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Politique / Société
Les OGM - Pourquoi tant de haine?
I: Des techniques nouvelles?
Depuis leur apparition, les OGM (organismes génétiquement modifiés) ont été porteurs d’un sentiment mélangé de crainte et d’espoir. Aujourd’hui, c’est un thème qui anime de manière récurrente les débats publiques, scientifiques, et politiques. En réalité, les êtres humains remanient la génétique des espèces qui les entourent depuis de nombreuses années. Plusieurs processus sont responsables de ces évolutions: la modification de l’écosystème, la sélection et le croisement des meilleures souches en fonction de leurs utilités, ou encore l’hybridation d’espèces relativement semblables. Ainsi, nous avons toujours été capables, de manière volontaire ou non, de modifier génétiquement certains organismes. C’est notamment le cas des différentes races de chiens qui descendent toutes du loup, de la taille des épis de maïs qui s’est démultipliée en comparaison de ses homologues naturels, et même de l’orange qui est un hybride du pomelo et de la mandarine.


© Jesse Barrow
Bref, les humains ont sélectionné et diversifié la génétique de la majorité des espèces qu’ils ont approché ou consommé. Cette sélection n’a pas toujours eu que des effets positifs, notamment lorsque certains agents pathogènes se sont adaptés aux traitements pharmaceutiques qui les combattaient. Cependant, jusqu’à la fin du siècle dernier, la « création » de nouveaux organismes a toujours eu lieu par un transfert vertical de gènes, c’est à dire par un transfert se faisant des parents à leurs progénitures. Ce qui a évolué en matière d’OGM, c’est la récente capacité technique de transfert horizontal des gènes. En effet, les avancées scientifiques et technologiques des dernières décennies offrent la possibilité de modifier l’ADN d’un organisme vivant en y insérant de l’information génétique, et ainsi de le modifier au cours de son existence. De nouveaux croisements sont dès lors envisageables, comme l’insertion du gène de l’insuline humaine dans une bactérie, ou l’insertion de gènes animaux dans certains végétaux. Ainsi, ce que nous appelons communément OGM devrait être plus précisément nommé: Organisme Génétiquement Modifié par transfert Horizontal; c’est cette nouvelle technique qui fait débat.

Approche technique
II: Les Mécanismes du génie génétique
Bien que la technologie du génie génétique soit complexe, il est relativement aisé d’en comprendre les mécanismes de base. Les vecteurs qui sont utilisés pour insérer de l’ADN dans une cellule sont des virus ou des plasmides de bactéries. Quatre étapes sont nécessaires pour modifier le code génétique d’une être vivant. Premièrement, il est nécessaire de procéder à la scission de l’ADN des deux organismes sources, pour cela une enzyme appelée endonucléase est utilisée. Le gène d’intérêt, comme par exemple ceux responsables de l’insuline seront ainsi isolés puis prélevés de la cellule humaine. La même enzyme va être utilisée pour couper le plasmide de la bactérie. La deuxième étape consiste à reconstituer le nouveau génome en insérant le gène d’intérêt dans le plasmide, pour cela l’ADN ligase, un enzyme utilisé pour lier des portions de brins d’ADN, sert de « colle » naturelle. En troisième lieu, les plasmides transformés sont insérés dans des bactéries qui vont se cloner.

© ogm.org
Enfin, la quatrième étape, dite de criblage, consiste à sélectionner les clones contenant le gène d’intérêt, et de supprimer les bactéries inutiles. Les nouvelles bactéries créées vont, par exemple, pouvoir générer en masse de l’insuline humaine; mais les possibilités d’utilisation offertes par cette technologie ne s’arrêtent bien sûr pas à cet exemple.

III: Les OGM et leurs utilisations
Les OGM sont utilisées dans les domaines de la pharmacologie, de la médecine, de l’agriculture, de l’environnement, et plus récemment de l’élevage avec certains animaux comme le saumon. Dans le domaine de la pharmacologie, les OGM permettent actuellement de produire de nombreux médicaments tels que l’insuline. Des hormones, des anticorps et des vaccins sont aussi commercialisés de cette manière, car à l’instar d’autres technologies industrielles, les OGM permettent de produire toutes ces molécules rapidement et à grande échelle. En médecine, on essaie de développer de nouvelles thérapies pour proposer des remèdes aux maladies d’origines génétiques. L’idée étant de remplacer le ou les gènes défectueux, par des gènes sains. De nombreuses études sont en cours sur ces maladies, notamment concernant les cancers, les maladies neurodégénératives comme Alzheimer, ou la mucoviscidose. En environnement, on cherche à créer des êtres capables de phagocyter les agents responsables des diverses pollutions, mais aussi des modes de production plus efficaces. Ainsi, on utilise actuellement un peuplier transgénique pour produire du papier à moindre coût environnemental. Certaines bactéries capables d’éliminer les hydrocarbures ont aussi été inventées, elles sont notamment utilisées dans les STEP. Dans le domaine de l’agriculture, les industriels cherchent à augmenter les rendements mondiaux, qui stagnent depuis la dernière révolution verte. Pour ce faire, l’objectif n’est pas forcément d’augmenter le rendement par plants de culture, mais plutôt d’améliorer la résistance des plants aux attaques de leur environnement. Par exemple, les plantes résistantes aux herbicides de glyphosates, développées, brevetées et commercialisées par Monsanto. Malheureusement, les recherches industrielles se focalisent sur des cultures à forte valeur commerciale, mais pas forcément nutritive, comme le maïs et le soja. Une vision moins financière porte son étude sur des organismes pouvant combler les carences alimentaires d’une région donnée, par exemple le riz jaune chargé de vitamine A développés par l’EPFZ. L’une des raisons qui fait que les OGM sont particulièrement développés en agriculture est que les végétaux ont une très bonne capacité évolutive. Il est donc techniquement plus facile de travailler sur les végétaux et les bactéries que sur les animaux. Cependant, des saumons résistants au froid et qui croissent toute l’année sont actuellement développés au Canada.

