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Interview de Monique Loudières, danseuse Etoile, coach au Prix de Lausanne
Danseuse Etoile de l’Opéra national de Paris, Monique Loudières est une des plus grandes artistes de sa génération. Après avoir mené une brillante carrière, elle s’est destinée à l’enseignement, dirigeant de 2001 à 2008 l’Ecole Supérieure de danse de Cannes Rosella Hightower. Cette danseuse de la « génération Noureev » est désormais professeur et répétitrice freelance dans de nombreuses organisations. Rencontre.


Monique Loudières coache Precious Adams, du groupe B. © Fanny Utiger
Depuis quand travaillez-vous avec le Prix de Lausanne ?

Justement, j’ai réalisé hier, que ça fait quinze ans ! Il y a eu juste une année où je n’avais pas pu venir, j’étais au Japon pour danser. Mais sinon j’ai toujours été fidèle au poste !

Quelle évolution avez-vous pu remarquer depuis le début de votre collaboration avec le Prix ?

Les évolutions ! Déjà le Prix, lui-même a évolué. J’ai eu plusieurs directeurs artistiques ; Jan Nuyts, puis Mavis Staines, Wim Broeckx et finalement Amanda Bennett. Ensuite, ce qui a beaucoup évolué c’est qu’au tout début, la présélection se faisait ici, donc le concours durait plus longtemps. De ce fait, j’ai pu me retrouver avec 60 ou 80 filles pour le répertoire mais il y avait moins de variations, il y avait un choix de cinq variations alors qu’aujourd’hui il se fait sur une dizaine. Cette ancienne façon de faire permettait à plus de personnes d’approcher le jury, des professionnels. Mais on faisait un travail moins approfondi. Aujourd’hui les présélections se font par DVD, alors quand les candidats arrivent, ils sont supposés être plus aptes à accueillir les corrections, à s’adapter au cours de contemporain, par exemple.

Avez-vous accès aux vidéos d’audition pour connaître les candidates avant le coaching ?

Je ne vois pas les vidéos, en revanche j’ai des fiches, avec des photos, je vais voir les cours, qui ont lieu avant le coaching, pour apprendre à les connaître un peu. Je vais les regarder en contemporain aussi, pour voir comment elles bougent, comment elles s’expriment. Car après, au coaching, je peux leur dire : « Mais je t’ai vue au cours de contemporain, tu étais libre, tu respirais, pourquoi là tu n’y arrives pas ? », par exemple. Donc c’est intéressant de les voir dans d’autres situations que la seule situation de coaching. Cette présélection qui a lieu désormais permet vraiment d’avoir plus de temps pour chacun. Pour en revenir à ce qui a changé, il y a de plus en plus d’asiatiques parmi les candidats. Il n’y a selon moi pas assez de candidats d’autres pays comme l’Italie, l’Espagne, la France, la Suisse…

Justement, comment se fait-il qu’on assiste à cette situation ?

Les pays asiatiques sont des pays émergents, ils ont envie d’apprendre beaucoup, déjà au niveau de la danse contemporaine, qu’ils ont moins l’occasion de travailler, quoiqu’en Corée ou au Japon, ça commence à se développer… Mais ils viennent ici pour s’enrichir à ce niveau-là. Ils viennent aussi pour qu’on voie qu’ils existent, pour se faire repérer, et danser dans des compagnies occidentales, car là-bas, c’est difficile pour eux, ils doivent payer pour être dans une compagnie, donc ce n’est pas la même histoire. Alors pour toutes ces raisons-là, ils ont besoin de se représenter en Europe. Le Prix de Lausanne, c’est une vitrine pour ça !

Pour quelles raisons voit-on si peu d’Européens ? Est-ce une question technique ?

