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Rencontre avec Vincent Baudriller
L'auditoire a rencontré dernièrement le nouveau directeur de Vidy, comme nous vous en faisions part dans notre dernier numéro d'avril 2014 – en grands amateurs du théâtre, nous ne pouvions passer à côté. Nous avions affaire à un homme bavard, terriblement enthousiaste et plein de projets ambitieux. Une aubaine.

Vincent Baudriller est le nouveau directeur du théâtre de Vidy (Photo: Eddy Mottaz, le Temps)


Il y a beaucoup de théâtres dans les environs, à Lausanne mais aussi dans le reste de la Suisse romande. Comment envisagez-vous d’intégrer le paysage ?

Ce qui est très agréable ici, c’est qu’on arrive à travailler ensemble grâce à une envie que je n’avais pas connue auparavant. C’est très stimulant. Nous avons des projets avec les musées de l’Elysée et de l’Art brut, avec l’Arsenic, avec la Grange de Dorigny. Le théâtre collaborait depuis longtemps avec Kléber-Méleau, ça continue. Nous allons travailler avec le Forum Danse pour programmer plus de spectacles de danse. Je souhaitais aussi travailler avec le festival de la Bâtie, ça se fera. Il y a donc l’idée de s’associer et de trouver des complémentarités. J’ai passé beaucoup de temps pour rencontrer les uns et les autres, pour présenter le projet que je veux développer, et écouter ceux qui sont développés ici. Ça m’a permis de voir comment travailler en articulation. Ce qui est sûr, c’est qu’on veut défendre ici un théâtre d’art, un théâtre contemporain, ouvert à la danse, ouvert à des cultures qui viennent d’ailleurs. J’aimerais trouver une articulation sans conflit avec ce qui se passe ici. Il y aura j’espère une émulation assez excitante, avec les autres partenaires du champ des arts vivants comme du champ des arts plastiques.

Quel serait le bilan intermédiaire de ce premier semestre en tant que directeur du théâtre ?

Là n’est pas encore le temps du bilan parce que ça n’a pas vraiment commencé : j’avais à prendre la direction d’un théâtre dont la programmation avait déjà été préparée par mes prédécesseurs. Je suis arrivé le 1er septembre, directement depuis le Festival d’Avignon dont je me suis occupé pendant dix ans. Mon travail a consisté jusque-là à prendre la mesure du théâtre de Vidy, caractérisé par une entreprise culturelle assez importante avec plus de soixante-dix salariés permanents. J’ai observé ce qu’il se passe ici dans les quatre salles ainsi qu’en tournée pour comprendre le fonctionnement de l’institution et son rapport au territoire, les enjeux de ce dernier, et enfin comment croiser le projet que j’avais envie de réaliser avec l’identité du théâtre et son contexte.

Et qu’avez-vous observé ?

Le théâtre de Vidy est un lieu particulier, marqué et porté par son histoire, notamment sa genèse lors de l’Expo 64. Il y a peu de théâtres comme celui-ci en Europe. A cela s’ajoutent l’importance et l’influence des directeurs qui m’ont précédé, des artistes qui sont venus ici, et du public extrêmement fidèle. Il y a en effet un noyau dur de spectateurs qui ont accompagné le théâtre avec beaucoup de présence et beaucoup d’amour pendant vingt ans, mais ceux-ci n’ont malheureusement pas transmis leur passion à leurs enfants et leurs petits-enfants. C’est un théâtre qui est à la fin d’un cycle et ne s’est pas beaucoup projeté dans l’avenir. Ça se voit aujourd’hui dans les équipements, dont il faut s’occuper afin de répondre aux exigences du théâtre contemporain. Il faut également s’occuper de l’élargissement du public. Sur le plan esthétique, il faut ouvrir à des langages contemporains qui sont importants dans le théâtre d’aujourd’hui et qui ne sont pas venus suffisamment à Vidy.
Il y a dans la région une vitalité artistique grâce aux musées d’art contemporain et aux nombreux théâtres, et il y a une exigence et une ambition artistiques assez rares pour une ville de cette taille, qui s’applique non seulement dans la quantité mais aussi dans la qualité. J’ai réalisé que les niveaux sont très internationaux et ai été étonné d’entendre autant de langues différentes dans l’espace urbain. Cette diversité est importante et assez stimulante à mon sens.
Ensuite il y a la dimension recherche et développement, liée au pôle universitaire, très importante également car elle résonne bien avec la question de la création, il y a beaucoup de points communs.
Le travail pendant tous ces mois a été d’abord de comprendre tout ceci. Puis je me suis demandé «Comment combiner tout ça ?» pour essayer de concevoir un projet qui résonnerait avec la singularité de ce territoire si dynamique sur le plan culturel. Ce projet se décline en deux temps. Ma programmation débute la saison prochaine dès la rentrée, mais je me suis aperçu qu’il fallait prendre la parole plus tôt.



