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Culture
Le Pénitencier de Sion se met "En Marche" !

Visite de l'exposition "En marche. Faire un pas, c'est faire un choix" au Pénitencier de Sion, qui se tient jusqu'au 18 mars prochain.

Il faut le dire de prime abord : l’affiche de la nouvelle exposition proposée par le Musée d’art du Valais semble être passée inaperçue dans les rues. La faute à Valentin Carron et son oeuvre Gérard (2016), qui ne semblent pas avoir beaucoup interpelé les amateurs d’art romands. De plus, le nom de la nouvelle exposition, « En Marche », rappelle quelque peu le mouvement politique lancé par le président français Emmanuel Macron. Malgré tout cela, l’exposition se révèle bien plus intéressante que ce qu’elle laisse entendre. Jusqu’au 18 mars, elle invite ses visiteurs à s’interroger sur cet acte qui, parce qu’il rythme notre quotidien, est devenu banal. Le musée révèle ainsi la nouvelle nature du geste : la marche comme un acte d’engagement, comme un acte de changement.

© Musées cantonaux, Sion, M. Martinez : Richard Long, Alpine Line, 1991, prêt du Musée d'art des Grisons

Le rez-de-chaussé de l’exposition est ainsi principalement occupé par les rochers de Richard Long qui s’étendent sur neuf mètres. Alpine Line (1991) de l’artiste phare du land art se veut alors être un chemin en négatif. Constitué de pierres que l’artiste récolte au fils de ses longues marches à travers le monde, ce chemin minéral est un moyen pour lui de rétablir une forme de connexion entre l’art et la nature. La marche devient ainsi une mode de prise de conscience de ce qui nous entoure. Sur l’un des murs de la même salle, on découvre une banquise finlandaise vide, à l'exception d’un brise-glace qui avance peu à peu. Quelques mètres devant, Guido van de Werve semble lui ouvrir le chemin. Nummer acht, everything is going to be alright (2007) révèle alors l’importance de chaque pas. D’une part, parce que la banquise est fragile et, de l’autre, parce que la distance entre l’artiste et le brise-glace est si mince que regarder derrière pourrait être fatal à Guido van der Werve. La seule chance qui lui reste est alors de marcher, sans se retourner et sans perdre le rythme. Cette vidéo renvoie ainsi à la célèbre image du Tank Man (1989) de Stuart Franklin. Lors de l’événement qu’elle immortalise, un homme découvre une allée de 17 chars de l’armée chinoise prêts à s’en prendre aux manifestants de la place Tiananmen. Prêt à tout, celui que l’on considère aujourd’hui comme étant le manifestant inconnu se tient débout face à un char. Alors que les officiers lui ordonnent de se retirer, le manifestant reste de marbre. Le char tente alors de le contourner, mais l’homme ne cesse de s’y opposer. Cet acte devient ainsi un acte symbolique, de courage, de manifestation non-violente.

À l’étage, on aperçoit Francis Alÿs tournant en rond dans son atelier. Albert’s Way (2014) renvoie aux marches qu’Albert Speer – architecte du Troisième Reich – a effectué dans sa cellule de prison pendant 20 ans. Ensemble, l’artiste et Albert Speer ont ainsi parcouru 30’000 kilomètres. On soulignera par ailleurs l’ironie – volontaire ou involontaire – de l’exposition : celle-ci n’a pas lieu dans les salles du musée d’Art du Valais, mais dans celles du pénitencier de Sion. Cette ancienne prison a été convertie en espace muséal à la fin des années 1990. L’œuvre de Francis Alÿs y prend alors tout son sens : présenter une oeuvre qui révèle le caractère libérateur de la marche.

Dans une autre cellule, on retrouve le duo suisse que sont Peter Fischli & David Weiss. Der rechte Weg (1983) raconte, sous la forme d’une fable, l’histoire d’un rat et d’une souris qui flânent dans différents hauts-lieux valaisans. Les deux animaux – joués par les artistes – vivent un voyage où les tabous, les valeurs et les règles sont déjoués, ce qui sort les deux personnages de quelques situations incongrues. De cette manière, le duo joue sur la contradiction entre le titre du film – qui ne laisse aucune place à l’incertitude – et son contenu, une errance heureuse. Comme à leur habitude, Peter Fischli & David Weiss réservent à la fin du film une belle morale : le droit chemin n’existe pas, bien que l’on tente tant bien que mal d’organiser notre existence.

Extrait de : Fischli & Weiss, Der Rechte Weg, vidéo de 52 minute, 1983.

La marche peut, comme nous l’avons déclaré plus haut, constituer un acte de changement. C’est ce qu’exprime la photographie Aletsch Glacier 4, Switzerland (2007) de Spencer Tunick. Ce dernier a réussi à mobiliser 600 personnes pour une marche de quatre heures à destination du glacier d'Aletsch. Une fois arrivés sur place, les participants ont posé nus devant le photographe américain. Ce coup de force – en collaboration avec Greenpeace – veut inciter les autorités publiques à agir contre le réchauffement climatique. L’image de Tunick attire ainsi l’attention sur la fonte du glacier qui, entre 2005 et 2006, a reculé de près de 115 mètres. Il met en évidence la relation symbolique entre le glacier en train de fondre et le corps humain, tout deux vulnérables au réchauffement climatique. L’émotion que suscite Aletsch Glacier 4, Switzerland, constitue un nouvel argument dans le débat climatique.

L’exposition « En Marche. Faire un pas, c’est faire un choix » proposée par le Musée d’art du Valais mérite le déplacement. Le sujet est exceptionnel et permet une réflexion riche. Surtout, la scénographie muséale y est unique. Il est peu courant en effet de visiter ces lieux habituellement clôts. De plus, l’exposition offre une vision riche en faisant contraster différentes époques et disciplines et, surtout, plusieurs artistes dont chacun dévoile un contexte de marche distinct. Elle mélange ainsi divers artistes reconnus - Joseph Beuys, Richard Long ou encore Spencer Tunick - avec des artistes régionaux - Philippe Schmid, Lionel Baier ou Pascal Thurre. Et finalement, pour celles et ceux qui sont fatigués de se rendre en Valais pour observer les mêmes peintres depuis 20 ans à la Fondation Gianadda (l’exposition actuelle ne va pas à l’encontre de ce que nous affirmons ici), voilà l’occasion de se changer les idées ! Profitez-en pour aller marcher vous aussi, avant de vous asseoir à nouveau sur les bancs de vos séminaires.

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