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Culture
Chronique - Cinquième Chapitre : Le poète et philosophe inconnu de tous
En partant de Bâle pour rejoindre ce qui devait constituer notre prochaine destination, un bâtiment aux formes pour le moins particulières a attiré notre curiosité. Le long de l’autoroute A6 reliant Bienne et Thoune, on peut apercevoir trois collines d’acier qui semblent sortir de terre. Cet édifice, véritable sculpture paysagère, est l’oeuvre, encore une fois mais on ne saurait s’en lasser, de l’architecte italien Renzo Piano. Eh oui, c’est le même artiste qui a créé la maison autosuffisante du campus Vitra (Diogène) et qui a dessiné le musée de la Fondation Beyeler. Or cette fois-ci, sa construction abrite une forteresse qui garde soigneusement près de quatre mille œuvres de l’artiste suisse par excellence et à la renommée internationale : Paul Klee. Pour celui que l’on surnomme aussi poète du silence, l’architecte a opté pour un musée empreint de douceur et de sérénité. Si les 4,2 kilomètres de courbure du bâtiment et les 2’100 tonnes d’acier utilisés pour le réaliser semblent si bien se fondre dans le paysage, c’est avant tout parce que Renzo Piano a décidé de suivre le mouvement du terrain. En effet, l’ondulation de l’édifice se mêle aux douzes autres collines environnantes de la région.

À l’intérieur, et ce malgré les 1’750 mètres carrés de surface d’exposition, les salles du Centre Paul Klee ne suffisent pas pour présenter l'immense collection dans son entier. D’autant plus que la fragilité des oeuvres exige des conditions d’exposition particulières. La méthode de travail du peintre, grand amateur de nouvelles expériences sur le plan technique, fait qu’il utilisait de l’aquarelle, de l’encre et du papier extrêmement sensible à la lumière. De ce fait, si ces matières sont exposées à la lumière sur une longue période, le papier se fragiliserait et la couleur disparaîtrait peu à peu. Pour éviter cela, les peintures sont exposées durant six mois puis mises en repos au dépôt le reste de l’année jusqu'à une prochaine exposition. Ainsi, l’idée d’une collection permanente est impossible. La direction a alors choisi d’exposer qu’entre 120 à 150 oeuvres par exposition temporaire. Si le Centre Paul Klee est la plus grande banque de données du poète du silence, c’est aussi grâce à son centre de recherche sur sa vie, son œuvre et ses archives. Au sous-sol, on garde soigneusement un héritage monumental de l’artiste : ses journaux, le catalogue manuscrit de son œuvre et ses notes pour son enseignement (car il faut le rappeler, Paul Klee a été professeur au Bauhaus), sa correspondance, ses documents personnels, des photos biographiques et des objets en tout genre.

Cet été et jusqu’au 26 novembre, le Centre propose de dévoiler une part importante mais souvent méconnue du travail de Paul Klee : la poésie et la philosophie. L’exposition Paul Klee : Poète et penseur est construite au travers d’une interrogation que le talentueux maître de la couleur, déjà connu pour des traités sur la théorie de l’art, pose dans l’un de ses écrits : Devrait tout être su ?


© Tiago Morais, Salle numéro 3 de l’exposition Paul Klee : Poète et penseur au Centre Paul Klee de Berne , 2017.


L’exposition s'ouvre avec des autoportraits, moyen pour Paul Klee de questionner son identité, son « moi de cristal » comme il l’appelle, mais aussi la notion d’art. Ils témoignent d’un long processus qui précède la naissance d’oeuvres durant lequel Paul Klee pense, développe et seulement ensuite, peint. A l’instar de ce genre très traditionnel qui se décline souvent par un plan de la tête ou alors du trois quart du buste de l’artiste en question, le peintre opte pour des poses mélancoliques rappelant étrangement celle du Penseur (1882) de Rodin. D’un coup de crayon ou de plume, il esquisse alors des moments tout à fait banals du quotidien. Il révèle ainsi la condition humaine, l’existence même de chaque individu mais aussi sa spécificité : la capacité de penser. Klee met de cette manière en scène divers modes de réflexion : calculer, rêver, contempler.