Je pense qu’il y a une démotivation pour préparer un concours tel que celui-là. En Europe, la plupart des jeunes qui s’engagent dans cette voie le font au travers de formations telles que des cursus danse-études, ils mènent leurs études en parallèle, qui sont relativement difficiles. Ils ont donc des emplois du temps qui sont lourds, et préparer un concours comme ça requiert un travail supplémentaire, qui plus est sur un long laps de temps. Et le fait de venir ici, c’est une semaine où l’on manque l’école, qu’il va falloir rattraper. Il y a donc cette question d’organisation, mais aussi peut-être de coût, d’organiser et financer le voyage, pour les accompagnateurs également. Je pense que c’est un ensemble de tous ces problèmes-là, sans compter les grandes difficultés économiques actuelles en Europe. Pourtant, pour tous ceux qui veulent se faire engager dans une école ou compagnie, cette compétition reste une très belle occasion ! Avec de super belles opportunités à saisir ! Le Prix est connu, il a une bonne presse, le fait que ce soit une merveilleuse expérience, ça se sait.

Lors du coaching, ressentez vous des différences entre les façons de danser des candidates A et B ?

Pas tant que ça, au niveau de la maturité justement ! C’est bizarre parce qu’au niveau des erreurs de style ou de goût, c’est un peu la même chose. On ne sent pas que parce qu’on a une plus grande réflexion, plus profonde, il y a forcément un meilleur goût qui va ressortir. Il est arrivé même que les jeunes soit meilleures que les plus âgées.

Je suis vraiment étonnée, cette année, que les jeunes soient déjà aussi prêtes, intelligentes, présentant une certaine maturité. Je suis assez scotchée ! Je trouve que les jeunes avancent très vite. Il y a aussi quelque chose qui m’étonne aussi c’est que toutes ces filles sont en pleine adolescence, mais elles ne sont pas en crise ! Apparemment en tout cas…

Dans Don Quichotte (DR)


Peut-être la danse donne-t-elle des adolescents sages…

Oui, il est clair que les objectifs, ça construit une personne. Ça construit, et ce pour la vie, les valeurs portées par un danseur sont énormes ! Forcément ça les enrichit très tôt, ça leur donne des valeurs, une détermination, le goût de l’effort, des objectifs haut placés. Je reste vraiment étonnée parce qu’il devrait y avoir une différence entre les jeunes et les autres, pourtant je n’en vois pas. Après je n’ai pas encore vu les garçons. Mais franchement depuis plusieurs années, les jeunes filles du Prix m’étonnent !

Comment réussissez-vous à aider des candidates que vous voyez si peu de temps ?

Pour moi c’est un bon exercice car je suis obligée de me concentrer. Je sais que le temps est vraiment court et j’essaie de voir quelles sont les priorités, qu’est-ce qui va tout de suite faire tilt pour aider la candidate. Si elle fait une erreur, la corriger, mais ensuite comment mettre en valeur ses qualités, son potentiel ? Si je vois que c’est dommage, qu’elle fait quelque chose qui ne convient pas par rapport à son potentiel, je vais essayer de rétablir la situation, pour qu’elle soit plus harmonieuse, plus équilibrée, et convaincante. Après, il y a la notion de confiance. Certaines ont besoin qu’on leur donne confiance et qu’on leur enlève leur stress, les fasse respirer. J’essaie aussi de trouver, dans la posture, les corrections les plus prioritaires, qui vont les aider dans un court laps de temps. Puis, si j’ai une plus grande disponibilité, je vais plus loin dans l’approfondissement, une certaine vision de la danse, du mouvement, de la musique, ce que raconte cette dernière. Certaines reçoivent bien ces corrections, d’autres sont un peu trop stressées. Mais pour celles-ci ce n’est pas parce qu’un élément n’est pas compris tout de suite qu’il ne fera pas tilt plus tard dans leur carrière.

Au cours des phases de coaching, transmettez-vous aux candidates la technique de l’Ecole française dont vous êtes issue ?

Certes, j’ai l’Ecole française, l’école de l’Opéra, mais j’ai dansé des choses différentes. Au fil de ma carrière j’ai découvert beaucoup de choses, d’influences diverses. Je me suis construite avec l’aide de beaucoup de personnes différentes. Alors même si ma base est le style français, tous ces autres facteurs font partie de moi et m’ont construite. Donc tout cela se retrouve dans ma pédagogie. Et puis après j’ai aussi dansé beaucoup de versions différentes. Vraiment, j’essaie quand je le peux de transmettre tout cela aux candidates ou à mes élèves en général.

