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Culture
L’Un et le duel - Centaur De Aktan Arym Kubat
Centaure, créature mythologique : homme ou cheval ? mi-homme, mi-cheval, homme et cheval, cheval et homme, homme-cheval, chevhomme ? Symbole dialectique de l’Un et du séparé : c’est toute la question que pose le nouveau long-métrage du cinéaste kirghiz Aktan Arym Kubat, au sein duquel il tient également le rôle du personnage principal au surnom éponyme, Centaur. Qu’est-il, sinon une longue parabole sur la perte des racines et la quête de l’unité, dont l’apparente simplicité ne voile pas la teneur profondément éthique et métaphysique ?

C’est d’abord un film qui entend ressaisir un pays, le Kirghizistan, dans les contradictions propres à sa modernité. Paysages routiers bordant des terres défraîchies, la fumée, sous les sabots d’un cheval au galop, rappelant curieusement celle des pots d’échappement, de jeunes enfants au regard livide jouent à la console cependant que d’autres courent, souriant, sur les ponts qui franchissent de larges fleuves… Le choix du montage alterné exprime au mieux ces contrastes : Centaur met en scène deux vies parallèles, deux frères que tout oppose, qui se croisent sans jamais sans rejoindre : le premier, Karabay, est de ceux que l’on dirait pétri des valeurs de son temps : nouveau riche, propriétaire de chevaux de course à la valeur inestimable, il est victime d’un vol dès la première séquence du film. Il tente alors, et par tous les moyens, de mettre la main sur le coupable, n’hésitant pas à torturer l’un de ses proches suspecté, ou encore à demander de l’aide à des religieux présentés comme de véritables fonctionnaires, susceptibles de faire appel à Dieu contre rémunération.

Le second, Centaur, n’est pas seulement le voleur de chevaux qui sévit dans ce petit village des environs de Bichkek : il est avant tout un père de famille aimant, travaillant comme projectionniste et avide de partager, avec son fils sourd-muet - l’est-il plus que les fils de Karabay, absorbés par leurs jeux vidéo ? - la légende de Kambar-Ata, ce protecteur des chevaux maudissant les Kirghizes parce qu’ils ont fait le choix de l’exploitation commerciale de l’animal. Seul un homme galopant dans la nuit, en pleine liberté, saurait déjouer la malédiction…

Proche du conte ou de la fable – les personnages ne se démarquent pas par leur complexité psychologique, la situation finale est quasi-miraculeuse et les ressors narratifs sont somme toute assez simplistes – Centaur est une œuvre qui s’ouvre à une pluralité d’interprétations. La première, caricaturale, ne ferait de ce film qu’une énième allégorie construite autour de l’opposition drastique entre la tradition et la modernité. Centaur - et, par lui, le réalisateur - incarnerait une sorte de nostalgie anti-moderne, menant à la diabolisation des valeurs mercantiles de nos sociétés contemporaines. Cette lecture tendrait néanmoins à faire d’Aktan Arym Kubat un moralisateur, là où il se pose, tout au plus, en moraliste. Certes, son personnage est un nostalgique, mais il n’est guère technophobe : sa petite maison aux murs de pisé est recouverte d’affiches de cinéma et regorge de matériel de projection de pointe.






Qu’en est-il, par ailleurs, de la représentation de la « tradition » du réalisateur? Les figures religieuses se fondent parfaitement aux artifices de la technologie moderne – elles conduisent des voitures, disposent de smartphones et souhaitent gagner de l’argent – tout en clamant haut et fort un retour à l’islamisme radical. Ainsi, lorsque les religieux, agenouillés, se livrent à la prière, Centaur projette un film contre les murs de la mosquée… Qui est véritablement réactionnaire ?

Mais là n’est peut-être pas la question… Si Centaur nous apparaît comme un rêveur, sorte d’avatar de Don Quichotte, c’est qu’il est hanté par la perte progressive de certains idéaux, de certaines valeurs auxquelles il continue à croire, quitte à se battre contre des moulins-à-vent. Il ne s’agit donc pas d’un débat prenant appuis sur des objets matériels, le voile intégral contre la voiture, ou le game-boy contre l’habit traditionnel. Ces valeurs contrastées traduisent avant tout un rapport à l’être, un être-au-monde, que Centaur souhaite orienter vers l’unité, là où ses contemporains paraissent enclins à la seule dissension. De son frère Karabay, il ne critiquera guère la richesse, mais la tendance à l’exploitation, à la marchandisation de ces êtres vivants que sont les chevaux, autrefois alliés du peuple kirghiz. Des religieux, il ne regrettera guère la spiritualité, mais leur propension à créer le trouble au sein du village, par leur volonté d’imposer une vision dogmatique et intolérante de la dévotion. Contre cette tendance à la séparation, Centaur choisit de se tourner vers l’unité : les plans larges qui le saisissent comprennent le plus souvent l’ensemble des membres de sa famille, semblant en osmose avec leur cadre environnemental, là où les individus qui composent la famille de Karabay, tout comme ses proches, seront préférentiellement filmés de manière isolée, signe d’une nucléarisation ne conduisant qu’à la solitude.

En somme, de ce film, nous retiendrons la subtilité et la poésie : l’épuration narrative et la simplicité du scénario n’apparaissent pas comme des signes de faiblesse ou de stéréo-typification. Comme tous les contes, sa légèreté possède une fonction structurante qui le rapproche de la fable : loin d’être un prêche, c’est une œuvre qui accueille son spectateur en le laissant être, plus que témoin, véritablement interprète, invité à repenser son rapport à l’être.

Avec Aktan Arym Kubat, Zarema Asanalieva et Bolot Tentimyshov

BERLINALE 2017 Panorama : Meilleur film, Prix de la Confédération internationale des cinémas d’art et d’essai (CICAE)

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