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Culture
Yael Bartana à l’affiche
Pourquoi aller au cinéma quand le Musée des Beaux-Arts de Lausanne (MCB-A) présente les vidéos et films de Yael Bartana ? L’exposition Trembling Time est la première exposition suisse en solo de l’artiste israélienne, une occasion à ne pas rater pour celles et ceux qui n'ont pas pu se rendre à l’exposition La Révolution est morte du Musée des Beaux-Arts de Berne et de la Fondation Paul Klee. À Lausanne, le musée accueille sept vidéos qui retracent l’évolution de l’artiste en articulant la visite autour du rapport entre identité et culture, histoire et mémoire. Les films de Yael Bartana s'intéressent à comprendre comment, par le biais de rituels et de traditions issus d’une culture, d’une histoire et d’une mémoire collective, se construit l’individualité, l’identité de chacun des citoyens.

And Europe Will Be Stunned: Zamach (Assassinat), 2011. Courtoisie Annet Gelink Gallery, Amsterdam et Sommer Contemporary Art, Tel Aviv

Dans la première salle, trois installations vidéos sonores marquent la première phase de son travail: une phase que l’on pourrait juger de documentaire, à l’image de Profile (2000), qui montre comment le service militaire (obligatoire pour hommes et femmes en Israël) construit une part de l’identité nationale et individuelle. On retrouve aussi l’œuvre qui a donné son nom à l’exposition, Trembling Time (2001). Pour ce film, Yael Bartana décide de poser sa caméra sur un pont au-dessus d’une route où le trafic est dense. D’une vue en plongée, on observe les voitures qui roulent et les lumières qui défilent, quand une alarme retentit subitement. Tous les automobilistes s’arrêtent pour sortir de leur véhicule et se tenir debout. Que se passe-t-il ? Nous sommes le quatrième iyar du calendrier hébraïque (ce qui correspond à la mi-mai ou la mi-avril selon le calendrier grégorien et les années) et Israël commémore la Yom HaZikaron, la Journée du souvenir qui rappelle la mort des soldat-e-s lors des guerres menées par le pays. La loi ordonne à tout un chacun de se trouver à l'arrêt à la fin de l’alarme afin de faire deux minutes de silence en guise de souvenir. Le pays tout entier se trouve alors à l’arrêt, à l’exception de l’artiste qui décide d’immortaliser ce moment d’une importance nationale. Mais la prise de distance avec ce rituel va plus loin grâce aux techniques employées pour réaliser la vidéo. Quand l’alarme se met à sonner, un effet de ralenti vient s’ajouter à celui du trafic. Elle suggère une impression de stagnation grâce à l’arrêt sur image faisant de sa vidéo une image fixe. Puis, par l’utilisation d’un fondu enchaîné, l’artiste donne un aspect presque mystique à son œuvre. Tous ces effets ajoutés mettent alors en relief un temps partagé qui semble flotter et être dénué de toute temporalité, histoire ou mémoire du pays. On peut aussi y voir une volonté de l’artiste de nous montrer comment, par l’obligation (même juridique) du souvenir, l’Etat s’impose au sein de la culture, de l’histoire, de la mémoire et surtout de l’identité. Un moyen de ne jamais oublier le passé. Ce qui semble bien intriguant dans toute cette histoire, c’est que la commémoration de Yael Bartana ne dure pas deux minutes, mais bel et bien six minutes.