D’où le prologue.

Oui, pour commencer à raconter le projet, peut-être pour introduire Lausanne à des univers artistiques que je voulais défendre, et commencer à présenter des artistes qui seront importants à Vidy. Pour y aller progressivement et créer une nouvelle dynamique. Il n’y a pas assez de spectateurs au théâtre de Vidy. Les publics ne sont pas assez diversifiés dans leur classe sociale, dans leur génération, dans leurs origines : il faut donc ouvrir un maximum les portes. Raconter tranquillement que le théâtre est à ma conviction un des arts les plus contemporains qui soit, qui parle d’aujourd’hui et qui fait parler des artistes d’aujourd’hui. C’est sa richesse : il se fait à partir de tout ce qui s’invente autour de lui, il n’y a donc pas plus moderne. Pourtant beaucoup de personnes intéressées par l’art en génréral sont éloignées du monde du théâtre, car elles pensent que c’est un art qui est un peu archaïque, voire ringard, alors que je suis convaincu du contraire. Il suffit de venir voir. Il faut stimuler l’envie d’aller jusqu’à Vidy voir les spectacles. D’où l’idée du prologue qui me permet de m’exprimer plus tôt. La programmation a été faite jusqu’à mi-mai dans la grande salle et fin mai dans les petites par mes prédécesseurs. Je me suis dit que pendant un mois, au moment où j’annoncerai la saison prochaine, je ferais une programmation qui donnerait des clés de ce qui va se passer ici après.

Quels sont ces changements que vous prévoyez ?

Je voudrais défendre un théâtre qui interroge le monde, le spectateur, car il est pour moi un lieu qui a un rapport à l’art mais qui est aussi un lieu de partage de l’expérience de cet art-là. Ces deux temps m’intéressent. Il y a d’abord le temps de la représentation, où l’on est confronté à l’altérité de l’artiste et à sa vision du monde dans une confrontation plutôt intense. C’est la caractéristique et la force des arts vivants : on est assis dans son fauteuil et obligé d’entrer dans le temporalité de l’œuvre, qui se déroule ici et maintenant, à la différence de la littérature, des arts plastiques et même du cinéma.
Puis vient le temps du partage de cette expérience-là. J’arrive d’un endroit assez privilégié pour ça puisqu’au festival d’Avignon, les spectateurs sont pendant trois, quatre jours ou une semaine dans un théâtre à l’échelle d’une ville. Ils restent dans ce théâtre, ils vont voir plusieurs spectacles par jour et ils en parlent beaucoup. C’est une opportunité assez rare. Vidy est assez bien doté pour cela, avec ses quatre salles et son grand foyer au milieu, que nous allons essayer de moderniser en installant notamment une bonne connexion wifi pour que les gens aient même envie de venir pendant la journée. Ce temps de partage est important. On ne vient pas seulement au théâtre pour assister à un spectacle mais également pour parler des questions qui ont été soulevées par les compositions de spectacles, d’expositions et de débats que nous allons faire à Vidy.



Est-ce donc un objectif du prologue ?

