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Culture
Chronique – 7ème chapitre: De Monet à Picasso, la collection Bührle à l’Hermitage
Après avoir visité cinq cantons et six institutions d’art, il est temps de rentrer chez nous pour constater ce qu’il se passe dans notre chère et tendre région lausannoise. Etrangement, il semble que Zürich nous ait suivi jusqu’à Lausanne... Sur la colline de Sauvabelin, une villa: une maison de maître avec un jardin anglais semé de coquelicots, le tout surplombant le lac Léman ainsi que la ville de Lausanne. Ce cadre n’est pas s’en rappeler celui peint par Camille Corot en 1825. Aujourd’hui, la demeure accueille la Fondation de l’Hermitage, haut lieu pour les beaux-arts en Suisse romande. Depuis cet été et jusqu’au 29 octobre, le musée présente les chefs-d’oeuvre impressionnistes et post-impressionnistes de la collection Emil Bührle, avant que celle-ci ne s’envole pour le Japon.


Détail de: Claude Monet, Champs de coquelicot près de Vétheuil, 1879, huile sur toile, Fondation et Collection Emil G. Bührle.


L’histoire de la collection débute de manière bien sombre. En 1924, le jeune entrepreneur allemand Emil Bührle déménage à Zürich pour prendre les rênes d’une industrie de machines-outils. Entre temps, les vainqueurs de la Première Guerre mondiale obligent les allemands à cesser leur production d’armes en imposant le fameux Traité de Versaille. Mais loin de se laisser diriger, l’état-major allemand propose alors à Emil Bührle, agé de 34 ans, de produire clandestinement ses armes. Les rentrées d’argent deviennent subitement plus importantes. C’est ainsi que Bührle achète ses premiers tableaux dont l’emblématique Champs de coquelicots près de Vétheuil de Monet (1879). S’ensuit plusieurs achats controversés, comme ceux d’oeuvres volées aux juifs par les nazis. Ces origines expliquent les nombreux chamboulements qu’a connu la collection au fil de son histoire.

Dans la première salle du musée, la priorité est donnée aux portraits. L'intérêt d’Emil Bührle pour ce genre est né durant ses études en histoire de l’art à l’université de Fribourg-en-Brisgau. Si un professeur l’a marqué, c’est bel et bien Wilhelm Vöge. Cet enseignant théorise alors ce qui va devenir un des axes principaux de la collection: éclairer comment l’art du passé influence l’art actuel et comment ce dernier engendre la création future. Emil Bührle s'intéresse alors à montrer comment la peinture française du XIXe siècle s’est constituée. Parmi les oeuvres, on retrouve des portraits d’Henri Fantin-Latour, Ingres ou encore Renoir. Mais si le mécène attache tant d’importance à ces portrait, c’est parce qu’ils sont marqueurs de la modernité. Leur touche brusque, rapide se retrouvera quelques années plus tard dans les peintures impressionnistes.

Plus loin, une pièce rend hommage à deux courants fondateurs des impressionnistes: le romantisme et le réalisme. Dans celle-ci, on retrouve le français romantique Eugène Delacroix et son tableau Christ sur la mer de Galilée. La peinture semble ici brumeuse, douce en contraste avec ce qu’elle illustre: une tempête soulève une barque, des marins s’agitent par peur de mourir alors que le Christ, lui, dort paisiblement sur son auréole. A côté de cette œuvre, on peut admirer deux portraits peints par le fondateur du réalisme pictural, Gustave Courbet. Ils nous permettent alors de comprendre, comment dans un élan de réussite, l’artiste a su conjuguer la tradition du portrait des siècles passés avec le coup de pinceau des romantiques. Le résultat est spectaculaire: un style nouveau émerge. Quant à l’œuvre d’Honoré Daumier, qui est plus connu pour ses caricatures, sont présentées quelques unes de ses rares peintures illustrant la vie moderne parisienne.

Au centre du rez-de-chaussée, deux salles amènent à observer l’apparition de la peinture de paysage avec les impressionnistes dans les années 1870. On admire ainsi les travaux de Pissarro, Sisley ou du légendaire Claude Monet. Tous ont quitté leurs ateliers pour aller peindre en plein air. C’est ce qui fait la nouveauté des impressionnistes, une volonté de capturer le paysage. Mais pour cela, il faut aller vite, «fouetter» le pinceau. C’est ce geste, cette liberté qui rendent si uniques ces réalisations. Alfred Sisley, pour Les régates à Hampton Court (1874), pose son chevalet en Grande Bretagne, le long de la Tamise pour illustrer dans ses toiles les progrès techniques et leurs impacts. Puis, un champ de coquelicots, un clocher d’une église romaine, la Seine : il n’y a aucun doute, nous sommes bien en train d’admirer la pièce majeure de cette exposition, le Champs de coquelicots près de Vétheuil de Monet (1879). À la suite de sérieux soucis financiers, la famille Monet n’a d’autre choix que de quitter la folle vie parisienne pour déménager à Vétheuil. Mais voilà qu’en 1879, la santé de la femme de Claude Monet, Camille, s’aggrave. Après sa mort, l’artiste reprend alors la peinture de paysage et illustre ses moments de bonheurs, de souvenirs dont cette oeuvre est le plus beau témoignage.