Potentiels et risques
IV: Un amalgame des craintes

Les inquiétudes concernant les organismes génétiquement modifiés proviennent principalement des êtres nouvellement créés dans le domaine de l’agriculture, et de la domination de certaines multinationales dans ce domaine. La retranscription de ces craintes par les vecteurs médiatiques, ainsi que les lacunes scientifiques du grand public ont poussé ce dernier à la méfiance vis-à-vis de la majorité des OGM. Il est désormais impossible de cultiver des OGM dans certains pays d’Europe comme la France, alors que cette technologie est largement répandue de l’autre côté de l’Atlantique et en Asie. De cette manière, il arrive que les réglementations européennes freinent ou stoppent les recherches fondamentales dans ce domaine, pourtant porteur de diverses promesses d’avenir.


V: Les problèmes liés à l’industrialisation des plantes génétiquement modifiées
Dès leur commercialisation, les OGM ont posé divers problèmes éthiques et techniques, tels que le fait de breveter le vivant, ou la dissémination incontrôlée des nouvelles espèces. L’entreprise Monsanto, qui rencontre de nombreuses critiques au vu de ses agissements, est aujourd’hui le leader mondial en matière de plantes génétiquement modifiées. En dépit des arguments qu’elle met en avant, il est logique que l’entreprise cherche plus à augmenter ses profits plutôt qu’à lutter contre la sous-alimentation mondiale. Les organismes créés par la firme sont tous brevetés par cette dernière, de cette manière, elle assure la protection de sa technologie. Mais breveter la vie pose un problème éthique, surtout si les plantes GM sont capables de se reproduire avec des organismes naturels. C’est d’ailleurs le deuxième problème majeur, celui de la dissémination des cultures. En effet, un paysan voisin d’un champ d’OGM risque de voir ses plants se reproduire avec elles. Mais cette reproduction crée souvent des êtres déformés et stériles faisant perdre une année de culture au paysan. Qui plus est, le paysan doit souvent payer une taxe à l’entreprise, puisque ses plants défectueux contiennent le gène breveté. C’est d’ailleurs l’un des facteurs responsable de l’exode rural en Inde. Monsanto rachète alors les terres perdues par les paysans à l’Etat indien. Dans le cas où le paysan peut garder ses terres, il devra probablement passer en culture GM, et donc devenir dépendant de l’achat de semences Monsanto. Une troisième crainte concerne la perte de biodiversité des espèces, car la tendance va à la spécialisation de certains plants au détriment des autres. Par exemple, la sélection d’un riz toujours plus blanc. Néanmoins cette problématique n’est pas propre aux OGM, bien que ces dernières ne fassent qu’intensifier la problématique. Enfin, il existe la crainte du grand public concernant les dangers liés à la consommation de tels produits, crainte pour laquelle le recul est insuffisant pour affirmer ou infirmer les risques potentiels. Il est important de noter que les pays interdisant la culture d’OGM n’en interdisent pas pour autant l’importation et donc la consommation. On pourrait imaginer qu’un développement plus étatique empêche certains débordements apportés par les industriels. Pourtant, l’Etat chinois qui procède de la sorte, rencontre lui aussi des problèmes de disséminations sur son territoire comme sur les terres qu’il a acheté en Afrique.

VI: « Un grand pouvoir incombe de grandes responsabilités »
Généralement, lorsque le sujet des biotechnologies est abordé en public, les discours ne concernent que les OGM du domaine agricole. Cela démontre l’inquiétude du public sur ce sujet, ainsi que son manque de connaissance en la matière. Nous avons pourtant vu que cette technologie se perfectionne dans de nombreux domaines et que, même en agriculture, de nombreux projets semblent prometteurs pour l’avenir de l’humanité. En réalité, comme pour de nombreuses découvertes scientifiques à haut potentiel, cette technologie peut être utilisée à des fins positives ou négatives. Il s’agit dès lors de l’utiliser avec précaution, sans pour autant bloquer la recherche dans le domaine. La haine qui englobe les OGM provient donc surtout des craintes suscitées par les agissements de certaines firmes, et des confusions faites concernant ces craintes.

Si certaines multinationales dominent le marché des OGM, c’est parce qu’elles ont les moyens d’investir dans ces technologies. Malheureusement, au niveau mondial la recherche est majoritairement financée par des fonds privés, et de ce fait, l’utilisation des technologies se focalise trop souvent sur des objectifs commerciaux. Les multinationales qui se construisent dans ce domaine doivent être mieux surveillées, mais la crainte qu’elles inspirent ne doit pas se généraliser à l’ensemble des technologies OGM. Pour ce faire, les politiques, le grand public et les médias doivent mieux comprendre les principes de base de la biotechnologie. C’est peut être sur ce point que les scientifiques doivent agir, car c’est l’information qui peut permettre d’anticiper les dérives tout en débloquant des fonds nécessaires pour de nouvelles recherches.

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