Oui. Je l’ai intitulé «Si on parlait d’amour, d’héritage, de politique», comme trois sujets qui se croiseront et résonneront avec les propositions que nous allons faire pendant ce mois-là. Nous avons édité un magazine pour présenter le principe du prologue et son programme avec deux couvertures différentes, qui font aussi office d’affiches, pour interpeller et insister sur la question transgénérationnelle. Ce qui me plaît dans la proposition du graphiste, c’est que les questions ne prennent pas le même sens sur les deux affiches. Une vieille dame qui parle d’héritage ne dit pas la même chose qu’un jeune homme qui en parle – elle pense à ce qu’elle va transmettre et lui pense à ce qu’il va recevoir. On pourrait dire la même chose sur l’amour et la politique : ça prend des sens différents.
Pour favoriser les échanges entre les spectateurs, nous organiserons des débats autour de questions politiques, philosophiques et historiques, et pas seulement autour d’artistes. Nous commencerons avec un débat dont le thème est « Hériter ? », avec Matthias Langoff, un metteur en scène allemand qui a dirigé ce théâtre entre 89 et 91, et Annette Becker, qui est historienne, spécialiste des traumas de la guerre. Le père de Langoff était artiste et a été placé en camp de concentration dans les années 30, puis il a fui l’Allemagne nazie. Son fils est né à Zürich en 1941 et est retourné à Berlin en ruine après la guerre. Toute son œuvre est marquée par cet héritage.
Avec ce prologue, je voulais commencer par le début : quand on avance, pour moi c’est important de penser aux fondamentaux et à l’histoire. J’ai un peu de chance, j’arrive au moment où nous fêtons nos cinquante ans, et rien n’était prévu. L’Expo 64 est un événement très puissant dans l’imaginaire collectif. Quand ceux qui l’ont vécue en parlent, il y a quelque chose de la jeunesse qui apparaît sur leur visage pendant quelques secondes.
Dans l’Expo 64, il y a d’une part l’euphorie : c’est trente ans après la guerre, on est en pleine croissance et prospérité économique, des nouveautés scientifiques qui vont bouleverser le monde font surface, comme les ordinateurs et la transformation des moyens de transport.. Et d’autre part il y a déjà de la contestation, puisqu’on est dans les années soixante. A Lausanne, on la retrouve à travers Charles Apothéloz, qui a fait un sondage censuré par le pouvoir fédéral parce que trop anticonformiste, et à travers les films de Laurie Brandt, absolument incroyables, très contestataires envers le pouvoir.
Je souhaitais raconter la naissance du théâtre à travers cet événement, soit comment Max Bill, artiste contemporain, lui a donné forme par son geste architectural, et comment Charles Apothéloz, directeur du théâtre de Lausanne, lui a donné vie par son combat visant à soutenir les artistes locaux et à leur et donner du travail. Il y aura donc pendant six semaines une expo gratuite dans le foyer et dans la cour sur l’Expo 64, avec des films, des photos et une conférence du fils de Max Bill, Jacob Bill.

L'Expo 64 à Lausanne – photographie du Musée historique.


Pouvez-vous nous parler un peu de la programmation ?

