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Culture
Je suis une légende
Le Roi Arthur : La Légende d’Excalibur
De Guy Ritchie | Fantasy / Action
Avec Charlie Hunnam, Jude Law et Àstrid Bergès-Frisbey



La légende arthurienne, comme tout mythe, appelle à la relecture. Issue de la tradition orale, couchée sur papier par de multiples auteurs, elle a évolué au fil de ses nombreuses déclinaisons. Si des éléments canoniques persistent, il n’existe pas une unique version, mais une foultitude de variations plus ou moins proches. Dans l’idée, le Sacré Graal ! des Monty Python est aussi valable que les écrits de Thomas Malory ou Chrétien de Troyes. Preuve en est Kaamelott, la réinterprétation de la légende à travers le prisme de la comédie n’empêche pas la pertinence, la série d’Alexandre Astier se caractérisant par un vrai souci historique et une évidente compréhension des principes mythiques. Bref, la légende arthurienne, comme tout mythe, appelle à la relecture. Encore faut-il en faire quelque chose.

Dès son introduction, Le Roi Arthur : La Légende d’Excalibur s’écarte déjà passablement des canons : le film démarre sur l’affrontement opposant le père d’Arthur, Uther Pendragon, à Mordred (qui n’est donc pas le fils du Roi de Bretagne mais un druide renégat). Ce dernier à peine vaincu, Vortigern, benjamin d’Uther, trahit son frère, massacre sa famille et s’empare du trône. Seul réchappe de ce putsch sanglant le jeune Arthur, qui s’enfuit sur une barque et rejoint la ville de Londinium. Il y grandira dans un bordel, gravira les échelons de la pègre locale et apprendra le kung-fu auprès d’un Chinois prénommé George.

Il y a deux ans, au sortir du catastrophique Man from UNCLE, nous faisions le pari que la discrète référence aux Chevaliers de la Table Ronde présente dans Kingsman serait plus réussie que l’entier du Roi Arthur de Guy Ritchie. Peut-être partions-nous déjà convaincus, mais le pronostic s’avère hélas plus qu’exact. Le réalisateur des Sherlock Holmes applique au mythe breton le même traitement qu’à l’œuvre de Conan Doyle, mais en pire : une réinterprétation prétendument moderne et fun, mais véritablement vide et vaine.


Des fondamentaux de la légende arthurienne, il ne subsiste pas grand-chose dans cette nouvelle mouture. La Table Ronde n’est pas encore construite, ses Chevaliers encore loin d’être adoubés ; on part très clairement sur une origin story. Soit. La moitié du temps, le récit lorgne plutôt du côté de Robin des Bois (un groupe de rebelles caché dans la forêt qui organise la chute d’un roi tyrannique), mais pourquoi pas. Guy Ritchie part dans l’idée de renouer avec le ton de ses premiers films en faisant du futur Roi de Bretagne un loubard grande gueule et de ses compagnons des truands à la petite semaine dotés de sobriquets croustillants (« Fesse d’huître », « Bâton mouillé ») ; dans Kaamelott, les personnages parlent bien comme dans un Audiard, il n’y a donc pas de raison que ça ne marche pas. Mais ces éléments ne sont que du vernis, tout au plus une promesse. Au-delà de ces partis pris, pour que l’adaptation se révèle réellement pertinente, il faut encore que le point de vue proposé dise véritablement quelque chose sur le matériau d’origine, ou au moins que le récit contienne un minimum de substance, en bref, qu’il raconte une histoire. Ce que Ritchie a rarement sur faire.

Il y a matière à faire tout un tas de choses avec la légende arthurienne. Par exemple, l’un des éléments thématiques les plus intéressants concerne la réalité historique de la transition du paganisme celte au christianisme (parfaitement illustrée dans Kaamelott). Le Roi Arthur : La Légende d’Excalibur évacue la problématique religieuse de façon bien curieuse : on nous explique en début de film que la magie a été bannie du royaume suite à la rébellion druidique menée par Mordred. A peine évoqué, Merlin est alors remplacé par une jolie brune qui peut contrôler les animaux, censée être la dernière mage en activité. La religion chrétienne n’est mentionnée à aucun moment, mais cette éviction du merveilleux aurait tout au moins pu servir de base à une réflexion sur le rêve et la place de l’imaginaire. Que nenni. Même lorsqu’Arthur ingère une potion lui permettant de « voir l’invisible », il ne s’agit au final que d’un prétexte à une séquence pseudo-onirique qui n’aura pas la moindre conséquence sur la suite du récit.

