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Culture
Locarno 2017 - Bilan
Nous étions de passage à la septantième édition du Festival du Film de Locarno. Une édition anniversaire qui en aura déçus certains par la faible qualité de sa Compétition internationale, mais qui proposait dans tous les cas un programme riche offrant un bel aperçu des différentes possibilités du septième art. Petit florilège de nos découvertes, déceptions et coups de cœur.


Willkommen in der Schweiz
De Sabine Gisiger | Documentaire


En 2015, sur le million de réfugiés débarqués en Europe, 40'000 atteignent la Suisse. Suivant le système de quota décrété par la Confédération, le village d’Oberwil-Lieli, plus riche commune d’Argovie, se voit attribuer l’accueil de dix migrants. Mais son maire, l’UDC Andreas Glarner, ne l’entend pas de cette oreille. Après une longue période de débats qui aura déchiré le village, Oberwil-Lieli finit par refuser d’accueillir les migrants, préférant payer la commune voisine afin qu’elle s’en charge à sa place.

Le documentaire de Sabine Gisiger revient sur cette étonnante affaire qui aura fait parler d’elle jusqu’à l’international, confrontant le point de vue des farouches opposants à celui des habitants favorables à l’accueil des migrants. Les premiers sont représentés par Glarner, qui gratifie la caméra de quelques belles sorties, pestant contre le Tages-Anzeiger, ce « journal d’extrême-gauche », ou proposant, puisque l’idée de barbelés aux frontières n’enthousiasme personne, d’opter plutôt pour des grillages, « comme entre voisins ». Les seconds sont quant à eux incarnés par Johanna Gündel, fille d’agriculteur et membre d’IG Solidarity, qui tente tant bien que mal de sensibiliser ses concitoyens à sa cause. Les interventions de l’un et de l’autre viennent ponctuer le documentaire, qui montre également les différentes soirées discussion réunissant les locaux dans la salle de gym du village. Quelques parallèles historiques sont enfin tracés avec le refus des juifs à la frontière suisse en 1942, la question des réfugiés européens en 1950 ou les initiatives contre la surpopulation étrangère dans les années 1960 (l’occasion de ressortir une interview de James Schwarzenbach particulièrement croustillante).

Willkommen in der Schweiz ne se contente donc pas de retracer le déroulé complet de l’affaire, mais évoque de plus aussi bien ses précédents que ses répercussions, offrant un point de vue riche et détaillé de son sujet. Particulièrement efficace, le documentaire interroge par un biais passionnant la Suisse, son passé, son avenir et sa place dans le monde.


Chien
De Samuel Benchetrit | Comédie
Avec Vincent Macaigne, Vanessa Paradis et Bouli Lanners


Jacques Blanchot est un suiveur. Il dit oui à tout et n’oppose aucune résistance à quoi que ce soit. Aussi, lorsque sa femme lui demande de quitter le foyer familial pour une obscure raison, il s’exécute. Lorsque son patron le renvoie pour un motif insensé, il ne proteste pas. A force de se laisser porter par l’existence et d’obéir sans réfléchir, il se transforme peu à peu en chien.

Remarqué en 2008 avec J’ai toujours rêvé d’être un gangster, Samuel Benchetrit adapte ici son propre roman. Baignant dans une atmosphère étrange et décalée, Chien fonctionne plutôt bien dans sa première partie. Grâce un sens de l’absurde efficace, qui donne lieu à quelques échanges et situations très drôles, la lente déshumanisation de Jacques (excellent Vincent Macaigne) se suit volontiers. Mais à mesure que le film avance, le récit, lui, fait du surplace. Peu à peu, le film se perd dans ses effets absurdes (on cherche encore une explication au crash des deux hélicoptères), pour arriver à une dernière demi-heure particulièrement pénible qui accumule les humiliations et la violence gratuite sans faire avancer le propos d’un iota. Malgré son idée de départ prometteuse et son casting solide (face à Macaigne, Bouli Lanners est également formidable), Chien finit par tourner à vide et perdre tout intérêt.


