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Politique / Société
CHRONIQUES D'AFGHANISTAN – «Hey, le Taliban, tu pars ?»
Régis Marchon est étudiant à l'UNIL - et accessoirement rédacteur occasionnel à L'auditoire. En première année de Master de Science Politique, il a décidé de s'envoler vers l'Afghanistan pour un stage de trois mois début 2016. Depuis longtemps intéressé par ce pays, il a sauté sur l'occasion de vivre une expérience dans cette région. Dans une série d'articles intitulée «Chroniques d'Afghanistan», il nous racontera les détails de sa vie quotidienne, mais aussi l'expérience culturelle et personnelle que constitue une telle aventure, sans oublier de parler de la situation politique sur place.

Il est 17h30 et la nuit commence à tomber sur Kaboul. Cette soirée sera encore plus sombre que les autres, car les Talibans ont fait exploser un des pylônes transportant l’électricité d’Ouzbékistan, coupant ainsi l’approvisionnement principal de la ville. Seuls les générateurs, dont toutes les maisons sont équipées, fourniront l’énergie nécessaire pour éclairer les foyers du quartier. La rue, elle, restera dans la pénombre, seulement illuminée brièvement par les phares des voitures et des motos. Je regarde par la fenêtre et je n’aperçois bientôt plus rien. Peut-être ce léger brouillard caractéristique des nuits hivernales de Kaboul : le chauffage au poêle à bois étant la principale source de chaleur. La fumée qui s’en dégage vient se mêler au chant – de longues plaintes pour mes oreilles d’occidental – des différents muezzins de la ville, alors que le bruit sourd des hélicoptères de l’armée américaine vient régulièrement transpercer cette douce tranquillité.

Ma chambre et son bukharis

Dès mon premier soir, j’ai été touché par la sérénité ambiante. Les Pachtounes avec lesquels je vis se rendent dans la cabane à l’entrée de l’enceinte de la guesthouse pour prier (ils ne vont à la mosquée que le vendredi). Dans la rue, les gens discutent, les enfants crient, les jeunes rigolent bêtement à une histoire qui devait certainement être très drôle ; une vie presque normale bien loin de tous les clichés que nous avons sur l’Afghanistan.

Je viens d’allumer le poêle – le bukharis – de ma chambre. Ils utilisent de la sciure de bois qu’ils tassent dans un seau ignifuge. Un trou dans le fond laisse passer l’air, permettant ainsi un entretien facile du poêle, puisqu’il suffit simplement de changer le seau. J’aurai de la chaleur jusque vers deux heures du matin, puis ma chambre se refroidira jusqu’à mon réveil. Ce n’est pas facile de se réveiller dans une pièce à 5°C, mais on s’y fait, surtout que mes quatre couvertures aussi épaisses que des tapis me gardent bien au chaud le reste de la nuit.
Je m’assieds à mon bureau. Je repense à ces deux premières semaines et combien il est encore difficile de parler de mon ressenti.

Un voyage sans turbulences
Je suis parti de Genève Aéroport le 15 janvier dernier avec une escale à Kiev, puis à Dubaï. Dans le 737-800 à destination de Kaboul, d’une capacité allant de 162 à 189 passagers, nous n’étions qu’une quarantaine. Pas de femmes voilées, pas d’hommes barbus, mais beaucoup d’américains (soldats, anciens soldats et jeunes stagiaires), et quelques Afghans voyageant dans les places préférentielles. J’ai été encore plus surpris quand j’ai été accueilli par un équipage masculin composé d’occidentaux et que le pilote s’est mis à parler avec un accent américain. Heureusement, la vision des montagnes afghanes m’a vite rappelé pourquoi j’avais choisi de venir ici. Je me suis remémoré toutes ces histoires que j’avais entendues, lues ou vues sur ce pays. Combien il était extrême dans sa diversité, dans la beauté de ses paysages, mais aussi dans son passé et ses conflits. Combien, surtout, j’étais impatient d’atterrir et de découvrir cette région du monde.

En passant la porte de la zone de débarquement de l’aéroport, première surprise : il n’y avait personne! Peut-être un policier, un vendeur dans son échoppe discutant avec son fils et quelques employés des compagnies aériennes dans leur bureau. Mais personne pour accueillir les nouveaux arrivants. Dehors même topo, pas une voiture, pas un chat – littéralement, seulement de grands panneaux solaires sur le parking. J’avais entendu parler des mesures de sécurité draconiennes autour de l’aéroport, mais je ne m’attendais pas à cela. Mon ONG avait envoyé deux personnes pour me récupérer, mais seules les ambassades ont le droit de venir en voiture devant l’entrée principale. J’ai donc dû marcher une dizaine de minutes (et passer deux checkpoints) pour atteindre le parking C, où les civils attendaient leurs proches.