À partir de là et jusqu’à la fin de l’exposition, les travaux de l’artiste sont des mises en scène qui restent cependant très liées à la réalité. Les acteurs de Yael Bartana sont semi-dirigés: elle pose les règles puis leur laisse une grande liberté pour qu’ils puissent s’approprier le personnage tout en ayant la possibilité d’y investir une part d’eux-mêmes. La deuxième salle se consacre donc entièrement à l’œuvre majeure qui a propulsé l’artiste sur le devant de la scène contemporaine: And Europe Will Be Stunned (2007-2011). Le film se construit en trois parties: Mary Koszmary - Cauchemars (2007), Mur i weza - Tour et Muraille (2009) et Zamach - Assassinat (2011).. La première vidéo s’ouvre avec un jeune militant polonais de gauche, Slawomir Sierakowski, qui hurle dans le Stade national abandonné de Varsovie. Il invite 3,3 millions de Juifs (le nombre estimé de morts juifs lors de la Seconde Guerre mondiale) à revenir en Pologne afin d’enterrer l’âge lugubre de l’Holocauste et de créer une société nouvelle. Si l’esthétique de ce premier chapitre est un véritable chef d’œuvre, c’est parce que l’artiste a su s’approprier et mélanger avec beaucoup d’harmonie les codes visuels propres aux propagandes sionistes avec celles nazies (vue en plongée de l’orateur, plan de dos avec vue sur la foule). Le discours de Slawomir Sierakowski, quant à lui semble s’inspirer indéniablement du contexte migratoire actuel en Europe, mais aussi de la pensée du Mouvement pour la renaissance juive en Pologne, mouvement créé par l’artiste elle-même et dont le premier congrès a eu lieu lors de la Berlinnale de 2012. Durant trois jours, l’idée du retour de 3,3 millions de Juifs a été débattu avec des nombreuses personnes de haute importance: artistes, philosophes ou encore politiciens.

Pour le deuxième chapitre Tour et Muraille, des individus ont décidé de suivre le personnage principal, Slawomir Sierakowski, dans sa quête. Pour accueillir les arrivants, ils bâtissent des kibboutz (villages collectivistes d’Israéliens) dans l’ancien quartier juif de Varsovie. À nouveau, la trame visuelle se rapproche ici de celle du cinéma des pionniers, mettant en avant la force humaine à l’œuvre lors de la construction des premiers kibboutz dans les années 1930. Le dernier chapitre présente les funérailles du jeune militant polonais mort pour ses idées. Mais sa mort a fini par unifier un groupe qui a pour but de sidérer l'Europe par son acte historique. Si le succès de la trilogie a été aussi importante, c’est parce que Yael Bartana a su concorder subtilement les différentes histoires entre Israël et Palestine ainsi qu’entre Israël et Pologne. Elle a fait de son film une œuvre à mi-chemin entre documentaire et fiction. Il y a là de quoi sidérer la politique européenne.

Et finalement, dans la dernière et troisième salle, on découvre aux côtés du film True Finn - Tosi suomalainen (2014), une série d’image tirée de Tashlikh - Cast Off (2017). Les photographies rappellent alors la tradition juive du tashlikh qui consiste à lancer des objets en l’air en signe de renoncement aux péchés. Ici, la coutume conçue par l’artiste reprend la symbolique du geste du jet afin d’illustrer un renouveau, une libération qui n’est plus aucunement liée au passé que ce soit de manière spirituelle ou matérielle. Le fond est noir afin de mieux laisser découvrir ce que les individus préfèrent oublier, on découvre alors de tout: des habits, la photographie d’un soldat (que l’on suppose mort) ou encore de la nourriture. Un moyen de reprendre la vie, le cœur léger.

Les travaux de Yael Bartana sont intenses, car ils recèlent une part de récit presque autobiographique, l’artiste étant elle-même une enfant de la diaspora. Mais ses films sont avant tout puissants grâce aux questions auxquelles se confronte alors le spectateur: n’existe-t-il pas une autre manière de penser l’Etat-nation ? Peut-on penser la vie collective autrement ? Il est peut-être aussi utile de rappeler que la visite prend plus de temps que nécessaire à cause d’une organisation logistique qui laisse à désirer. L’exposition Trembling Time est à l’affiche jusqu’au 20 août avant d’accueillir le spectaculaire Ai WeiWei, affaire à suivre...

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