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Culture
Image fixe ou animée ?
Si un événement majeur a bel et bien marqué l’histoire de la photographie au XXI ème siècle, c’est peut-être bien la numérisation. Plus marquante encore, l’annonce faite en 2009 par le géant de la photographie Kodak : l'arrêt de la production des pellicules couleurs Kodachrome. Cette nouvelle enterre alors derrière elle une longue histoire déjà presque oubliée: celle de la diapositive. À mi-chemin entre photographie et cinéma, la diapositive voit le jour grâce aux frères Langheim en 1850 et connaît son quart d’heure de gloire jusque dans les années 1970. Dans sa course effrénée pour une reconnaissance en tant que pratique artistique, le médium méprisé a en face de lui un rude concurrent : la photographie. Souhaitant mettre à jour le statut artistique et le rôle joué par la diapositive dans l’histoire de la photographie, le Musée de l’Elysée a présenté, jusqu’au 24 septembre, Diapositive. Histoire de la photographie projetée, une des rares expositions dédiées à ce médium. L’exposition se divisait ainsi en quatres parties présentant chacune une spécificité de la diapositive: l’image de lumière, le dispositif, la séquence et la séance.


© Tiago Morais, Collection de diapositives du Musée de l’Elysée, 2017.

Il n’y pas de diapositive projetée sans lumière. C’est elle qui lui donne la vie. Tantôt pâle ou éclatante, dans l’obscurité comme en pleine journée, elle satisfait ce désir de voir plus grand. Cette plaque de verre de 8,5 cm sur 10 cm, en noir et blanc à ses débuts puis en couleurs, devient rapidement le mode de visualisation privilégié par les professeurs, conférenciers et politiciens. Il permet d’illustrer le propos, de captiver l’attention du spectateur. La série Projects (1974) de Helen Levitt, artiste phare du street photography, retrace la vie des quartiers modestes de New-York à l’aube des années 30. Loin d’une pratique documentaire, son approche lyrique et douce s’oppose, avec goût, à la triste réalité qu’elle capture. Là contre un mur, un projecteur Leica se tient dans la salle sans aucune diapositive et pourtant allumé. Auto focus (2002) de Ceal Floyer détourne cet objet obsolète pour créer un situation inattendue. L’engin, démuni de diapositives, ne cesse alors de faire une mise au point sur une image latente. Il ne projette ainsi que sa propre lumière. L’installation remet ainsi en cause notre approche de la vision. Proche des idéologies minimalistes et conceptuelles, Floyer nous interroge alors sur la double nature de la diapositive: un besoin matériel, un support photographique, et immatériel, la lumière.

Dans la deuxième salle, on a délaissé la plaque de verre et opté, pour ce qui sera le futur de l’histoire de la photographie projetée dès 1930: une plaque souple et de dimensions bien réduites, 24mm sur 36mm, soit ce que l’on appelle aujourd’hui communément une diapositive. L’histoire de la photographie projetée a de tous temps été liée à une installation temporaire voire éphémère. Or, elle enjambe la modernité pour se transformer en un véritable spectacle du vivant. La diapositive connaît alors son heure de gloire dans les années 1960 grâce aux expositions universelles et notamment celle qui a lieu à Lausanne, en 1964. Mais revenons en 1958 à l’exposition qui se tenait à Bruxelles et plus précisément, au pavillon de la marque d'électroménager Philips créé de bout en bout par Le Corbusier. La seconde salle présente alors le Poème électrique de l’architecte suisse. L’oeuvre se présente sous la forme d’un mélange entre image fixe en noir et blanc et jeux de lumières colorés, le tout accompagné par une musique Edgar Varèse. L’oeuvre présente des motifs archaïques entremêlés d’images issues de la nouvelle technologie ainsi que d’images souvenirs du passé catastrophique des Hommes. Cependant, la conclusion transmet un message fortement symbolique: l’espoir d’aller de l’avant, grâce à des images de nouveaux-nés, d’architecture corbuséenne et de technologie. Et puis plus loin, la série Surrealism on Tv (1986) de Robert Heinecken s’approprie, avec beaucoup d’humour, des images tirées d’émissions populaires. Les 216 diapositives sont disposées sur trois projecteur les uns à côté des autres, ainsi la proximité entre les trois images permet un rapprochement quasi absurde, ridicule entre elles. Heinecken questionne ici, à la manière du zapping, comment la télévision devient créatrice de codes visuelles.