Ma guesthouse, située au sein du quartier Wazir Akbar Khan


Le chauffeur, Anouar, ne parle pas un mot d’anglais. Rahim, un employé et homme à tout faire, ne parle pas beaucoup mieux. Malgré tout, nous échangeons quelques sourires, nous nous serrons la main et ils me souhaitent tous deux la bienvenue à Kaboul. Anouar est un Pachtoune, il porte le fameux chapeau afghan, le pakol, et un perahan tunban, le nom spécifique de la région faisant référence à une sorte de pantalon-chemise, dont le style diffère pour les hommes et les femmes. Rahim, quant à lui, est en jeans et veste de cuir. J’apprendrai par la suite qu’il n’y a qu’à Kaboul que les jeunes s’habillent à la mode, dans les autres grandes villes du pays, paraît-il, aucun homme n’oserait porter autre chose que le perahan tunban.

La circulation est quelque peu chaotique. Sur la grande avenue entre l’aéroport et la ville, j’ai pu voir des voitures, des motos, des vélos, des piétons ; mais aussi des charrettes tirées par des hommes ou des ânes, des tricycles artisanaux pour ceux qui ne peuvent plus marcher, des vendeurs ambulants, des animaux ; mais encore des véhicules blindés, des cabanes blindées, des militaires armés, des policiers, par moments, des barrières et des barbelés faisant office de checkpoint. Sur les abords de l’avenue : des arbres, des murs aussi gris que ceux de l’Internef, de plusieurs mètres de haut, parfois de grands bâtiments avec l’enseigne « Wedding Hall » (lors d’un mariage il doit y avoir au grand minimum 500 invités) et des maisons typiques de la ville. Le reste de la ville ressemble à n’importe quelle capitale d’un pays en voie de développement, bien loin des clichés que l’on peut avoir.

Une vie presque normale
La guesthouse où je vis se situe dans le quartier Wazir Akbar Khan, au Nord de la ville. Un haut mur, des barbelés et une grande porte en métal protègent une maison de deux étages accueillant quatre personnes. Dans la même enceinte se trouvent deux pavillons dont un est habité par le cuisinier et son assistant, et l’autre par trois de mes collègues, des Pachtounes. Un jardin intérieur, une cour et la fameuse petite cabane servant à la fois de lieu de prière et de lieu de rencontre pour les vendredis après-midi. Ici la semaine commence le dimanche et se termine le jeudi. Le vendredi étant l’équivalent de notre dimanche : brunch en famille, prière la plus importante, rencontre entre amis autour d’un thé, pique-nique au bord du lac en dehors de la ville, etc.


Le bureau de TLO
Après ce bref arrêt, direction le bureau de l’ONG, à deux minutes en voiture. Jusqu’en 2014, il était possible de faire le trajet à pied, mais la situation s’étant dégradée, il m’est interdit de marcher dans la rue – il ne s’agit pas de la menace terroriste, mais simplement de groupes mal intentionnés qui considèrent que tous les étrangers ont une valeur marchande. L’enceinte est gardée 24h/24 par des hommes armés, je peux donc venir travailler ou faire appel à un chauffeur à n’importe quelle heure.

L’organisation pour laquelle je travaille, TLO – The Liaison Office – est une ONG afghane crée en 2003, suite à la demande croissante des Anciens, majoritairement Pachtounes, d’être pris en compte dans la reconstruction du pays. Les Anciens, ou les « barbes blanches », sont les chefs des villages et représentent la majorité du peuple afghan qui vit essentiellement en dehors des villes. Vu la difficulté d’accès aux zones rurales et la confiance qu’ils ont dans l'organisation, cette dernière fait la liaison avec le gouvernement central localisé dans la capitale. TLO est constituée de quatre départements : Recherche, Peacebuilding, Justice et Moyens de subsistance (Livelihoods), à Kaboul ; ainsi que par différents bureaux provinciaux directement en contact avec les tribus locales. Mon travail pour ces prochains mois sera essentiellement en lien avec le groupe de recherche, travaillant sur différents projets financés par les Organisations Internationales.

Cassons les préjugés !
Ces deux premières semaines ont été riches en nouveautés et je ne cesse d’apprendre. Certes le style de vie est différent et le dépaysement total, mais mon séjour ici ne serait pas le même sans les gens que je côtoie et les rencontres quotidiennes. Je ne parle pas leur langue, je ne crois pas en leur Dieu, je n’ai pas vécu dans un pays en guerre, je n’ai pas été éduqué comme eux, etc. etc. En théorie, tout nous différencie, mais, comme ceux qui sont déjà sortis de leur zone confort le savent déjà, au final, nous nous comprenons. Je tâcherai ces prochaines semaines de partager avec vous ces moments d’échanges et j'essaierai de détruire cette idée qu’Afghanistan rime uniquement avec Taliban.

Régis Marchon

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