Elle commencera le 12 mai avec King Size de Christoph Marthaler, qui est pour moi un des plus grands dans le milieu théâtral. C’est une façon de signifier qu’il sera un artiste important pour Vidy par la suite, et d’essayer d’interroger pourquoi les artistes suisses allemands sont si peu présents ici. Il y a de vrais points communs ainsi que de vraies différences entre Suisse romande et Suisse alémanique qui sont, je trouve, une grande richesse. C’est peut-être la chance de venir de l’extérieur, on regarde les choses plus simplement… Quoi qu’il en soit, il y a une culture qui est née de ces différentes langues, de ces différentes traditions et de ces différentes traditions théâtrales. C’est le seul pays au monde qui est doté des deux grandes pratiques du théâtre : il y a le théâtre de répertoire, où les acteurs sont permanents, qui s’étend de Berne à Moscou en passant par Berlin ; et il y a le théâtre de production, qui s’applique de Lausanne à Londres en passant par Paris et Madrid. Dans ce cas-là, on a un projet, on rassemble des comédiens pour le jouer, on le tourne un moment puis ça s’arrête. Ces deux courants au sein d’un même pays est une chose passionnante. Ouvrir ma programmation à Vidy par une production du théâtre de Bâle me paraissait intéressant pour des raisons symboliques, en plus de l’admiration que j’ai pour Christoph Marthaler.
J’enchaîne dans la même visée avec une création qui croise un auteur et metteur en scène allemand, Falk Richter, avec un metteur en scène et acteur français, Stanislas Nordey. Le spectacle s’appelle My Secret Garden.
Suivra un projet du Genevois Yan Duyvendak, également plasticien et enseignant dans le département performance de la HEAD. Je l’avais invité à Avignon. Dans cette création intitulée Please, Continue (Hamlet), il fait le procès d’Hamlet : tous les soirs, un juge et un avocat différents plaident et tranchent sur le cas d’Hamlet. Hamlet, Ophélie et Gertrude sont interprétés par des comédiens. Ça interroge le théâtre, la justice, et le lien entre les deux.
Il y aura ensuite Winter Family, un groupe composé d’un Français et d’une Israélienne plus connu sur la scène musicale électro. Ils ont commencé à faire du théâtre avec ce projet documentaire sur Jérusalem, Jérusalem Plomb Durci. Il questionne le pouvoir dans la ville, le problème de l’histoire et de l’émotion de l’histoire utilisés pour instaurer un certain régime politique.
On finit ce mois de spectacles avec un mini festival qui explore l’histoire de la danse contemporaine. Il y a aura d’abord Boris Charmatz, chorégraphe influent et créateur d’un lieu qui s’appelle le Musée de la danse. Nous recevrons aussi Foofwa d’Imobilité, basé à Genève, Tino Sehgal, un chorégraphe qui est davantage connu en tant que plasticien aujourd’hui, ainsi que Cecilia Bengolea et François Chaignaud, des artistes incontournables en ce moment.
Les deux premiers jours tournent autour de Merce Cunningham, auquel Boris Charmatz et Foofwa d’Imobilité rendent hommage avec deux spectacles différents, Flipbook et Musings. Puis les journées de vendredi et samedi accueilleront quatre spectacles chacune, dont le projet de Chaignaud et Bengolea, Dub Love, qui devrait assez déménager. Foofwa d’Imobilité présentera un second projet dans lequel Merce Cunningham, Pina Bausch et Michael Jackson, trois grands danseurs décédés la même année, se retrouvent en enfer, intitulé Pina Jackson in Mercemoriam.
Nous présenterons ensuite deux versions de la pièce (sans titre), composée en 2000 par Tino Sehgal, dans laquelle il raconte sa vision de l’histoire de la danse contemporaine. Deux danseurs nus feront l’un après l’autre ce voyage à travers la vision de Sehgal pendant trois-quarts d’heure, le premier dehors sur l’herbe puis le second dans la salle.
On finit par Levée des conflits, un spectacle sur gazon incroyable signé Boris Charmatz avec vingt-quatre danseurs. Quand je regardais dehors depuis mon bureau, je me disais qu’aucun théâtre en Europe ne devait avoir de plus belle pelouse que celle de Vidy, et qu’il fallait que j’en profite en faisant ce spectacle-là – je l’avais déjà programmé à Avignon. C’est une espèce de canon chorégraphique en vingt-cinq mouvements, dansés par ensembles. Les spectateurs sont tout autour, sur l’herbe également. Ça aura lieu au stade Samaranch, à côté du théâtre.
Au mois de juin, la Manufacture viendra présenter les travaux de fin d’année, réalisés dans le cadre du nouveau master en mise en scène.
Un dernier événement se greffe au prologue et aura lieu deux semaine après le festival de danse, le 27 juin : il s’agit d’un grand concert gratuit de Rachid Taha et Rodolphe Burger, en collaboration avec le Musée de l’Elysée pour la Nuit des Images, qui commencera chez nous le vendredi soir. Je vais les mettre sur la terrasse, là (il désigne le petit toit qui abrite les tables en terrasse, n.d.l.r.), pour qu’on puisse les voir depuis le lac. Ce sera l’ouverture de la Nuit des Images et pour nous la fin de la saison.
Et tout ça pour préparer à la rentrée.



Comment se déroulera-t-elle, cette rentrée ?

