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Culture
Miroir magique au mur, dis-moi qui a beauté parfaite et pure ?
Mais qui ne se rappelle donc pas de cette célèbre phrase de la Reine dans le grand classique de Blanche-Neige et les Septs Nains de Walt Disney ? Si cette citation fait encore sens aujourd’hui, c’est parce qu’elle met en évidence une caractéristique propre de nos sociétés contemporaines : celle de l’image et plus particulièrement de l’image de soi, dont le miroir est le créateur. Un objet qui a traversé les époques, les arts et qui trouve sa place au Musée de design et d’arts appliqués contemporains à Lausanne (Mudac), le temps de l’exposition Miroir Miroir, à visiter jusqu’au premier octobre 2017.

Dans la première salle, les artistes sont invités à revisiter un grand thème des arts plastiques: le mythe de Narcisse. L’histoire d’un jeune personnage à la beauté surdimensionnée qui vivra aussi longtemps qu’il ne verra pas sa beauté. Mais sa beauté est telle qu’aucune femme et aucun homme ne sait y résister. L’indifférence de Narcisse face à tant d’éloge fait de nombreuses victimes. L’une d’entre elle fera ainsi part de sa peine aux dieux, qui vont alors condamner le bel homme. Alors qu’il étanche sa soif au bord d’une source d’eau, il aperçoit son propre reflet, dont il tombe follement amoureux. Après quelques jours passés à se contempler et à tenter de capturer son image, il finit par mourir comme l’avait prédit son destin. Si le tableau de Narcisse par Caravage (1598) est un modèle pour les artistes, aujourd’hui la peinture a disparu de la salle. On retrouve alors le bellâtre dans l’oeuvre numérique et instable Narcisse de Pascal Haudressy. On observe aussi les travaux de divers designers (Buehler, de Graaf et Ledig) qui convergent vers un point commun : le miroir prend la forme d’une surface liquide dont la planéité a été brisée par les larmes de Narcisse. Aucun reflet n’est alors possible ou alors, un reflet déformé.


© Tiago Morais. Douglas Gordon, Je suis le nombril du monde. Installation de néons, 2017


Il suffit ensuite de prendre un couloir pour se trouver face à une capture d'écran d’un compte Instagram par l’artiste Richard Prince ou encore à une anthologie de selfie réalisée par la célèbre star de la télé-réalité, Kim Kardashian. Cette salle propose à chacun de s’interroger sur nos pratiques sociales, devenues presque compulsives sur les réseaux sociaux, qui envahissent et structurent nos quotidiens. Les travaux nous questionnent sur le sens, le but de ces clichés postés et ainsi mis à la disposition de tout un chacun.

À l’étage siègent des miroirs hors du commun. Qui a dit qu'un miroir devait être fait de verre ? N’y aurait-il pas un autre moyen de s’admirer ? La réponse de l’artiste Daniel Rozin se constitue d’un miroir formé par plusieurs centaines de plaquettes de bois qui, par un mouvement d’oscillation entre lumière et ombre, reproduisent le reflet du visiteur. Le studio autrichien Mischer’Traxler présente quant à lui un miroir altruiste. Impossible de s’admirer seul ici. Il faut partager son reflet avec quelqu’un pour pouvoir se contempler. On comprend alors comment le miroir est avant tout un objet qui traduit une volonté narcissique, égoïste de se voir, de s’admirer, de se contempler. Une éloge de soi à soi.

Le miroir peut aussi prendre une forme maléfique, comme dans l’œuvre Distorsions de Pierre-Laurent Cassière. Grâce à un système de vibrations, l’artiste utilise la capacité d’une plaque en acier à créer un son mystique. En oscillant, l’image disparaît. Une tension redoutable emprisonne alors le visiteur. Pour rendre l'atmosphère toujours plus sombre, dans cette salle que l’on nomme Miroir Noir, se trouve aussi l’œuvre Black Mirror - Hydrus par l’artiste britannique Mat Collishaw. Le spectateur, qui tranquillement, s’admire dans ce splendide miroir vénitien, voit alors apparaître le David avec la tête de Goliath par Caravage (1606-7). Cette œuvre renvoie, indéniablement, à la catoptromancie, cette pratique devineresse qui propose que quiconque se contemplant devant un miroir noir y voie son destin. Le travail de Mat Collishaw nous met face à la fatalité humaine, identique pour tous : La Mort. Cependant, le tableau qui apparaît semble dévoiler un détail subtil : sur l’épée de David, on peut lire une inscription latine Humilitas occidit superbiam. L’humilité tue l'orgueil, voilà une belle leçon que nous enseigne ici ce miroir.

En dernier lieu, la huitième salle se propose de nous présenter des miroirs moins conventionnels et plus modernes. Axé sur la technologie actuelle, le Mudac présente l’œuvre phare du collectif Random International. Ces derniers créent alors un polaroid géant, Temporary Printing Machine. Il suffit de se tenir devant la toile blanche avant de découvrir son portrait. Mais aussitôt imprimée, l’image disparaît. Andy Warhol s’est trompé. Ici, les visiteurs ne profitent pas de quinze minutes de célébrité, mais tout au plus de quinze secondes, durant lesquelles ils peuvent admirer leur portrait dans le musée. Les deux artistes et programmateurs Radamés Ajna et Thiago Hersan proposent quant à eux une réalisation qui agite un smartphone dans tous les sens et qui capture les visiteurs. Ces clichés sont ensuite publiés sur son propre compte Tumblr. Ces deux installations interrogent alors le visiteur sur la durée de vie des photographies digitales : sont-elles amenées à disparaître, une fois que le cliché a été pris ou posté sur les réseaux sociaux ? Ces oeuvres mettent aussi en avant toute la réflexion autour de la réception de chacun face à ces représentations de soi. Sont-elles réellement représentatives de la personne ou sont-elles simplement le fruit de ce que l’on souhaite montrer aux autres ?

En conclusion, cette exposition retrace à la fois l’histoire du miroir et des questions qui entourent cet objet, qu’elles soient sociologiques, philosophiques ou encore esthétiques. Miroir Miroir invite, du début à la fin, ses visiteurs à s’interroger, à réfléchir autour de ces pratiques devenus banales. À une époque où l’image de soi est cruciale voire même vitale, il semble intéressant de s’arrêter un instant pour prendre le temps de se questionner sur sa propre identité visuelle ou, pour les narcissiques qui n’ont pas retenu la leçon, de se prendre en selfie tout en faisant la une de l’apothéotique magazine de mode Vogue proposé par Olaf Nicolai.

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