On constate alors que dans l'ensemble présenté se détachent des mystérieux symboles. Si ses oeuvres expriment avant tout sa pensée créatrice, elles sont aussi l’occasion pour l’artiste de donner vie à de nouveaux signes par des moyens picturaux qui lui permettent de dépasser la dimension écrite. Ces signes sont concrets quand ils participent à la création d’un récit et abstrait quand ils ont un but purement ornemental. C’est-à-dire qu’un cercle peut être une forme géométrique comme il peut être un soleil. Conscient de la polysémie de ses symboles, il en joue volontairement. Il parviendra alors à créer un langage, presque magique, de signes dont il est le seul connaisseur. On peut compter parmi eux le soleil, la flèche, la roue ; mais c’est à l’oeil que Paul Klee est le plus fidèle. Sa signification ne cesse d’évoluer avec le personnage. Initialement allégorie de Dieu, l’oeil devient ensuite symbole de l’Art émanant du chaos naturel pour devenir, en fin de vie, un regard humain à la pulsion d’explorateur. Jamais, un artiste n’aura autant intrigué les philosophes comme Walter Benjamin, Theodor W. Adorno ou encore Michel Foucault. Il faut dire que Paul Klee est un artiste qui se prête bien à l’exercice de la philosophie.

Mais alors, comment comprendre ses œuvres quand chaque élément est interprétable de diverses manières ? Son art de manier la langue, souvent subtil et ironique que l'on retrouve dans ses titres, ouvre de nouvelles perspectives sur ses toiles. Ses oeuvres donnent vie aux mots. Elles sont truffées de références littéraires. Si celles-ci ne sont pas directement perçues, elles deviennent souvent plus claires par le titre. Paul Klee avait tendance à nommer ses oeuvres qu’une fois terminées. Leurs noms sont nés souvent à la suite d’une discussion avec ses amis, ses élèves. Cet acte associatif est appelé par le peintre « baptême de ses enfants ». Pour lui, le titre n’est jamais arbitraire, a contrario il incarne, complète son oeuvre. Il guide aussi l’oeil du spectateur. Des termes satiriques aux néologismes, en passant par des jeux de mots, Paul Klee incite les amateurs à mettre en lien les titres avec ses travaux grâce à la connaissance de chacun.

Paul Klee puise son inspiration dans sa bibliothèque qui recèle d’ouvrages de tout styles et de tout temps : de l'Antiquité à Goethe avec un penchant pour les œuvres de Voltaire. Montrée pour la première fois exceptionnellement dans le cadre de cette exposition, la bibliothèque personnelle de l’artiste suisse présente près de 1’000 ouvrages qui démontrent l’intérêt, presque vital, que Paul Klee portait à la littérature et à la philosophie.

En conclusion, l’exposition met en évidence les dimensions métaphysique et romantique du peintre amenées par ses lectures ou par la nature. Les toiles dévoilent ainsi un artiste qui pense, ressent et crée. Comme Klee l’écrit en 1920 dans son essai Confession créatrice: « L'art ne reproduit pas le visible, mais il rend visible ». L’artiste répond à ce rôle en nous délivrant une vision à la fois géométrique et poétique du monde dans ses peintures. Ses toiles sont énigmatiques, presque spirituelles. Son travail tantôt abstrait tantôt figuratif nous questionne, nous sollicite, nous intrigue. Il faut dire que tout l'inspire. Bien que la plupart de ses toiles ne dépassent pas les 10 centimètres carrés, elles nous entraînent dans l'univers infini où les signes résistent à toute rationalité, logique. Malgré les 8’000 œuvres que Klee nous aura laissé, il reste inclassable, unique : ni fauve, ni cubiste, ni surréaliste, ni figuratif, ni abstrait. Il est issu de tous les styles sans en faire partie. Une exposition intéressante qui finalement permet de retracer l'entièreté de la vie et du travail de Paul Klee. Pour répondre à notre question de départ, on pourrait reprendre comme le notait le poète du silence sur l’une de ses dernières œuvres « Devrait tout être su ? Ah, je ne le crois pas !».


Paul Klee, Blick aus Rot, 1937, 211, Pastell auf Baumwolle auf Kleisterfarbe auf Jute, 47 x 50 cm, Zentrum Paul Klee, Bern, Schenkung Livia Klee

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