laquelle elle a répondu avec beaucoup de diplomatie. Débiteurs de «chintocks» – pour qualifier la population asiatique – les anciens locataires de l’établissement s’en sont pris de manière souvent très virulente aux projets de Madame Tran. Des reproches qui ont par ailleurs fini par faire tomber en décrépitude ses volontés et ambitions. Par la force des choses, elle a été à nouveau contrainte de se représenter au chômage. Une mise en arrêt qui aurait pu continuer si le Géopolis n’avait pas ouvert ses portes il y a trois ans. Embauchée et mise en service d’abord à 80%, puis à 100%, Tran Thi Tuyet ne s’arrête plus de remercier la protection de l’être supérieur; la foi ne l’a jamais quittée, dit-elle en conclusion. En guise de morale donc: un passage de l’épreuve à une forme de liberté sans précédent pour une ressortissante étrangère qui face à la guerre et la tempête, s’en est toujours sortie la tête haute.

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