Good Time
De Josh Safdie et Benny Safdie | Thriller
Avec Robert Pattinson, Jennifer Jason Leigh et Benny Safdie


Truand à la petite semaine, Connie entraîne son jeune frère Nick, handicapé mental, dans un braquage qui tourne mal et conduit ce dernier en prison. Connie s’engage alors dans une course contre la montre au cœur des bas-fonds de New York pour libérer Nick.

Porté par un excellent Robert Pattinson, Good Time aura sans doute été LA projection de la Piazza Grande, celle qu’il ne fallait manquer sous aucun prétexte. Partant d’un postulat de base relativement simple, le film des frères Safdie enchaîne les péripéties sans aucun temps mort, atteignant dès son introduction une intensité rarement vue sur grand écran. Par sa photographie hypnotique dominée par les éclairages néon et sa bande-son électro constamment énervée, Good Time s’assure une atmosphère prenante et un rythme imparable. L’entier du récit se déroule quasiment en temps réel et se pose en rollercoaster jouissif et éreintant. Une expérience à vivre absolument dans les salles romandes dès le 13 septembre.


Goliath
De Dominik Locher | Drame
Avec Sven Schelker, Jasna Fritzi Bauer et Adrian Furrer


Echouant à protéger sa compagne Jessy, enceinte, lors d’une agression, David voit sa confiance ébranlée : déjà terrorisé à l’idée de devenir père, il commence à douter de lui, ne se sentant plus à la hauteur de son statut d’homme. Il décide alors de s’injecter des stéroïdes afin d’acquérir la puissance qu’il lui manque et ne plus jamais faillir. Mais au fil de sa transformation physique, son comportement évolue également, jusqu’à en faire un potentiel danger pour la femme qu’il aime et son enfant à venir.

Belle surprise suisse, Goliath convainc d’abord par ses personnages : le couple au centre du récit est crédible et attachant, leur relation amoureuse est complexe et touchante, leurs parcours respectifs sont cohérents et impliquants. Le film part sur un postulat intéressant, propice à une réflexion sur la paternité, la masculinité et les normes sociales. Sans grande inventivité mais avec une sobriété efficace, la mise en scène nous fait pénétrer l’intimité du couple et suit avec précision sa lente détérioration. Seul regret : le final ne va pas assez loin et n’assume pas suffisamment l’évolution du héros. S’il avait osé une certaine outrance dans la transformation de David en Goliath, ainsi qu’une résolution plus jusqu’au-boutiste, le film de Dominik Locher aurait pu devenir véritablement bouleversant. En l’état, il reste un drame très prenant et plutôt bien mené.


As Boas Maneiras
De Juliana Rojas et Marco Dutra | Horreur
Avec Isabél Zuaa, Marjorie Estiano et Miguel Lobo


Clara, une infirmière discrète et solitaire, entre au service de l’énigmatique Ana, afin de l’accompagner dans sa grossesse et de s’occuper de son bébé après l’accouchement. Tandis que les deux femmes se découvrent et se rapprochent, le comportement d’Ana devient de plus en plus étrange. Peu à peu, Clara comprend que l’enfant à naître est en réalité un loup-garou.

Découpé en deux parties distinctes, As Boas Maneiras souffre malheureusement d’un aspect cheap très prononcé. Trop long, le film apparaît également grotesque à plusieurs reprises, la faute à une direction artistique assez inégale et des effets spéciaux rarement bien employés. Malgré tout, quelques belles idées se distinguent çà et là. On pense par exemple au traitement visuel de la ville, qui flirte avec le fantastique, notamment les plans de nuit qui annoncent déjà le glissement narratif à venir. Mais aussi et surtout à la vision du lycanthrope que propose le récit, mêlée à une intéressante réflexion sur la maternité. L’on regrettera d’autant plus que ces belles bases ne soient pas exploitées avec davantage de pertinence.


Iceman
De Felix Randau | Aventure
Avec Jürgen Vogel, Franco Nero et André M. Hennicke


Les Alpes de l’Ötztal, il y a plus 5’300 ans. Après le massacre de son clan par une tribu adverse, Kelab se lance à la poursuite des auteurs de l’attaque. Perdu au cœur d’une nature remplie de dangers, il affrontera maintes épreuves, guidé par la seule soif de vengeance.

