X
X
L'auditoire

Téléchargez le dernier numéro de L'auditoire !

auditoire

Archives

time_machine

Remontez dans le temps ! Retrouvez tous les anciens articles de L'auditoire ici.

Rejoignez-nous sur Facebook

Suivez notre actualité au quotidien; retrouvez chaque jour articles, concours et photos!

Facebook
Politique / Société
CHRONIQUES D'AFGHANISTAN - « Rompre avec mes prénotions … »
Régis Marchon est étudiant à l'UNIL - et accessoirement rédacteur occasionnel à L'auditoire. En première année de Master de Science Politique, il a décidé de s'envoler vers l'Afghanistan pour un stage de trois mois début 2016. Depuis longtemps intéressé par ce pays, il a sauté sur l'occasion de vivre une expérience dans cette région. Dans une série d'articles intitulée «Chroniques d'Afghanistan», il nous racontera les détails de sa vie quotidienne, mais aussi l'expérience culturelle et personnelle que constitue une telle aventure, sans oublier de parler de la situation politique sur place.


Avant mon départ pour Kaboul, je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre. Les conseils pour ma sécurité étaient assez pessimistes et je m’étais préparé psychologiquement à ne pas voir autre chose que la guesthouse et le bureau. Je pensais bien qu’il y avait beaucoup d’a priori, que la réalité sur place serait différente. Mais je partais tout de même en Afghanistan !

Pour essayer de me faire une autre idée du pays avant de partir, j’avais commencé à suivre des photographes via Instagram et Facebook. Je voulais trouver des images qui changent de celles véhiculées par les médias. Je voulais surtout connaître le point de vue des locaux, voir leur pays au travers de leurs yeux.

Au fil des rencontres
Toujours par l’intermédiaire des réseaux sociaux, j’ai contacté deux d’entre eux. Après les présentations d’usage, une certaine confiance s’est installée et les discussions sont devenues vite très intéressantes. L’un d’eux est activiste. Il a vécu toute sa vie à Kaboul et a monté une petite association cherchant à dissuader les jeunes de quitter le pays en leur exposant différentes alternatives qui peuvent s’offrir à eux. Il sort et boit régulièrement, connaît beaucoup d’expatriés et il est même une petite célébrité dans le monde informel de Kaboul. Le second a une histoire très différente. Sa famille a émigré au Pakistan et y a vécu jusqu’en 2001 et la chute du régime Taliban. Il travaille depuis qu’il est enfant et a réussi, en persévérant, à aller à l’université. Il est maintenant chef de projet et gagne suffisamment bien sa vie.

Vue sur Kaboul

C’est ainsi que je suis sorti boire un thé avec le premier, dans un restaurant pas très loin de chez moi. Le deuxième m’a invité, avec ses amis, à jouer au bowling puis fumer une chicha dans un autre établissement situé dans un hôtel du centre-ville. Il s’agissait de mes deux premières vraies sorties. Nous étions des jeunes passant du temps ensemble dans un pays « dangereux » et j’étais loin – très loin – de tout ce que j’avais pu imaginer.

Mes idées préconçues ont encore plus été mises à mal quand j’ai été invité à ma première vraie – au sens occidental – sortie à Kaboul. Pour fêter Carnaval, tous les expatriés et les Afghans, acceptant la culture occidentale, étaient conviés dans le bar-restaurant au centre du compound de l’Union Européenne – compound est un terme se référant à l’enceinte ultra sécurisée des organisations et représentations internationales. Des diplomates, des soldats, des journalistes, des chercheurs, des chefs d’entreprises, et tant d’autres. Tous étaient là pour danser et boire, au-dessus de bien des limites. La plupart d’entre eux n’ont pas la chance de sortir dans la rue et l’enfermement est pesant dans une ville aussi vivante que Kaboul.

En compagnie de mon guide dans la vallée du Panjshir

Durant cette soirée, j’ai rencontré quelques personnes dont un groupe d’Afghans – composé d’homme et de femmes – qui m’ont invité à poursuivre la soirée chez l’un d’eux, que je nommerai ici Amir. La maison est gardée en permanence par trois gardes, un énorme salon et une armoire pleine d’alcool – dont il était très fier. Au sous-sol, une salle de fitness, une table de ping-pong, une salle de cinéma qui sert aussi de lieu de rencontre. Notre hôte, un fin gourmet, nous a préparé des crevettes à l’ail au beau milieu de la nuit.

Quelques jours plus tard, Amir a convié tous ses amis pour un repas avant son départ en vacances. Langouste en plat de résistance et whisky en accompagnement. Les expatriés sont partis assez rapidement. Il ne restait plus qu’une journaliste française, une avocate bulgare, une princesse afghane, une jeune rappeuse ayant vécu toute sa vie à Kaboul, et quelques hommes assez discrets sur leur profession. Cependant, j’ai cru comprendre que l’un d’eux importe illégalement du whisky pour arrondir ses fins de mois déjà substantiels, ou qu’un autre travaille dans les télécommunications. Nous étions assis dans la salle du sous-sol quand un véritable fou rire général a éclaté après que Tahir a commencé à imiter tous ses amis étrangers. Il voulait m’expliquer comment l’Afghanistan change les gens. Il les montrait plein de motivation, le torse bombé, le front relevé, voulant changer le monde, puis après quelques mois : dépressifs, alcooliques et sans entrain. Au vu des réactions hilares des autres convives, j’ai compris qu’il n’était pas si loin de la réalité. D’ailleurs pour avoir rencontré l’un de ces étrangers quelques jours plus tard, j’avouerais que je n’ai pu m’empêcher de décocher un léger sourire en le voyant avec ses yeux fatigués et une bière à la main – il a quitté définitivement le pays il y a quelques jours, après avoir vécu plus de 7 ans à Kaboul.