Evinçant la Table Ronde, la Quête du Graal et tout le bagage religieux du mythe breton, le scénario réduit le matériau qu’il adapte au strict minimum et n’en conserve que les noms des personnages, ainsi qu’Excalibur (histoire que le public se rappelle tout de même de quoi il s’agit). Que Ritchie se contente paresseusement de résumer la légende arthurienne à une histoire de vengeance doublée d’une version caricaturale du Voyage du Héros, soit. Mais qu’il assume ce parti pris et le traite avec le souci qu’il mérite. On veut bien passer outre les raccourcis scénaristiques, les étranges sauts spatiaux (des personnages qui se téléportent d’un endroit à un autre sans explication), et les deus ex machina grossiers (l’intervention finale d’un serpent géant qui sauve la mise avec bien plus d’efficacité que les aigles du Seigneur des Anneaux). Le désintérêt du récit pour ses principaux arcs narratifs est en revanche plus difficile à digérer.


En réalité, tout le projet (et donc le problème) du film est résumé dès l’écran titre, qui surgit en plein milieu de la scène fondatrice du meurtre des parents d’Arthur. Coupant net cet instant dramatique, « King Arthur : Legend of the Sword » envahit le cadre sur une grosse musique et laisse la scène irrésolue. Le cool l’emporte sur la dramaturgie. Cette cassure se révèle alors symptomatique de tout le film. Préférant se focaliser sur le fun et les effets, Ritchie bâcle toutes les étapes importantes de la construction de son héros. Ainsi en est-il de l’instant de doute durant lequel Arthur veut abandonner : une scène cruciale expédiée dans un montage de trente secondes, qui voit le futur roi de Bretagne lancer Excalibur dans le lac avant de la récupérer miraculeusement dans une flaque de boue.

De même, plus tôt, l’entraînement d’Arthur est littéralement traité comme un passage obligé : on annonce à « l’élu » qu’avant d’embrasser pleinement son destin il doit d’abord affronter une série d’épreuves qui va le briser (c’est effectivement ce qu’implique cet archétype, mais généralement il n’est pas nécessaire d’expliciter le sens de cette étape). Arthur est alors envoyé dans une dimension parallèle infestée de bestioles géantes qui vont le maltraiter comme jamais. Plutôt que d’impliquer son public en l’embarquant réellement dans le calvaire de son héros, Ritchie résume cette phase en quelques secondes à l’aide d’un artifice grossier : reprenant un gimmick de caper movie, le montage montre en parallèle l’explication du « plan » (l’annonce des épreuves à venir) et sa réalisation (Arthur subissant ces épreuves). Déjà présent dans Sherlock Holmes et Man from UNCLE, ce procédé faussement malin ne fait en réalité que mettre le public à distance et annuler toute tension dramatique. D’autant qu’il est répété au moins quatre fois au cours du film, sans avoir plus de sens ni d’impact à chaque coup.

Après Man from UNCLE, on ne se faisait plus trop d’illusions sur les capacités de metteur en scène du cinéaste. Sans surprise, il recycle ici les mêmes effets de style tape-à-l’œil (ralentis, zooms-dézooms ultra rapides), qu’il combine à l’occasion de certaines scènes de combat dans un festival de CGI parfaitement dégueu. Harassante à force de vouloir être « dynamique », la mise en scène est fréquemment illisible. Et ce n’est pas la direction artistique d’une pauvreté absolue qui va rendre l’expérience visuelle plus plaisante.

En bref, la légende arthurienne version Guy Ritchie n’est pas plus intéressante dans ce qu’elle raconte que dans la manière dont elle le fait. A moins que l’on ne considère qu’il suffit d’ajouter des blagues, du kung-fu et David Beckham pour « dépoussiérer le mythe »…

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