Vous arrive-t-il de repérer une candidate qui a un truc, LE truc ?

Oui, bien sûr ! Il y en a même pas mal, il y a vraiment des talents. On sent qu’il y a des personnalités qui sont attachantes et qui ont une luminosité. Souvent elles sont rayonnantes, bien sûr il y a l’intelligence qui va avec, une forme d’intelligence artistique mais l’intelligence de la personne rejaillit à l’extérieur. Et qu’est-ce qui fait qu’elle rayonne, qu’elle a des petites étincelles dans les yeux ? C’est aussi la créativité de la personne, son imaginaire, que va-t-elle dégager d’elle-même, inventer ? Certaines ont une sensibilité exacerbée et ça vibre de partout ! Souvent, avec les asiatiques, ça se voit moins extérieurement mais quand on est en contact avec elles on sent qu’elles sont émues au plus profond d’elles-mêmes, même si elles ne le montrent pas toujours beaucoup. Elles ont une espèce de vérité intérieure, de très précieux et qu’elles ne dépensent pas inutilement. Mais vraiment, l’expression dépend beaucoup de la culture dont un danseur est issu. Les Brésiliennes, par exemple, vont exploser de générosité, même quelquefois il faut les canaliser tant elles dégagent un énergie incroyable. Elles sont très femmes. Ce sont des qualités différentes. Moi, j’aime bien les gens polyvalents et je suis en général assez ouverte, du moment que la personne me touche, d’une manière ou d’une autre. Et qui me touche de par une sincérité, une vérité intérieure.

Ces dernières années, les 15-16 ans ont eu tendance à choisir la même variation : Swanilda. Comment expliquer ce choix ?

D’abord, c’est un rôle dont le personnage a le même âge, elles peuvent donc s’identifier à elle. Ensuite c’est une variation qui est techniquement et artistiquement très complète, très dure donc elles se disent que par cette variation très riche, elles vont pouvoir convaincre mieux le jury de ce qu’elles savent faire. Mais c’est en grande partie parce qu’elles s’identifient au personnage plus facilement.

Vous avez aussi parfois travaillé avec des danseurs qui n’aspirent pas à devenir des professionnels, qu’est-ce que cela change pour vous ?

Quand je m’adresse à des amateurs, d’abord je sais qu’ils sont là vraiment par amour de la danse. C’est un amour sans intérêt quelque part, puisqu’ils le font par pur plaisir. Et c’est beau comme amour, je trouve. De faire de la danse juste pour se faire du bien, au quotidien, pour évoluer dans sa vie, c’est magnifique non ? Donc déjà, quand on le voit de cette manière là, franchement je les respecte beaucoup. Alors je me dis qu’évidemment je ne vais pas avoir une qualité technique extraordinaire mais je les engage toujours à privilégier la notion de plaisir. Non seulement, avec la musique, l’expression mais aussi le plaisir en groupe. Quand je dansais j’ai beaucoup travaillé seule, pour chercher une expression, une intention particulière. Mais maintenant je trouve tellement plus intéressant de travailler en groupe. On retrouve donc cette notion de plaisir à partager en groupe et de s’exprimer avec son corps. C’est ça à la base la danse !

Que pensez-vous de la danse dans la société occidentale actuelle ?

C’est pareil ! Et pour toutes les formes de danse différentes. D’ailleurs, j’aime tout, alors j’essaie de toucher un peu à tout et toutes les danses sont intéressantes. Que ce soit même le hip-hop, qui se développe énormément aujourd’hui, qui s’enrichit.

Dans les années 80, il semble y avoir eu un boom de la danse, aujourd’hui ce boom paraît plutôt avoir lieu au Japon… Qu’en est-il ?

