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Culture
Palme au carré - critique du film The Square
Après Turist, qui observait le malaise familial consécutif à la fuite d’un père abandonnant sa famille devant le danger, et qui avait gagné le Prix du jury dans la section «Un certain regard» au Festival de Cannes 2014, le réalisateur suédois Ruben Östlund déploie l’envergure de son talent et se voit récompensé cette année par la Palme d’Or à Cannes.

Attention, spoiler!



Le dernier film de Ruben Östlund expose une tranche de la vie de Christian, célibataire, père de deux fillettes et conservateur d’un musée d’art contemporain à Stockholm, qui prépare le lancement d’une nouvelle exposition et de son installation phare: The Square, un carré blanc lumineux installé à même le sol. Confronté à des difficultés, tant au niveau privé que professionnel, il se retrouve face à un fossé entre les valeurs qu’il prône et ses actions effectives.

Östlund est un réalisateur qui affectionne les plans fixes esthétisés, à la géométrie marquée. Un musée d’art contemporain se prête donc parfaitement, de par son architecture, à la forme de son film. Mais également à son fond, puisque cet univers aux codes singuliers est un terreau riche en germes de matière comique, qu’Östlund s’est à l’évidence plu à cultiver. Du drame des artistiques tas de poussière balayés par un employé inconscient - «On appelle l’assurance?» s’inquiète l’une des collègues de Christian - , à l’austère surveillante de salle qui ne se meut sur sa chaise que pour mieux écouter une conversation compromettante, en passant par l’installation qui, à intervalles réguliers, noie dans un indifférent vacarme les tentatives d’une femme de s’assurer qu’elle n’a pas été, pour son interlocuteur, que l’anonyme vide-couilles d’un soir, le spectateur se régale. Mais Östlund est loin de se contenter de tourner en ridicule le cadre muséal, puisque l’art contemporain se révèle n’être qu’une thématique secondaire de l’histoire. Et si les principales questions abordées auraient pu être traitées dans une grande variété de contextes, celui de l’art apparaît comme un choix d’autant plus judicieux qu’il permet naturellement des mises en abyme, à l’image de cette scène où Christian, son costard rincé par la pluie, fouille obstinément un amas de déchets tel le performer d’une œuvre avant-gardiste.

«Le carré est un sanctuaire où règnent confiance et altruisme.» Avec cet extrait de la description de l’œuvre qui donne son titre au film, le réalisateur synthétise en miroir sa problématique: sous couvert d’un politiquement correct de façade, le suédois urbain de classe moyenne à supérieure, devant la caméra d’Östlund, apparaît perdu dans un climat individualiste et lâchement hypocrite. Le motif de la mendicité, tabou de nos villes, traverse tout le film comme une sombre rengaine et exacerbe l’absurdité d’une vie urbaine qui vire au grotesque au détour de détails, d’accrochages en apparence insignifiants mais ô combien révélateurs de la mentalité indigène.

Si le film est centré sur les péripéties que traverse Christian, le malaise suinte de toutes les interactions formelles qui sont mises en scène. Et ce avec une ironie acide qui atteint d’autant mieux sa cible, que le réalisateur parvient à conjuguer à cette satire un réalisme fondé sur l’observation sociologique. En particulier celle de la gène qui, pour nombre d’entre nous, peut se faire sentir au hasard des contacts avec nos anonymes semblables. « - Sauverez-vous une vie? - Non.» Lorsqu’exceptionnellement ce n’est pas le silence qui lui rend la politesse, c’est ce que s’entend répondre une activiste, tendant un feuillet de documentation aux passants pressés et connectés qui la frôlent en détournant le regard. Soulignons que ces nombreux tableaux, loin de tomber dans le piège du manichéisme, se révèlent d’autant plus grinçants et dérangeants que les situations se retournent vite et que dans cette mascarade, les rôles se brouillent. En témoigne à merveille la scène où Christian se fait détrousser par des pickpockets de haut vol, ou encore son échange mémorable avec une mendiante à qui il se propose d’acheter à manger.

Alors que dans Turist la lâcheté se révélait principalement brutalement, dans la situation exceptionnelle d’une catastrophe potentiellement mortifère, ici, elle parsème le quotidien. Et lorsque les personnages finissent par la vaincre, c’est en dernier recours, face à des situations qu’ils ont commencé par laisser dégénérer. «Quel degré d’inhumanité faudra-t-il atteindre pour atteindre votre humanité?» interrogent deux jeunes collègues de Christian dans leur vidéo de promotion du fameux carré. Et Östlund de reconduire, toujours par le biais de la problématique soulevée par l’artiste de l’œuvre The Square, son jeu de miroirs qui consacre l’ironie mordante et amère du film. Car cette question sur l’(in)humanité fait écho au constat qui vous frappera certainement devant la réaction des convives à l’escalade tragi-comique de la féroce scène du dîner, qui voit artistes et élite culturelle être pris au dépourvu et à leur propre jeu, et l’art passer brutalement la frontière du réel. Et l’on retrouve encore, le comique en moins cette fois, la résonance de cette accroche promotionnelle quand Christian peine à assumer ses responsabilités face à l’embarrassant scandale qui trouble la tranquillité de son immeuble. Autre différence d’avec le précédent film d’Östlund: la chaleur humaine qui, malgré l’ambiance refroidie, se dégageait alors des personnages, se fait ici denrée rare. Et l’hilarante et pathétique scène de sexe, désert de passion et sommet de défiance, constitue l’apogée de cet exposé d’un vivre ensemble avarié.

Se régalant d’un film si riche en métaphores, mises en abyme et jeux de miroir, on peut être étonné quand survient le mea culpa final de Christian au garçon qui a été victime de sa lâcheté. En effet, par son discours le héros du film verbalise l’une des principales dimensions de critique sociale de l’œuvre. Pourquoi ce choix du réalisateur, quand son message se communiquait efficacement au spectateur grâce à des dispositifs autrement plus subtils que ce revirement verbeux? Cette tentative de rédemption et son expression tiédissent les dernières notes d’une œuvre qui avait nettement plus de piquant servie bien fraîche.

Ce bémol ne suffit toutefois certes pas à gâcher The Square, qui, en plus de se targuer d’un scénario et d’une mise en scène dont on pourrait encore longuement détailler les qualités, bénéficie d’excellents acteurs - mention spéciale à Elisabeth Moss, très inspirée. Mais le plus saisissant sera peut-être à venir une fois le générique écoulé et les fauteuils abandonnés: en retrouvant la ville au sortir de la projection, il se pourrait que vous ayez vous aussi l’impression d’être resté dans le film, et qu’un regard ironique vous observe comme à travers une caméra cachée.

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