Au sous-sol, les diapositives se sont accumulées, elles défilent à des rythmes différents. Si cette innovation est possible, c’est grâce à un engin bien particulier : le Kodak Carousel, un système de défilement en boucle. Ici, les oeuvres sont à la frontière entre image fixe et image animée. Les premiers effets spéciaux apparaissent : fondu enchaîné, changement de rythme, son d'accompagnement. Par l’accumulation et la mise en séquence, la photographie semble prendre vie devant nos yeux; elle bouge, elle exprime quelque chose. L’artiste Jan Dibbet, pour son oeuvre Shortest Day at the Van Abbemuseum (1970), pose son appareil photographique face à une fenêtre de l’Elysée durant une journée entière. Les 80 clichés sont ensuite affichés les uns à côté des autres afin de traduire le mouvement de lumière. L’oeuvre, comme les mythiques vue sur la Cathédrale de Rouen par Monet et Roy Lichtenstein, analyse alors l’impact de la lumière sur la perception chromatique d’un même paysage. Deux ans plus tard, Allan Sekula pose quant à lui son appareil en haut des escaliers extérieurs d’une usine d’armement. Il fige ainsi la sortie des travailleurs. Mais, si on dispose les clichés sur une ligne, ils donnent l’impression de cette précipitation, du mouvement. Le bruit mécanique du projecteur n’est pas sans rappeler le rythme donné dans cette usine de montages à la chaîne. Ces clichés, qui se veulent d’un réalisme critique, questionnent ainsi le statut des employés dans la participation à la guerre du Vietnam, qui prendra fin une année après ces clichés. L’artiste américaine Nan Goldin réalisme plus de 690 photographies qui sont projetées et accompagnées d’une musique pour son oeuvre The Ballad of Sexual Dependency (1979). Son oeuvre retrace alors l’intimité de l’artiste et de son entourage. Les clichés forment ainsi un récit autobiographique qui montre comment le lien entre les individus passe par une morale commune. L’artiste d’origine italienne Runo Lagomarsino évoque une réalité bien plus pessimiste. Lagomarsino s’inspire de sa propre histoire, une famille de migrants ayant fuit le régime de Mussolini, pour analyser la survivance de pensées colonialistes à l’heure des sociétés identitaires. Il réalise, en 2015, Sea Grammar. La projection présente deux navires traversant le détroit de Gibraltar. Et puis à chaque transition, un trou vient perforer l’image. Jusqu’à ce qu’elle devienne illisible. Le vide qui se crée de manière croissante, interroge alors le spectateur sur la viabilité de ce qui est censé être le berceau de l’Europe. Cette oeuvre rappelle aussi, à chacun d’entre nous, l’histoire de ces migrants qui meurent en tentant de rejoindre une vie meilleure.

Les combles prennent l’allure d’une séance de projection familiale. Avec le temps, la diapositive s’étend à l’usage public et populaire. Elle permet de capturer des moments en familles et de les revivre. Et puis la photographie prend place dans les cours d’histoire, de géographie et de sciences humaines. On retrouve alors les oeuvres de Lewis W. Hine dont l’approche est celle de montrer les réalités qui doivent être corrigées dans nos sociétés. Ainsi, l’artiste américain est engagé par la Commission nationale d’enquête sur le travail des enfants en tant que photographe enquêteur. Il se fait alors passer pour un inspecteur d’assurance et prend plus de 5’000 clichés qui démontrent la dureté et la dangerosité des conditions de travail imposées aux enfants dans les industries, les mines ou les champs. Une démarche documentaliste qui illustre tristement le contexte américain au début du XXème siècle. Entre une machine à écrire et une centaine de diapositives mises à disposition du public pour leur plus grand plaisir, deux pièces documentaires relatent les travaux de l’artiste polonais Krzysztof Wodiczko. Il emploie alors les codes visuels de la propagande afin d’illuminer l’architecture environnante. Une projection dite monumentale qui interpelle alors le passant dans les rues et qui interroge sur la manière dont nous devons agir face à l’urbanisation.

L’exposition Diapositive - Histoire de la photographie projetée était donc une exposition de prime abord complexe bien qu’intéressante par son sujet. Malgré la bonne intention du musée, il semble difficile de rendre compte de l’histoire du médium dans un cadre muséal. Le visiteur avisé ou non, se laissant entraîner par sa curiosité, perd le fils chronologique de l’exposition et finit, parfois, par ne plus saisir l’histoire de la photographie projetée dans sa logique. Le catalogue d’exposition est donc à recommander. Mais l’exposition en valait le détour. Elle permettait aux plus âgés comme aux plus jeunes de se replonger dans une forme mélancolique de la photographie et de montrer à quel point la diapositive est encore d’actualité dans l’art contemporain.

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