À l’étage, sont présentées diversses productions dont une sculpture: Petite danseuse de quatorze ans par Edgar Degas (1880). C’est sans aucun doute la plus importante des sculptures de son temps car elle marque un renouveau pour cet art. Degas, connu pour ses peintures de danseuses, se lance dans un projet pour le moins ambitieux: représenter une danseuse aussi réaliste que possible. Sans formation en sculpture, l’artiste propose une petite fille très réaliste. Par l’ajout d’un tutu et d’un ruban en soie, la sculpture prend vie devant nous. Si elle fait parler d’elle, c’est avant tout parce que le fait de représenter une élève de l’Opéra de Paris, de manière si bestiale, traduit bien son destin. Il faut dire que les danseuses étaient pour la plupart entretenues par des hommes qui en profitaient pour obtenir des faveurs. Celles qui ne brillaient pas sur scène finissaient malheureusement sur le trottoir. Quelques tableaux plus loin, on retrouve en sécurité Le garçon au gilet rouge peint par Cézanne en 1888. En 2008, la Fondation Bührle à Zurich connaît une bien triste histoire: quatre de ses tableaux (dont le Champs de coquelicots fait partie) sont dérobés lors d’un vol à main armée. Ce n’est qu’en 2012 que la police retrouve cette toile de Cézanne en bon état. Contrairement aux portraits du rez-de-chaussée, Cézanne rompt ici avec la tradition du genre: le cadrage est éloigné, la position accoudée est innovante. Enfin, le fond n’est plus neutre mais représente l’appartement de l’artiste à Paris que l’on peut retrouver dans divers portraits de la même époque.

Deux autoportraits à l’histoire bien cocasse occupent les combles. L’un avait été premièrement acheté par Emil Bührle car il pensait être le portrait d’un des plus grands maîtres hollandais, Rembrandt. Si cette toile a fait couler beaucoup d’encre, c’est avant tout car il s’agit d’un faux. Après examen au rayon x, on découvre que sous la couche de peinture qui constitue l’autoportrait se dissimule une autre copie de Rembrandt: La Flagellation du Christ (1658) dont on remarque encore quelques traces. À gauche, prend place une oeuvre d’une toute autre époque, un faux autoportrait du grand Van Gogh. L’histoire de celle-ci est bien plus cocasse. Bührle, qui dix ans auparavant avait souhaité acheter l'Autoportrait dédié à Paul Gauguin de Van Gogh, avait vu la toile lui filer entres les mains lors d’une vente aux enchères. Lorsque l’occasion se réitère, il ne réfléchit pas, il achète. Mais, à nouveau, il s’agit d’une représentation falsifiée qu’une artiste avait copié par pur plaisir!


Détail de: Toulouse Lautrec, Les Deux Amies, 1895, gouache sur carton, Fondation et Collection Emil G. Bührle.


Et finalement, dans l’extension souterraine se trouvent les héritiers des impressionnistes: l’Ecole de Paris. Parmi les tableaux, deux pièces se détachent du lot. La première est un Nu couché peint par Amedeo Modigliani en 1916. L’érotisme de cette toile est caractérisé par une volonté de l’artiste de traduire dans ses oeuvres une beauté universelle. Cette beauté est un mélange de diverses cultures qui fascinent Modigliani: l’art égyptien, l’art khmer, l’art médiéval ou encore l’art africain. Un corps aux extrémités coupées dont l’artiste ne s’est pas soucié de l’arrière-plan. Il a préféré concentrer son travail sur la chair de ce corps qui semble glisser. Les contours noirs de la figure accentuent la forme et les quatres bandes rouges parallèles à l’entrejambe marquent le charme passif de ce nu au regard énigmatique. Le tableau L’Italienne de Picasso (1917) clôt la collection. L’œuvre devait servir de décoration pour le spectacle d’un ballet russe à Rome. L’artiste catalan emploie ici un mélange entre cubisme synthétique et figuration. Il se détache de cet emboîtement une femme masquée à la fois de profil et de face. Elle porte l’habit traditionnel des vendeuses de fleurs espagnoles. Or, l’arrière-plan représente la basilique Saint-Pierre de Rome et nous indique clairement son origine. Pablo Picasso n’a pas trouvé l’inspiration dans les rues de la capitale, mais dans deux cartes postales qu’il détenait. Cette toile, à la fois kitsch, abstraite, cubiste et réaliste marque le passage dans un nouveau genre pour l’artiste.

Les Chefs-d'oeuvres de la collection Bührle : Manet, Cézanne, Monet, Van Gogh est donc une exposition unique en son genre. Elle retrace l’histoire de l’art impressioniste de bout en bout. Une chance à ne pas manquer car c’est la seule et unique venue de la collection presque complète en Suisse romande. Si défaut il y a dans cette exposition (bien que nous en doutions), ce serait parfois l’origine quelque peu douteuse de certaines œuvres de la collection. L’Hermitage a su miser fort cet été pour offrir à son public un véritable trésor. Donc avant qu’elle ne rejoigne la nouvelle extension du Kunsthaus de Zurich à l'horizon 2020 ou qu’elle s’envole pour le Japon, profitez d’aller vous balader à travers les salles, faire une pause au jardin ou encore à l’Esquisse, le café-restaurant de la fondation.

Par la même occasion, je souhaite vous annoncer la fin de cette incroyable expérience que fut cette chronique. De même, je tiens à remercier profondément Thomas, mon camarade tout au long de ces salles d’exposition tant farfelues pour certaines, qu’intéressantes pour d’autres.

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