Une journée dans le Panjshir

Le tombeau de Massoud

Depuis ma dernière chronique, j’ai beaucoup appris sur la culture locale. Je suis encore très loin de la comprendre, mais les gens ici sont très fiers de parler de leur pays. Ils restent optimistes, malgré la situation qui empire. J’essaie de m’intégrer du mieux que je peux, même si la langue reste encore une petite barrière que j’essaie de lever jour après jour. Et à force de parler de mon envie de connaître le pays, mon directeur a organisé une sortie dans le Panjshir. Il s’agit d’une région qui se trouve à quelques heures de Kaboul et qui est réputée sûre – c’est en réalité un des derniers lieux sûrs accessible en voiture. Cette vallée est surtout connue pour la guerre menée par Ahmad Shah Massoud contre l‘occupant Soviétique dans les années 80. « Le lion du Panjshir » est très souvent adulé et adoré – un tombeau y a été construit à son effigie – mais pas par tous les Afghans.

Ce jour-là, une compétition de Buzkachi était organisée et j’ai eu le privilège de m’assoir parmi les Afghans pour contempler une scène hors du commun : une trentaine d’homme à cheval se battant pour une carcasse de veau. Véritable sport national, il est un peu plus complexe qu’il n’y paraît. Deux équipes – en théorie de 10 cavaliers chacune – doit récupérer une carcasse de veau, passer derrière un drapeau planté d’un côté du terrain, puis revenir déposer l’animal dans un rond de sciure à l’autre bout du « terrain »– devant le public. Chaque joueur a un type de mission bien précis, essentiellement en fonction de la force du cheval. Les hommes ne doivent pas se toucher, c’est uniquement la puissance du cheval qui permet d’avancer sur le terrain. Certains protègent, d’autres ouvrent le chemin ou essaient de repousser les attaques de l’équipe adverse.

C’était un moment hors du temps. Un cadre grandiose, un sport vieux de plusieurs siècles, tous les hommes vêtus de leur salwar kameez et pakol. Habillé comme eux mais avec un appareil photo autour du cou, je pouvais – physiquement – passer pour un Afghan. Les gens m’ont vite repéré, provoquant des échanges de sourires ou des poignées de main. A aucun moment, je n’ai senti de la haine ou du mépris à mon égard et, contrairement à certaines scènes que j’ai pu vivre à Kaboul ou dans d’autre pays, ils ne cherchaient pas non plus à me demander de l’argent.

Le Buzkachi, sport traditionnel




Rester positif ?
Cette première sortie hors de Kaboul était extraordinaire. Malheureusement, il ne me sera pas possible de découvrir beaucoup plus du pays. La situation s’est beaucoup dégradée depuis 2014. Des discussions de paix sont prévues, mais toutes les personnes avec qui j’ai pu parler m’ont dit que la situation allait empirer et encore plus dès que la saison des combats reprendra. Il y a une forme de tradition dans le pays qui veut que les Talibans respectent une trêve hivernale, qui s’achève dès le retour des beaux jours. L’hiver n’ayant pas été rude, les attaques talibanes vont reprendre plus tôt que d’habitude… D’ailleurs, l’attaque à la voiture piégée contre le Ministère de la Défense samedi (27.02) et l’explosion proche d’un pylône électrique lundi (29.02), toutes deux ayant eu lieu dans la capitale, n’annoncent rien de bon. Le gouvernement autant que les Talibans veulent prouver leur force afin d’avoir le plus de poids dans la balance des négociations. La situation étant bien plus complexe que cela, je ne vais pas m’étaler sur ce sujet ici.

J’aimerais rappeler ici que ces attaques sont planifiées, elles touchent toujours des cibles bien précises, bien que des innocents soient les principales victimes. Je ne suis pas du tout en danger, tant que je respecte les règles de sécurités basiques. Mon ONG n’est pas visée, mon quartier est réputé sûr et je suis entouré par des personnes de confiances. D’ailleurs la vie ici continue normalement. Les gens ont l’habitude. Ils restent sereins. « La situations s’améliorera. Nous devons continuer à nous battre et ne rien lâcher, en travaillant et en essayant de faire changer les mentalités. L’Afghanistan s’en sortira » me disait mon directeur après l’attaque de samedi. Afghanistan rime aussi avec espoir et sourire.

Téléchargez le dernier numéro de L'auditoire !

auditoire

Archives

time_machine

Remontez dans le temps ! Retrouvez tous les anciens articles de L'auditoire ici.

Rejoignez-nous sur Facebook

Suivez notre actualité au quotidien; retrouvez chaque jour articles, concours et photos!

Facebook

Téléchargez le dernier numéro de L'auditoire !

auditoire

Archives

time_machine

Remontez dans le temps ! Retrouvez tous les anciens articles de L'auditoire ici.

Rejoignez-nous sur Facebook

Suivez notre actualité au quotidien; retrouvez chaque jour articles, concours et photos!

Facebook

Recherchez dans les articles

Agenda

Sélection d'événements choisis par la rédaction, pour ne plus rien manquer dans la région.

auditoire

Abonnez-vous, c'est gratuit!

L'auditoire n'est plus envoyé automatiquement à toute la communauté universitaire.
Si vous souhaitez continuer à recevoir notre douce prose dans vos foyers, il vous suffit de remplir le formulaire ci-dessous.

Et si vous nous aimez vraiment beaucoup, vous pouvez souscrire à un abonnement de soutien.