J’ai prévu un week-end d’ouverture assez fort et manifeste, il aura lieu juste avant la rentrée universitaire. Nous recevons Rimini Protokoll, un collectif suisso-berlinois dont fait partie Stefan Kaegi, qui présentera son installation Situation Rooms dans le studio cinéma de l’ECAL, pendant trois semaines. Vingt spectateurs peuvent participer à la fois. Le projet parle des armes à feu. C’est une sorte de parcours dans une architecture où chaque spectateur est guidé par un iPad qui lui permet de rencontrer les personnages qu’ont rassemblés les Rimini Protokoll, tous liés d’une manière ou d’une autre aux armes à feu. Un labyrinth dans lequel on se ballade et dont on est à la fois acteur et spectateur, puisque on a la possibilité d’interagir avec le dispositif dans chaque pièce. Stefan Kaegi viendra raconter son univers et son projet aux étudiants lors d’une conférence qui se tiendra le 20 mai à l’ECAL.
Vincent Macaigne ensuite, qui est acteur, metteur en scène et réalisateur, viendra en Suisse romande pour la première fois. Il répétera ici tout le mois d’août sur son spectacle Idiot !, d’après le roman de Dostoïevski. Pour moi il est vraiment symptomatique de cette nouvelle génération d’artistes qui ont grandi non seulement avec les références de leur pays mais qui ont en plus de ça des références qui viennent d’ailleurs. Ceci grâce au fait que les spectacles circulent désormais beaucoup en Europe et grâce aux voyages qu’ils ont faits. Macaigne a donc vu des spectacles de Frank Carstorf, de Rodrigo Garcia et de Romeo Castellucci. Ces artistes ont un univers beaucoup plus large qu’auparavant, ils sont un nouveau souffle pour le théâtre européen. La cinématèque projetera le film de Vincent Macaigne, Ce qu’il restera de nous, le 26 mai au Capitole, et l’artiste sera là pour parler de son travail.
Le jeune collectif berlinois She She Pop, qui se revendique féministe, proposera un spectacle qui pose la question de l’héritage, une fois encore, plus précisément du rapport à leurs mères, à partir de la fable du Sacre du Printemps. La question du féminisme sera aussi abordée à travers des paroles d’hommes et d’artistes hommes dans le spectacle Les renards des surfaces de Perrine Valli, qui est une danseuse et chorégraphe travaillant à Genève. Rodolphe Burger, qui sera en quelque sorte en résidence ici, préparera un nouveau concert qui passera dans une petite salle de Vidy.
Et comme notre week-end d’ouverture est le week-end de clôture de La Bâtie, celle-ci a intégré notre programme au sien. Nous mettrons en place des bus pour permettre aux spectateurs de circuler entre Lausanne et Genève, et pour permettre ainsi aux Lausannois d’aller voir Tauberbach d’Alain Plattel au BFM à Genève, un chorégraphe flamand extraordinaire que j’ai beaucoup invité à Avignon.
Voilà la mise en bouche pour annoncer une nouvelle dynamique à la fois esthétique et ludique. La billetterie de l’ouverture de saison commencera le 19 mai.

Situation Rooms de Rimini Protokoll


On retrouve effectivement dans cette programmation éclectique les valeurs que vous défendez.

Oui, nous avons là un théâtre de texte et de parole, un théâtre documentaire, un théâtre plus singulier (ce qu’on appelle l’écriture de plateau), un théâtre qui croise les cultures germaniques et francophones, et même une ouverture à la danse contemporaine. C’est ce par quoi je voulais commencer à Lausanne. Dans tous les cas j’ai cherché à promouvoir un théâtre qui soit contemporain et qui s’invente.

On remarque par rapport aux directions précédentes l’absence de cirque, de théâtre d’objets et de marionnettes, qui ne semblent pas figurer dans vos projets ?

L’approche de l’art contemporain de René Gonzalez est beaucoup passée par le nouveau cirque, donc des choses très visuelles. Dans ma programmation il y a la danse contemporaine qui a un rapport au corps, mais pas vraiment de nouveau cirque, c’est vrai. En fait, je trouve que la liberté qu’on a sur un plateau est rare, et j’aime quand les artistes l’utilisent, j’aime quand ça devient un endroit de prise de parole. La dimension politique et la question du sens sont importantes pour moi, ce sont donc des projets de ce type que j’ai privilégié.

