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Politique / Société
Attentats, et après ? Je ferme les yeux mais je vois tout.
Retour sur 15 jours de revirements et de contradictions en tous sens, ou comment la mécanique terroriste crispe nos systèmes, incitant certains à fermer les yeux sur le monde.

© Chapatte

Se questionner, c’est bien. S’intéresser, encore mieux. Divaguer et tout mélanger, ça n’aide pas. Et cette fine limite, celle qui fait (absolument) tout dans ces moments-là, bien des gens la piétinent allègrement. Avec du recul et à froid, on constate.

Paris brûle, Twitter hurle

Une fois encore, les réseaux sociaux ont fait office d’incroyable caisse de résonnance. On a tweeté, hurlé, pleuré, dessiné, safe-checké en tous sens. Cela commence, hélas, à devenir une habitude. Le déferlement d’émotions que personne ne maîtrise : stupeur, colère, tristesse. Paris pleure ses morts, l’Occidents hurle, le monde est noyé sous ses pleurs.

Rapidement, LE débat a aussi refait surface, avec sa terrible question : un mort à Paris vaut-il plus qu’un décès à Sana’a ? Le premier mérite-t-il de signaler à sa famille sur Facebook qu’il est encore en vie tandis que le second n’a droit qu’à l’ignorance ? Non, et tout le monde le sait. Pourtant, le monde ne peut que constater que si un Occidental hurle, il fait plus de bruit que quiconque.

Mais pour une fois, soyons positifs. Au cœur de la cacophonie ambiante, les réseaux sociaux se sont montrés plus utiles et responsables. Entraide pour les parisiens qui souhaitent s’abriter avec #PortesOuvertes, consignes de vigilance diffusées, informations sur les emplacements des fusillades. Même les médias ont choisi cette fois-ci d’être plus prudents, à l’image d’iTélé, qui n’a pas diffusé les images en direct qu’elle avait du Bataclan. Malgré cela, les appels à la haine et intox ont tout de même circulé, mais pour une fois, n’ont pas submergé totalement le flux d’informations.

Gestion de crise : l’opérationnel gère, le politique s’étale

Retour à une réalité qui ne l’était plus : se dire que la violence peut venir de partout, frapper n’importe quand. Si les pouvoirs publics tentent de rassurer, on peut douter de la cohérence de leurs actions à déverser en pleine ville les quelques réserves d’une armée déjà épuisée par l’opération Sentinelle. Il est connu que la vue d’armes automatiques, de casques et de gilets pare-balles est de nature tranquillisante, tout autant qu’elle est propice à repousser d’éventuels assaillants. Preuve en est : aucune des attaques n’a été prévenue par les fantassins stationnés au sein de Paris.

On peut, par contre, reconnaître l’incroyable efficacité des forces de sécurité qui ont parfaitement réussi à gérer la crise. Les forces d’assaut du BRI et du RAID ont réussi à neutraliser les assaillants sans déplorer de pertes de leur côté et les services de secours ont parfaitement géré le flot discontinu de blessés.


Mais à nouveau, si la France est parfaitement équipée, elle subit tout de même. Pourquoi ? La sécurité refait surface dans les consciences, avec ses impératifs. Si, ces dernières années, le pays se pensait à l’abri de bien des menaces (au point de tailler monstrueusement dans les forces armées), le revirement est radical et violent. En témoigne le triplement des engagements de jeunes dans l’armée française, mais aussi, la révision constitutionnelle afin de repenser l’application de l’état d’urgence, brandit comme une formule magique pour répondre à tous les maux du terrorisme.

Si, de manière opérationnelle, cette mise en place se justifiait afin de faciliter les actions des services de sécurité, c’est au prix d’énormes concessions politiques et symboliques. La France, pays des droits de l’Homme auto-proclamé, se replie sur elle même et met un genou à terre. Certes, à une fin de résilience. Mais que dire des perquisitions et arrestations dans les milieux zadistes, à titre que la « forte mobilisation des forces de sécurité pour lutter contre la menace terroriste ne saurait être détournée pour répondre aux risques d’ordre public liés à de telles manifestations revendicatives » ? Outre le fait de justifier ce que la France passe son temps à condamner dans d’autres pays, les forces de l’ordre sont-elles, à ce point-là, dépassées ? Ou certains décideurs cèdent-ils à la facilité, ouvrant un cadre d’opportunité pour tout « piratage » de l’état d’urgence ?

A nouveau, dans une vaine tentative de montrer qu’ils sont présents et capables, les décideurs politiques subissent ouvertement les évènements et tentent de s’improviser comme maîtres de la situation. La communication de crise va bon train, les interviews et déclarations fracassantes sont de sorties, mais les résultats ne sont pas au rendez-vous. On constate même, avec effarement, à quel point le système est rapidement mis sous pression. Un attentat, utilisé comme levier de pression politique, parvient donc à faire changer tout un pays ? Certes, des erreurs ont été commises et sont lourdes de conséquences, mais doit-on pour autant initier tant de changements au sein de la société et battre les tambours de guerre ?

