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Culture
Chronique - Sixième chapitre : Eloge à la sculpture suisse
S’il existe une ville en Suisse où parler d’art urbain – au sens d’omniprésence de l’art dans le décor citadin – prend tout son sens, c’est bien ici à Martigny. Au trésor romain constituant une part importante de l’histoire et du paysage de la ville, dont on peut encore admirer les vestiges à l’Amphithéâtre, vient s’ajouter un joyau du 13ème siècle qui illumine la vallée à la nuit tombée : le Château de la Bâtiaz. Mais alors, si toutes les civilisations ont laissé leur trace sur le panorama urbanistique, quelle sera celle de nous autres contemporains ?


© Tiago Morais. Joseph Staub, Symphonie, 1999


Et bien la nôtre sera avant tout artistiquement monumentale. En 1994, la ville se dotait de ses deux premiers ronds-points. Alors que le sens commun porterait la majorité des autorités à orner les giratoires d’une simple composition florale ou de panneaux indicateurs, il en a été décidé tout autrement pour Martigny. En effet, Léonard Gianadda, directeur de la Fondation Pierre Gianadda, propose un concept innovant pour l’époque : décorer tous les ronds-points par une sculpture d'un artiste suisse. Il offre ainsi généreusement plus de seize œuvres à la commune de Martigny et à ses habitants. La ville accepte et les premières sculptures s’installent au fur et à mesure des années.

Si le choix s'est tourné vers les sculptures contemporaines, c’est parce que leur simple présence crée et structure l’espace. “Placer un monument au centre d’une place publique, il en devient le cœur” comme l'énonce si élégamment Michel Veuthey, premier conseiller culturel du Valais. De ce fait, pourquoi les confiner entre quatre murs quand on peut les exposer en plein air et en profiter abusivement ? Nous allons nous concentrer sur les sculptures extra muros de la Fondation et qui embellissent les giratoires de la ville. Nous reviendrons sur les œuvres du jardin de la Fondation dans un prochain article.

Le premier giratoire décoré est celui de la Louve, avec les Trois femmes (1986) de Blätter. Assises là, à même le sol, ces trois figures paradoxales défient les passants. Malgré le poids du bronze, la douceur d’une peau imparfaite fait preuve d’un travail remarquable. La tendresse d’un corps nu féminin est rompue par une impression presque sauvage qui s'en dégage, conférée par leur corps puissant et massif.

Plus loin trône la Composition II (1997) de l’artiste lausannois Yves Dana. Ce travail ressemble étrangement à une pièce archéologique que l’on aurait pu retrouver au fond du Rhône et dont la texture du bronze assombri et la forme pourraient en attester. Le sculpteur fait ainsi référence au vestige antique de la ville, véritable fierté de la région. La verticalité renvoie vers un sentiment de sérénité et confère une allure élégante. Composition II est ainsi l’expression d’une exaltation de la vie et de ses énergies, évoquant alors peut-être les escaliers ou une porte vers un autre monde.

À l’avenue de la Gare, c'est le célèbre Minotaure (1999) de Hans Henri, assis et contemplant les étoiles, qui orne le rond-point. La sculpture rappelle alors une découverte unique en Suisse : c'est à Martigny que l’on a déterré les ruines d’un temple dédié au culte du dieu solaire Mithra, édifié vers le 3e siècle après J-C. Le taureau était l’objet de culte et de sacrifice principal car son sang devait régulariser l'ordre cosmique et à apporter le salut aux hommes. Le meurtre de la bête permettait de renforcer la vie et la solidarité des vivants contre la mort. Ce sanctuaire est aujourd'hui visibles au sous-sol d'un immeuble.

L’artiste martignerain Michel Favre, quant à lui, décore le giratoire du Pré-de-Foire avec sa Grande Synergie du Bourg (2007). Une colonne de bronze s’élançant vers le ciel dont notre regard suit inlassablement le mouvement vertigineux quand soudain, il se heurte à quatre individus lilliputiens qui soutiennent le reste de la titanesque colonne. Une réflexion autour d’un message humaniste : nous devons tous participer afin d’édifier une société humaine solidaire et forte, guidée par la seule volonté générale. Entre innocence et humour, Michel Favre a développé un langage artistique unique qui permet de transformer l’observateur en acteur.

La Tige de Martigny (1999) de Bernhard Luginbühl s’érige sur 10 mètres au rond-point de la route de Fully. Originellement grise, elle a été repeinte pour être de même couleur que la plupart des autres œuvres de l’artiste. Elle est construite à base de déchets de ferraille que l’artiste a su agencer de manière gracile, malgré le poids du fer, évoquant de cette manière les influences directes de Jean Tinguely.

Mais que serait un rond-point sans panneau d’indication ? Silvio Mattioli a choisi de remplacer un panneau par Triangle (2006) pour le giratoire Transalpin/Martigny-Croix. La sculpture indique à l’aide de quatre flèches les diverses direction : Italie (flèche verte), France (flèche bleue), Suisse (flèche rouge) et le cœur du Valais (flèche jaune). Une sculpture fonctionnelle dont on retrouve une forme plus archaïque à quelques mètres, Trias (1991).