Dans les années 80, il y a effectivement eu un boom des danses ! C’étaient des années très fructueuses, il y avait plus de moyens et du coup ça a beaucoup évolué, également dans la danse contemporaine. Désormais il y a peut-être une incompréhension d’une certaine forme de danse classique par certaines personnes qui pensent que c’est rigide, que ça ne veut rien dire, que c’est gratuit. Or, ce n’est pas ça du tout bien sûr ! C’est vrai qu’il a fallu revoir des choses, au niveau de la psychopédagogie, de comment on développe l’enseignement de la danse classique. Maintenant ça a évolué et du coup, moi-même je me suis servie de mon expérience en danse contemporaine pour améliorer mon enseignement. Maintenant, on enseigne différemment. Les choses évoluent. Je l’espère du moins. Par contre je trouve qu’au niveau des danses, de la pluralité des choix de danse, ça se développe énormément. Et c’est génial parce que les gens ont moins d’argent, de confort de vie, mais ont aussi un grand besoin de se rallier, de s’entraider au travers de la danse et de la musique en général pour pouvoir s’exprimer et peut-être même expulser des problèmes, retrouver une force presque communautaire, et avoir envie de se régénérer au travers des danses. On voit à quel point les gens dansent, comme des fous ! Et les gens dansent de tout ! Le tango, la salsa, pendant un moment on n’entendait pas parler de jeunes qui pratiquaient ce style de danse, maintenant oui ! Toujours en groupe, et on revient aussi à la danse en couple. C’est aussi un signe. Et c’est beau de voir comment, « à cause de la crise » les gens reviennent vers ces valeurs fortes qui rassemblent et qui régénèrent, apportent une certaine énergie.

Que pensez-vous de la danse en Suisse aujourd’hui ?

Avec Siloé Vanuxem, candidate française du groupe A. © Fanny Utiger

Je ne connais pas assez pour me former un avis. Je sais que certaines compagnies émergent. Que des écoles commencent à évoluer. Je connais Florence Faure, qui a formé Le Loft, qui marche apparemment très bien. Il me semble aussi que la présence du Prix de Lausanne fait aussi évoluer la danse en Suisse.

Que représente le Prix de Lausanne à vos yeux ?

Une merveilleuse expérience, une opportunité de fou ! Encore une fois ce n’est pas un concours, je ne viendrais pas depuis quinze ans si c’était un simple concours. D’ailleurs, si c’était un concours traditionnel, il n’y aurait pas de coach ! Mais la vision de ce projet est vraiment quelque chose de merveilleux. Surtout quand on sait que cette vision est restée intacte depuis 1972. Il y a ici une grande intégrité, tous les gens sont bénévoles, tout ça crée un état d’esprit vraiment particulier. On est disponible pour les jeunes, pour les aider, pas pour faire dorer notre ego. Ils ont la chance de travailler avec les chorégraphes ou leurs assistants. C’est magnifique d’avoir de telles opportunités. Et avant de présenter leur solo en scène, ils vivent vraiment une semaine incroyable. Il y a même une richesse des rencontres qu’ils font entre eux, des liens qui se tissent et tout continue après. Ils restent en contact. Tous les anciens du Prix l’évoquent comme une période marquante de leur vie. Une expérience très enrichissante, dans tous les domaines. Et puis c’est tout simplement une belle aventure. Certains viennent parfois sans être accompagnés.

Comme Maria Kotchetkova [désormais Principal du San Francisco Ballet, ndlr], qui était au Bolchoï mais qui s’était préparée seule et qui a gagné !

Oui, d’ailleurs c’est dommage, il n’y a plus de ces jeunes filles de l’Est… Elles étaient touchantes ! Souvent sans moyen, sans coach avec elles, elles n’avaient jamais fait de contemporain, alors elles le découvraient, c’était vraiment extraordinaire !

Au Prix de Lausanne il y a tellement de rencontres, même entre les professeurs, on discute, ça nous aide aussi nous à évoluer de notre côté. C’est un rendez-vous annuel vraiment chouette !



Merci encore à Monique Loudières pour le temps qu’elle nous a accordé et pour cet entretien enrichissant.

Monique Loudières dans le pas de deux en noir de la Dame aux camélias avec Manuel Legris : une vidéo à découvrir ici !

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