« Je ne te dis pas que c’est pas injuste, je te dis que ça soulage.. »

© Vadot

A quelles fins et avec quelle stratégie les politiques réagissent-ils ? Que se passe t-il aux plus hauts sommets de l’Etat ? Quelle réflexion autre que « Daech a frappé Paris, nous allons leur faire payer en les détruisant sur leur propre territoire en nous unissant avec les acteurs déjà sur place » ? La politique étrangère du pays est-elle calquée sur des raisonnements aussi simplistes et opportunistes ? On arrive à en douter. Surtout quand ..

On sait que, 2 mois plus tôt, la France condamnait Bachar El-Assad et réfléchit aujourd’hui à s’allier au régime syrien afin de lutter sur le terrain.

On sait que la France condamnait l’intervention russe quelques semaines plus tôt et souhaite maintenant s’y associer.

On sait que tant de personnes, ces dernières années, conspuaient Bush et son interventionnisme guerrier en Irak en 2001, où sont aujourd’hui ces mêmes individus pour dénoncer le scénario réchauffé ?

On sait que la portée des frappes aériennes est minime et joue plus un rôle symbolique, sans aller au delà du rôle de containment.

On sait que la rhétorique de Daech s’appuie principalement sur le fait que les « croisés » tuent aveuglément des civils depuis le ciel, exacerbant la rancoeur des populations de voir tant de désastres dans leurs pays.

On sait que les attentats perpétrés à Paris sont le reflet d’une réalité politique bien plus complexe, qui fait douter que leurs origines se situent exclusivement à l’étranger, mais aussi bien sur le sol national. Et si vous en doutez encore, n’oubliez pas que tous les kamikazes étaient de nationalité française.

Le constat est terrible de voir une telle agitation, crédible sur la forme, mais vide sur le fond. La France s’engage sur le terrain, mais sans stratégie pour remplacer Daech, qui au fond, arrange bien du monde et créé des structures d’opportunités politiques pour de nombreux acteurs locaux et régionaux.


Lucky Luke : Canyon apache, cité avec pertinence par Un Faux Graphiste
Accepter le doute

Oui, l’Etat Islamique est bien présent et dispose d’une forte capacité d’action. Mais qu’est-ce que Daech ? Aucun consensus n’existe à son propos. Mais le fait que l’organisation se revendique comme un Etat et « existe » sur une carte pousse beaucoup de monde à lire la situation avec de vieilles grilles de lecture, facilitant les démangeaisons de certains à tirer sur tout ce qui bouge.

Face à la réponse à donner aux attentats, un problème d’une complexité politique extrêmement dense, bien des acteurs persistent à ne pas voir la réalité et préfèrent les solutions de facilité, sans penser de stratégies à long terme. A contrario du bal des experts qui sévissent à chaque coin de plateaux télés, il semble difficile de s’avouer qu’au final on ne comprend pas tout le phénomène. Pourquoi un jeune homme élevé en France, que rien ne prédestinait au djihadisme, s’est-il fait sauter devant le Stade de France, après avoir éventuellement fait un séjour en Syrie ? Sur un ordre direct et formel de Daech, ou seulement inspiré par un large réseau qui se calque sur cette même organisation et entretient des liens plus ou moins étroits ?

Tentez l’expérience, vous ne trouverez personne dans les médias qui avoue tout simplement « on y comprends rien, on l’a dans l’os, il faut tout remettre à plat. » Il est plus simple d’accuser les monarchies pétrolières, les jeux vidéos, la vision moyenâgeuse des « barbares » et autres drôleries, afin de fermer les yeux sur la réalité et de s’attitrer une coqueluche bouc-émissaire qui permettra de se rassurer : l’ennemi est là, sous nos yeux.

Mais où se cache-t-il vraiment ? Au coeur de Raqqa, au coin de Molenbeek, dans une grotte au milieu des Ifoghas ou au détour d’une rue en Seine St-Denis ? Bêtement et de manière triviale, on ne peut s’empêcher de se remémorer la déclaration de M dans Skyfall, lorsque celle-ci défend l’utilité des services de renseignement devant son gouvernement : « J’ai peur car nos ennemis n’existent sur aucunes cartes. Nous ne savons plus à qui nous avons à faire. Ce ne sont plus des nations, ce sont des individus. Regardez autour de vous, qui craignez-vous ? Distinguez-vous un visage, un uniforme, un drapeau ? Non. Notre monde n’est pas plus transparent, mais plus opaque. »

Et si, dans un éclair de lucidité, certains considèrent que le monde est moins opaque, car un ennemi est là, sous nos yeux, avec un nom et un drapeau, est-ce pour autant la réponse principale d’un phénomène que l’on ne comprends pas depuis 40 ans ? On peut se permettre d’en douter.


Pour y voir plus clair, il est possible d’aller plus loin avec des petites (et longues) réflexions sur les méthodes terroristes, la communication de l’Etat Islamique, ou plus simplement, une liste de gens intéressants à suivre sur ces sujets.

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