Au giratoire Chapelle Saint-Michel, on retrouve Secrète (1992) de Antoine Poncet. Taillée dans le marbre, Poncet tend vers la sensibilité, la pureté du matériau souvent d’origine noble. Un langage plastique qui s’articule à travers un jeu de surfaces lisses et de courbes amples. La sculpture est secrète car elle renferme des percées inscrites au cœur des volumes telles des respirations. Il y a là deux éléments essentiels : un socle et une œuvre. Le premier ancre le second au sol alors que le second, poli à l'extrême, se dote presque d’une dimension immatérielle, métaphysique et semble prendre son envol.

Cette fois, ce n’est pas une, mais deux œuvres qui sculptent le rond-point du Grand Quai. Le Grand Couple (2001) d’André Raboud est à la fois une œuvre intime et silencieuse. Par le travail minutieux du matériau respectable (granit noir d’Afrique), il semble émaner un sentiment d’harmonie et de grande sagesse de ce couple aux courbes légères et tendres.

Vers la place de Plaisance, on admire avec curiosité et perplexité Constellation (1960) d’André Ramseyer. Dans un mouvement ininterrompu de commencements et de fins, André Ramseyer a su démultiplier les variations autour de la forme circulaire, celle pour qui elle est la plus belle des lignes. Le vide au centre de son œuvre se révèle être un espace intérieur, une forme de Moi freudien. Les extrêmes opposés se rejoignent pour fermer l’œuvre, dont on ne saurait dire où est le début et la fin de la sculpture.

L'artiste autodidacte Maurice Ruche s’installe entre la rue d’Octodure et la route du Levant. Verticale (1976) occupe l’espace verticalement et se déploie comme un escalier vers le Ciel. Elle marque le centre du cercle telle une obélisque moderne. Par l’assemblage simple d’éléments presque identiques, l’artiste confère une unicité qui s'effondre rapidement lorsque l’on tourne autour de la sculpture. L’ensemble offre aux spectateurs un point de vue différent pour chaque point d’observation.

Vers la rue du Simplon, Joseph Staub propose sa Symphonie (1999), un ruban doux et léger, malgré sa composition, qui se mêle et s'entremêle sans jamais se croiser. Une œuvre dont on regrette presque qu’elle prenne fin.


© Tiago Morais. André Raboud, Le Grand Couple, 2001


À l'entrée de l’autoroute, Gillian White propose sa Complainte du vent (2000). La sculpture semble avoir subi les caprices du vent. Elle danse au rythme de la nature comme l'artiste a coutume de dire. Elle penche, pointe avec légèreté vers l'effondrement. L’acier Corten confère un aspect antique, rouillé. L’art de Gillian White est un art de la symétrie des lignes, de rythmes stricts et d’une gravité poétique.

Parmi les dernières acquisitions, on retrouve Michel Favre mettant à nouveau en scène trois de ses lilliputiens dans ses Visionnaires (2011). Deux d’entre eux soutiennent le globe terrestre et le dernier, le surplombant, regarde vers les étoiles à l'aide de jumelles. La Stèle du Temps (2011) par Raphael Moulin s’impose au passant. Sa présence, qui ne passe pas inaperçue, ne cesse de rappeler aux habitants, presque à leur insu, que le Temps coule et que rien ni personne ne peut lutter contre lui. La preuve : la sculpture en acier inoxydable s'effrite dans son coin gauche, symbole d’une page qui se tourne, d’un temps nouveau. Huit jours pour convaincre (2012) de Valentin Carron se décline en une colonne en spirale dont un sentiment de torsion se fait sentir.

En conclusion, nous sommes invités à tourner autour pour admirer, comprendre ces sculptures. Car elles ne prennent vie et sens que lorsque l’on tourne telles les rondes bosses. Chaque œuvre dispose donc d’un espace autosuffisant. Le visiteur, quant à lui, est totalement libre, libre choisir son parcours, libre de contempler.

On pourrait presque cependant reprocher une trop grande liberté. Il n'existe pas de visite guidée ou d'explication des œuvres. Elles sont simplement, voire bêtement, déposées ici et là. Quelle utilité pour une œuvre d’être servie au public s’il n’arrive pas à la lire ? Elles perdent leur caractère artistique et deviennent de simples décorations bon marché. Le catalogue qui se veut être “raisonné” des sculptures devrait être interdit à la vente car, totalement inutile, il constitue une véritable perte de temps pour tout passionné. Au lieu de proposer des pistes interprétatives de leurs sculptures (d’artistes bien souvent méconnus de tous, du moins pour celles et ceux qui décorent les ronds-points), on y lit des synthèses de biographies d’artistes. Sont-ils au courant que l’on retrouve ces informations d’un clic sur Wikipédia ? Peut-être faudrait-il songer à rénover cette amas de feuilles que l’on ne peut pas nommer livre ?

Par la même occasion, revenons rapidement à l’exposition Cézanne, Le Chant de la Terre. Elle a pour but de retracer les paysages peints de l’artiste. Bien qu’intéressante au début, on finit par tourner en rond (comme au giratoire) au bout de quelques tableaux. Les toiles deviennent presque prévisibles et l’organisation non chronologique rend confuse l’évolution stylistique de celui qui fut le plus rejeté par le groupe impressionniste jusqu’à devenir précurseur du cubisme. Dans tous les cas, Martigny s’avère être une ville culturellement riche. Elle permet de visiter toutes les époques. Située dans un cadre géographique hors du temps, profitez-en pour faire une balade au barrage d’Emosson et au glacier du Trient. Pour clore, la cité Octodure (nom romain de Martigny) n’a rien à envier à ses concurrentes tels que Paris, Londres ou Rome.

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