Iceman est un projet original et ambitieux comme on aimerait en voir plus souvent dans le paysage cinématographique suisse. Sorte de Guerre du feu helvétique, le film de Felix Randau vise l’immersion : tous les dialogues sont parlés dans une variante antique du rhétique et aucun sous-titre n’est affiché à l’écran. Le sens passe donc entièrement par l’image. La caméra, en constant mouvement, se balade avec agilité au milieu des décors naturels. Si l’on regrettera une photographie un peu terne, la mise en scène propose quelques beaux plans-séquences, dont une attaque de village particulièrement intense. De même, l’on pourra trouver le film trop long, la faute à une dernière partie qui manque un peu d’efficacité dans l’écriture ; cela n’enlève rien à une aventure brutale et immersive, qui parvient à captiver durant au moins une bonne première moitié. Avec en prime un caméo de Franco Nero en patriarche néolithique.


Lucky
De John Carroll Lynch | Comédie / Drame
Avec Harry Dean Stanton, David Lynch et Ron Livingston


Figure incontournable de son bled poussiéreux, Lucky vit seul et répète la même routine à longueur de journée, visitant les mêmes bars et cafés, croisant les mêmes individus. A 90 ans, il reste indéboulonnable. Pourtant, un jour, il est victime d’un malaise, qui le place face à l’évidence : dans un avenir relativement proche, il va mourir.

Second rôle discret mais pourtant bien connu, John Carroll Lynch est une vraie gueule doublée d’un acteur formidable : qu’il s’agisse de sa présence calme et touchante dans Fargo ou de son inquiétante interprétation dans Zodiac, chacune de ses apparitions à l’écran est indéniablement marquante. Le voir passer à la réalisation ne pouvait qu’attiser la curiosité, d’autant plus lorsque son premier film met à l’honneur une autre gueule de cinéma : Harry Dean Stanton. Réalisé avec soin et doté de très beaux personnages (notons la présence d’un excellent David Lynch), Lucky est un récit existentiel drôle et touchant. A travers ce portrait d’un cowboy solitaire en fin de parcours, sont évoqués avec simplicité des thèmes aussi complexes que la notion de réalité, le sens de la vie et l’acceptation de la mort. Harry Dean Stanton y trouve sans doute le rôle de sa carrière, qui culmine dans une très belle scène finale.


Wonderstruck
De Todd Haynes | Drame
Avec Oakes Fegley, Millicent Simmonds et Julianne Moore


New York, 1927. Rose, petite fille sourde, fugue pour partir à la rencontre d’une actrice qu’elle admire. Cinquante ans plus tard, le jeune Ben, qui a perdu l’ouïe à la suite d’un accident, s’enfuit de chez lui après la mort de sa mère pour retrouver le père qu’il n’a jamais connu.

Après Carol, Todd Haynes adapte le roman de Brian Selznick (l’auteur de Hugo Cabret, qui signe lui-même le scénario). De passage à Locarno, le cinéaste présentait son nouveau film comme un hommage à New York. Wonderstruck explore effectivement différents lieux emblématiques de la ville, illustre son évolution en jouant sur deux époques, et base même le cœur de son récit sur une « représentation » de New York. La ville devient ainsi un personnage à part entière. Au-delà de cet aspect, Wonderstruck est aussi et surtout un véritable hommage au septième art. Afin de distinguer clairement les deux temporalités, l’intrigue située en 1927 (à l’arrivée du cinéma parlant) est illustrée en noir-blanc et entièrement muette. Les deux jeunes héros étant sourds, la narration mise beaucoup sur l’image pure. Les deux intrigues, qui finiront évidemment par se rejoindre, se répondent constamment. A l’image de ce qu’avaient réalisés les Wachowski et Tom Tykwer avec Cloud Atlas, les actions des deux époques sont régulièrement liées par le montage. De même, le final, qui résout pour de bon le mystère à travers un diorama, est quant à lui un joli clin d’œil au cinéma d’animation. La très belle musique de Carter Burwell, qui propose notamment une étonnante reprise du morceau « Also Spracht Zarathustra » de Strauss, et la référence récurrente à « Space Oddity » de David Bowie viennent soutenir le propos de ce drame sincère et touchant : un appel à l’émerveillement, à l’aventure et à la création.

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