Quelle est cette liberté dont jouit le théâtre contemporain ?

C’est un milieu qui est archaïque dans ses règles du jeu, puisqu’il s’agit d’êtres vivants qui interagissent pour un temps donné. Mais c’est un milieu qui essaie de s’inventer. On voit bien comment le cinéma et le théâtre ses sont contaminés l’un l’autre, sur les questions du montage, du rapport à la narration et la déconstruction de celle-ci. Un des artistes ayant le plus influencé la génération des 30-40 ans, c’est Godard.
Les nouvelles technologies transforment régulièrement le théâtre. C’était l’image il y a dix ou quinze ans, la vidéo étant fascinante et permettant un langage en plus pouvant servir à la narration, à l’acteur et à la scénographie. Aujourd’hui c’est le son. Les nouvelles technologies en son bouleversent le rapport de l’acteur à la parole, parce que mille et une choses sont à présent possibles. Tout ça est archaïque et high tech à la fois.

C'est souvent la mise en scène qui définit un spectacle contemporain, même si les textes datent de plusieurs siècles.

D’ailleurs la saison prochaine, il y aura un rapport à la littérature très fort. On aura Dostoïevski avec Vincent Macaigne, Faulkner, John Berger, Ramuz et Houellebecq, toujours dans des approches très contemporaines.

Y a-t-il des partenariats, des collaborations qui sont en cours ou envisagées avec l’Unil ? En lien ou non avec le nouveau master spécialisé en dramaturgie ?

Pour le moment, je me suis concentré pour comprendre le théâtre et faire mon programme, et j’ai commencé à prendre contact concrètement avec les écoles plus directement liées à l’art. Maintenant l’étape suivante est de s’ouvrir à l’Unil et à l’EPFL, pour moi c’est très important. Comme je disais tout à l’heure, la richesse du campus est une chance à Lausanne. Je pense qu’il faut vraiment reconnecter le théâtre avec l’université parce que tous deux sont des endroits de débat, de parole, de réflexion et d’engagement. Je suis ouvert à toute rencontre, tout dialogue, toute initiative.
L’objectif est de créer un maximum de liens possibles avec les institutions estudiantines. Avec l’ECAL, parce qu’il y a énormément en commun entre le théâtre et les arts plastiques, avec la Manufacture évidemment, aussi pour son ouverture à la danse qui est passionnante, et avec les études littéraires, politiques et scientifiques.

Pour créer ces liens et «rebrancher» le théâtre, je pense qu’il faut d’abord une programmation qui potentiellement parle, par ses enjeux davantage que ses noms, et il faut modifier des choses assez pratiques et concrètes pour faciliter l’accès au théâtre. Nous avons changé de système de billetterie afin qu’il soit simple de réserver des places sur Internet. Nous travaillons désormais avec une société qui s’appelle Secutix, qui est une filiale d’ELCA, une boîte de Lausanne. Depuis le 27 mars, on peut acheter des places pour le prologue avec une tablette ou un smartphone. Je n’ai pas touché aux tarifs cette année, même si le coût des spectacles et le coût de la vie augmentent, et ne le ferai pas l’année prochaine non plus. Je décale un petit peu les horaires, parce que je trouve que venir tôt à Vidy, c’est souvent compliqué avec le trafic. Nous allons donc faire plus de soirs à 20h au lieu de 19h pour la grande salle. Je demanderai aux TL de prolonger la ligne n°2 jusqu’à la Bourdonnette, pour qu’il soit plus simple de venir depuis le campus.
Nous allons rénover le foyer en commençant par la cuisine et le bar et en installant une bonne connexion wifi, pour qu’il devienne un café sympa où l’on aurait envie de venir l’après-midi. Si vous voulez bosser sur un dossier à plusieurs en étant au bord du lac plutôt qu’à l’université, par exemple. Je pense que ça fait du bien d’aller au théâtre. J’essaie de stimuler l’envie de venir chez les jeunes et les étudiants (il montre la page 39 du magazine, n.d.l.r.).

Merci pour l’image ! (rires)

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