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Culture
Le revers narcissique de WikiLeaks – Risk de Laura Poitras
Laura Poitras, journaliste et réalisatrice américaine, n’en est pas à son premier reportage d’investigation. Elle sait aller où ça dérange et prendre le temps de filmer longtemps, de très près. C’est peut-être ce qui a causé, dans Risk, son manque d’objectivité auprès de Julian Assange, fondateur de WikiLeaks.



Dans la base navale de Guantanamo pour The Oath en 2010, puis auprès d’Edward Snowden pour Citizenfour (Oscar du meilleur documentaire en 2015), Laura Poitras investigue sans relâche dans le domaine des services de renseignement et de surveillance. Son dernier né, baptisé Risk, nous immerge dans un monde complexe, celui de WikiLeaks et de son créateur Julian Assange. Elle l’a filmé pendant six ans et ce paramètre, déjà, donne une valeur non négligeable au documentaire. C’est principalement par le biais d’Assange que l’on apprend davantage sur cette organisation non-gouvernementale qui publie des documents et des analyses politiques à très large échelle. On apprend à connaître le personnage au travers des diverses épreuves auxquelles il doit faire face, en tant qu’homme hautement surveillé par les instances gouvernementales, détesté des services secrets et cible d’une poignée de féministes, suite aux plaintes pour agressions sexuelles déposées par deux Suédoises. Le ton sensationnaliste est donné dès les premiers plans avec des téléphones angoissés que font Assange et sa collaboratrice à la Maison Blanche, pour annoncer que des informations ultraconfidentielles sont sur le point d’être diffusées par un hacker qui se serait introduit dans les données de WikiLeaks. Ainsi balloté de problèmes en scandales, le spectateur n’a pas le temps de ressentir la moindre empathie pour Assange, qui s’avère à la fois intriguant et agaçant, de par son amour de la mise en scène et de la provocation. La réalisatrice est elle-même critique et dubitative. Sans être ouvertement réflexif ni performatif à la façon de Michael Moore, Risk inclut quelques réflexions de la réalisatrice en voix-over qui lit son journal de production. Elle y raconte ses doutes et sa surprise de voir la direction que prend son propre film lorsque les accusations d’agressions sexuelles viennent s’ajouter aux préoccupations de l’équipe. Surtout, elle évoque ses rapports tendus avec Julian Assange: «Je me demande pourquoi il me fait confiance, parce que je crois qu’il ne m’aime pas.» L’entier du film est imprégné de cette tension et de la personnalité généralement égocentrée et condescendante d’Assange. Il n’hésite pas à demander directement Hillary Clinton au téléphone, se plaît à avoir une grande partie de son équipe autour de lui quand il se fait couper les cheveux, ou encore suggère à sa porte-parole d’imaginer les journalistes comme « a piece of shit on your shoes ».

A l’issue du documentaire, les notions d’anonymat et de confidentialité prêtent à une remise en question. Pendant 1h30, les protagonistes et la réalisatrice insistent sur la dangerosité de leurs activités. Il est souvent question d’aspects qui ne peuvent être publics, notamment lorsque l’équipe d’Assange prépare des communications destinées à la presse, et pourtant le spectateur a bien conscience d’être face à un film parfaitement public. En conséquence, une grande partie de ce qui se joue dans Risk semble n’être qu’un jeu. Il y a une telle insistance sur la notion de risque, comme en témoigne le titre, qu’on ne saisit plus si bien quel est le rôle exact de WikiLeaks et pourquoi il s’agit d’une affaire d’Etat. La brève présence de Lady Gaga menant une interview très superficielle d’Assange participe d’ailleurs à la confusion entre politique et divertissement. Finalement, c’est la mention du soldat Manning, condamné à trente-cinq ans de prison pour avoir transmis des documents militaires classifiés à WikiLeaks, qui rappelle les réelles conséquences de telles activités.


Risk est ainsi une porte ouverte sur les coulisses d’un domaine dont tout le monde parle, mais dont on connaît mal les rouages. En se voulant à la fois mystérieux et sensationnel, le domaine des hackers, à l’image des très médiatisés Anonymous, pouvait-il être traité autrement que comme l’a fait Laura Poitras? Si elle a le mérite d’avoir tenu bon pendant de si nombreuses années, elle n’a cependant pas réussi à conserver une distance journalistique qui aurait été bienvenue dans cet univers de mise en scène. Elle a lutté pour ne pas devenir une informatrice de Julian Assange, mais elle semble s’être largement laissé diriger par ce que son protagoniste voulait montrer et raconter. En choisissant de tout angler sur une question: «Combien de ta vie es-tu prêt à risquer?», Poitras contraint son film au sensationnalisme à l’américaine avec des héros à la fois détestables et admirables, courageux et fragiles. Si cet aspect peut déplaire, Risk vaut tout de même la peine d’être vu pour les réflexions intéressantes qu’il suscite du point de vue des conditions de tournage, elles-mêmes instables et soumises à l’indétermination des frontières entre les notions de privé et public, justice et illégalité.

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