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Culture
Chronique - Premier chapitre : En selle
Et si cet été, au lieu de bronzer ou de maudire le mauvais temps, on allait se cultiver un peu ? La présente chronique vous propose de découvrir chaque semaine un musée suisse, lieu parfait pour se réfugier en cas de pluie ou de canicule. Pour commencer ce qui deviendra au fur et à mesure des semaine un voyage à travers la Suisse, partons cette semaine pour St-Gall.

En plein centre de la ville, un bâtiment semble se distinguer des autres. De style néoclassique et muni d’un grand jardin, il semble à première vue fermé au public. Or, il suffit de pousser les portes sur la façade ouest pour découvrir le Kunstmuseum de St-Gall. Si notre voyage débute avec cette institution, c’est avant tout car elle représente l’un des points centraux de l’art ultra-contemporain en Suisse. Pour la première fois en Suisse, un musée retrace les travaux de la jeune artiste Magali Reus :Night Plants est une exposition en solo qui mérite tout notre attention.



Magali Reus, Harlequin Darts, 2016, L'approche, Londres. ©Photographie Plastiques


Dans la salle principale trônent d’étranges sculptures. Si ces dernières nous semblent, à première vue, tout à fait singulières, il suffit de s’approcher d’un peu plus près pour voir, là, tout le potentiel de l’œuvre. L’artiste présente une série de sculptures complexes, non-traditionnelles composées de plusieurs matériaux. Elle les travaille toutes de manière individuelle afin d’obtenir des détails sculptés de taille micrométriques voir même nanométriques. Par l’accumulation successive presque maladive des couches de matériaux, la sculpture prend alors sens : une selle de cheval se dessine. La pratique et l’approche de l’artiste démontent ainsi nos attentes de l’objet.

Loin de nous présenter des selles ordinaires, Magali Reus propose de reprendre certains aspects de ces objets afin de les transformer à sa manière, nous avouera-t-elle. Par la transformation, l’objet devient à la fois plus imposant et plus présent, comme un paysage. L’artiste désire ainsi présenter un réalisme d’un nouveau genre, un réalisme qui nous interroge car trop complexe, et qui mérite d’être regardé attentivement. Le travail sur la texture illustre une topographie des formes possibles que peut prendre un objet et sa texture.

Tout porte à croire que les travaux proposés sont des produits industriels, mais il n’en est rien. Chaque élément, chaque détail a été soigneusement pensé, travaillé par l’artiste elle-même. À l’heure où l’industrialisation de l’art (dont l’artiste anglais Damien Hirst peut constituer le parfait exemple) bat son plein, l'artisanat de Magali Reus nous montre alors que nous ne prêtons aucunement attention aux objets du quotidien qui nous entourent. Comme la dernière exposition Pause proposée par le Mudac, le but ici est de prendre une pause devant ce que l’artiste nous propose d’observer. Même si l’artiste le sait : ses selles ne sont pas utilisables.

Au sous-sol se cache une pièce pour le moins intrigante. Bien qu’étant dans un musée d’art, on se retrouve face à des animaux empaillés. Serait-ce là le Musée d’histoire naturelle ? Contre toute attente, on apprend que ce dernier, qui logeait au sous-sol du Kunstmuseum, a déménagé quelques mètres plus loin, il y a quelques mois déjà. La question persiste alors : que font des animaux empaillés ici ? Afin d’inaugurer leur nouvel espace d’exposition et de rendre hommage à leur collaborateur de longue date, la direction a mis cet étage à disposition de l’artiste américain Mark Dion.


Mark Dion, Scala naturae, 1994, Hauser & Wirth Collection, Suisse. ©Sebastian Stadler


L’exposition The Wonder Museum of Nature présente une série de laboratoires naturels. À l’image de l’œuvre de Magali Reus, l'accumulation est présente sous une forme de collection de livres d’histoire naturelle, d’animaux empaillés en tous genres et de milliers d’objets utiles au voyage. Dans l’une des salles annexes se trouve un nombre conséquent d’étalages d’animaux empaillés. Si la représentation naturaliste est frappante, l’absence d’une mise en scène traditionnelle l’est tout autant. Mark Dion présente en effet ses animaux sur des remorques, comme si ces représentations disparues de la nature sauvage pouvaient être transportées de musée en musée, telles de véritables attractions. Enfin, dans la dernière salle, le noir total. La série The Phantasmal Cabinet (2015) est en fait une série de sculptures phosphorescentes. À mi-chemin entre factuel et fictionnel, l’artiste propose des animaux ordinaires ainsi que des monstres tel qu’un dragon. Encore une fois, Mark Dion réinvente la tradition d’exposition, questionnant ainsi le mode d’exposition des instances muséales.

L’artiste joue alors le rôle d’un explorateur qui navigue entre nouveaux mondes, curiosité et peur de l’inconnu. Cependant, il prend aussi la forme d’un conservateur qui ne cesse d’accumuler, d'empiler ses souvenirs d’explorations à travers le globe. Ou encore, il endosse le rôle de directeur de musée, de taxonomiste et de chercheur. Il est ainsi le garant de la perte et aussi de la destruction de notre environnement par nous-mêmes, humains. Il interprète la science à son goût. Son goût est celui de la fascination pour la beauté, l'abondance de cette nature qui est la nôtre.

Le travail de Mark Dion questionne aussi les visiteurs d’un point de vue philosophique et écologique. Avec son œuvre Scala Naturae (1994), l’artiste américain nous suggère en effet une remise en question de la systématisation et de la hiérarchisation de la nature et de ses êtres vivants. L’omniprésence de goudron symbolise une exploitation irréfléchie de la nature. Mark Dion met ainsi en garde chacun de nous contre une éventuelle dégradation croissante de l'environnement et une diminution des espèces. Cependant, ses œuvres posent la question de la réelle « nature », de la façon dont les concepts et les représentations de la nature changent au fils du temps. Mais surtout, The Wonder Museum of Nature nous interroge sur ce qui peut être considéré comme relevant du domaine de la nature ou de l’art.

Ces deux expositions donnent ainsi le ton du musée : privilégier les artistes d’aujourd’hui. Véritable avant-garde de l’art en Suisse, le Kunstmuseum de St-Gall est un passage obligé pour tous les amateurs d’art. Un musée qui mêle avec goût l’art contemporain et ultra-contemporain. Les expositions nécessitent cependant quelques textes informatifs afin de guider l’œil du visiteurs. Et s’il vous reste encore un moment, profitez-en pour aller jeter un coup d’œil à l’une des pièces phares de la collection du musée : le Palazzo Contarini de Monet (1908), ou encore d’aller vous plonger dans les livres de la bibliothèque rococo de l’Abbaye de St-Gall datant du 18ème siècle.

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