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Politique / Société
Mais qu’ont-ils donc voté ?

C’est à présent certain : l’acceptation de l’initiative « Contre l'immigration de masse » laissera bon nombre d’entre nous sur le carreau. La décision de Bruxelles est tombée, la Suisse est définitivement exclue des accords Horizon 2020 et Erasmus+. La situation est gravissime. Des centaines de projets d’échanges interuniversitaires à travers l’Europe se trouvent condamnés. Le corps étudiant n’est de loin pas le seul à être touché : écoliers, employés en formation continue, stagiaires, chercheurs, membres du staff administratif et technique des universités, professeurs, et bien d’autres se seront durement prétérités par la suspension définitive des projets en cours. Pour beaucoup, donc, la déception est grande, d’autant que ces deux accords étaient encore tout frais, et promettaient d'ouvrir la porte à un foisonnement de possibilités d’échanges jamais vu dans le monde académique suisse.
Mais que sont exactement Horizon 2020 et Erasmus+ ? Le premier est le nouveau programme-cadre de recherche européen, le plus vaste au monde, entré en vigueur le 1er janvier 2014. Pour les 7 ans à venir, « l’Union européenne financera des projets résolument interdisciplinaires » dans ce cadre-là, à l’aide d’un budget de 79 milliards d’euros. Quant à Erasmus+, il s’agit d’une remise à jour et d’une extension des programmes Erasmus antérieurs. Regroupant pour la première fois différents programmes semblables en une dynamique globale, il vise à faciliter, varier et consolider les partenariats transnationaux, et à « renforcer les compétences et l'employabilité, ainsi qu'à moderniser l’éducation, la formation et le travail des jeunes » à travers le continent. Lui aussi devait prendre place de 2014 à 2020. En somme, à peine envisagée, l’idée excitante de participer à ces accords doit être abandonnée.

Des centaines de projets s’écroulant de toutes parts

Parmi les étudiants, chacun est susceptible d’être affecté par ce retour de fortune. Toutes les facultés sont touchées au même titre, des sciences humaines aux sciences dures, car il n’y a pas un domaine d’études qui ne reconnaisse les avantages considérables d’envoyer ses étudiants à l’étranger, pour un semestre ou plusieurs. Celles et ceux qui envisageaient de partir en échange l’année académique prochaine sont environ 200 pour l’Unil seule, et plus de 2600 pour l’ensemble des universités de Suisse. Par ailleurs, les chiffres sont identiques pour les étudiants qui viennent de l’étranger enrichir leur formation parmi nous. La circulation des étudiants en échange fonctionne selon un principe de réciprocité, et vu que notre pays n’est désormais plus éligible comme destination Erasmus, il sera bien plus délicat de négocier avec les universités européennes pour y faire admettre des étudiants suisses à l’avenir. De surcroît, c’est tout le futur de la recherche qui voit se dessiner à l’horizon un fantomatique point d’interrogation.
Une jeune assistante-étudiante d’Archéologie témoigne : « Je m'inquiète de l'impossibilité future de vivre et de travailler en Europe. Pour les Suisses en effet, le CNRS offre parfois des places de travail fixes en tant que chercheur, chose que le Fonds National Suisse ne fait pas. Sans parler, dans le cas de l'archéologie spécifiquement, de s'affilier à des écoles comme l'EFA (Ecole Française d'Athènes), EFR (Rome) ou d'autres instituts qui proposent de l'embauche et des cadres de recherche admirables. Il risque également d'être plus difficile de monter des projets de fouilles à l'étranger. C'est donc condamner tous les chercheurs qui ne se centrent pas sur des thématiques suisses. Il faudrait, pour pallier certaines de ces difficultés, que le FNS octroie davantage de bourses pour couvrir toute la demande, ou devienne une institution recrutant des chercheurs, comme le CNRS. Or, selon la conjoncture économique, les recherches en sciences humaines ne seront sans doute pas une priorité dans l'agenda des subventions. En bref, il faudra probablement compter sur son propre réseau européen pour lancer des projets à l'avenir, sans soutien institutionnel. Ce qui était déjà difficile le deviendra bien plus encore. »
C’est donc un futur sombre qui se laisse présager pour la jeunesse du monde académique suisse. Mais il nous est toujours possible d’affirmer notre désarroi, notre déception, notre besoin de faire entendre notre voix, de clamer notre envie de partir, et notre refus de nous laisser enfermer par le résultat d’un vote qui n’a obtenu que de justesse la majorité. Le résultat du 9 février, personne n’ose le blâmer puisqu’il est le produit de la démocratie, valeur dans laquelle chacun se reconnaît. Ses conséquences n’en restent pas moins déplorables.

Un vote aux effets désastreux

L’initiative « Contre l'immigration de masse » porte moins fièrement son nom aujourd’hui : la première immigration massive à être freinée, c’est l’immigration des savoirs. La Suisse a opté pour la fermeture, et les premières victimes en sont le monde académique et, en général, tout ce qui touche à la formation et à la culture, à la découverte de l’altérité et à l’émancipation intellectuelle. La majorité des votants à avoir soutenu le « oui » avaient-ils réellement pris en considération toute la portée de leur choix ? Avaient-ils un tant soit peu réfléchi aux libertés qu’ils allaient restreindre pour leurs propres enfants ? Désormais, les frontières suisses se dressent aussi contre les avancées scientifiques, les projets de recherche, l’innovation dans tous les domaines. Certains croyaient protéger la Suisse du chômage, et ironiquement, elle se trouve en première instance privée de précieuses collaborations et de financements bienvenus de la part de l’Europe : par exemple, Horizon 2020 aurait permis la création de 8000 emplois au sein du pays, et le Human Brain Project de l’EPFL avait prouvé que les fonds libérés pouvaient être généreux. Il est certain que des portes se fermeront, mais ce n’est pas pour autant que nous ne pouvons pas nous battre pour en obtenir les clés, ou dénicher l’entrée des artistes. La Confédération peut trouver des alternatives, elle peut dégager des fonds pour permettre à chacun de partir étudier ailleurs, elle peut être à la hauteur des promesses qui nous étaient faites quand nous entrions à l’université.
Une manifestation se tiendra le 1er mars à 14h30 sur la place fédérale de Berne pour l’y encourager, pour l’exhorter à défendre notre liberté de mouvement. Si comme moi vous faites partie de ces étudiants qu’un projet d’avenir motivait comme jamais, et qui voient à présent leur soif de découverte et de savoir étouffée par une question purement politique, venez. Et si comme moi vous estimez qu’il est nécessaire, qu’on soit étudiant ou non, de lutter coûte que coûte pour l’accès à la connaissance, l’interculturalité et l’ouverture, venez.

Alice Bottarelli, étudiante en Lettres, poursuit actuellement un Master européen en études françaises et francophones.

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