X
X
L'auditoire

Téléchargez le dernier numéro de L'auditoire !

auditoire

Archives

time_machine

Remontez dans le temps ! Retrouvez tous les anciens articles de L'auditoire ici.

Rejoignez-nous sur Facebook

Suivez notre actualité au quotidien; retrouvez chaque jour articles, concours et photos!

Facebook
Culture
Film prometteur ? Peut-être pas.
Le film d’ouverture du Festival de Cannes 2017, Les Fantômes d’Ismaël, projeté hors compétition, est le neuvième long-métrage d’Arnaud Desplechin, sacré meilleur réalisateur aux Césars de l’année dernière; titre à remettre en question avec ce nouveau film.

Homme ravagé, hanté par ses rêves et par la disparition de sa femme Carlotta (Marion Cotillard) vingt ans plus tôt, Ismaël partage sa douleur avec son beau-père, auquel il est complètement dévoué. Cinéaste, Ismaël, travaille sur son nouveau film : le portrait d’Ivan, un diplomate atypique, histoire inspirée de la vie de son frère qui porte le même nom. Il est depuis deux ans déjà en couple avec Sylvia (Charlotte Gainsbourg) lorsque Carlotta, dont le retour n’était plus espéré, refait surface. Cette résurrection fait fuir Sylvia et exploser Ismaël, le poussant vers une profonde remise en perspective.

Le film apporte un renversement de l’image stéréotypée du héros masculin que nous proposaient Jean Gabin – par exemple dans Le jour se lève (Marcel Carné, 1936) – ou encore James Dean dans Rebel Without a Cause (Nicolas Ray, 1957): des hommes présentés comme démunis et colériques finissent par tout détruire sur leur passage, y compris eux-mêmes. Ici, nous sommes face à une tentative de montrer une figure masculine, Ismaël, régie par ses sentiments qui, pourtant, ne transforme pas cet excédent d’émotions en une espèce de vengeance salvatrice, contrairement aux deux films cités plus haut. Effort intéressant d’avoir voulu amener à l’écran un tel personnage. Le simple fait qu’un homme soit abandonné par sa femme – ce qui au passage diabolise celle-ci – et non l’inverse est d’ailleurs révélateur d’une vision qui tend à s’écarter du modèle canonique masculin du XXe siècle. L’entièreté du film est construite sur le male gaze (concept de la féministe Laura Mulvey) du protagoniste –c’est-à-dire, en simplifiant beaucoup, que le film est fait par et pour un homme. On se retrouve donc avec des scènes de sensualité tellement esthétisées qu’elles en perdent tout sens et, évidemment, seules les actrices sont vues entièrement nues. La scène où Carlotta se « donne » à Ismaël en est un exemple des plus flagrants : on la voit enlever son peignoir de dos en plan moyen, puis de face de la même manière, et encore une fois de face en plan taille, et pendant tout ce temps, ainsi que dans la totalité du film, pas une seule partie du corps d’Ismaël n’est montrée.




Sur le plan technique, le film déploie une panoplie hétéroclite d’éléments formels qui font sens, autant au niveau de l’histoire que de son enveloppe stylistique. Avec par exemple la surprise de voir des ouvertures à l’iris ou encore des fondus enchaînés des plus perturbants. De plus, le récit- cadre se voit entrecoupé par des scènes du film qu’Ismaël est en train de tourner : voilà une mise en abyme flagrante, thématisée d’ailleurs à maintes reprises, en particulier lors d’un plan où, à l’aide d’une surimpression, défile au centre de l’écran une deuxième pellicule.

Malgré ces aspects formels maîtrisés, on reste sur notre faim. Certaines répliques arrivent bien à nous faire esquisser un tendre sourire, on se laisse aller à quelques frémissements provoqués par le jeu de Mathieu Amalric – l’identification au protagoniste pourrait donc être réussie – mais cela ne suffit pas. L ’immersion dans l’univers filmique est parasitée, non pas tant par le choix des deux actrices ni par la performance de celles-ci, mais plutôt par les aspects techniques qui ne cessent de nous rappeler qu’on est face à un discours construit, ce qui empêche toute adhésion sincère: regards caméra, mièvres apostrophes aux spectateurs, etc. En sortant de la séance et après mûre réflexion, il est légitime de se demande si l’on n’aurait pas préféré voir la totalité du document tourné par Ismaël, qui paraît presque plus attirant, que le film lui-même.

En somme, on pourrait se demander pourquoi un film lénifiant et « petit bourgeois » se retrouve en ouverture du Festival de Cannes, compte tenu de la multiplicité d’œuvres qui pourrait être bien plus stimulantes et amener bien plus de réflexions que celui-ci. Ce choix est manifeste d’une absence de prise de risques de la part du Festival, qui n’ose pas montrer un film plus subversif.


Téléchargez le dernier numéro de L'auditoire !

auditoire

Archives

time_machine

Remontez dans le temps ! Retrouvez tous les anciens articles de L'auditoire ici.

Rejoignez-nous sur Facebook

Suivez notre actualité au quotidien; retrouvez chaque jour articles, concours et photos!

Facebook

Téléchargez le dernier numéro de L'auditoire !

auditoire

Archives

time_machine

Remontez dans le temps ! Retrouvez tous les anciens articles de L'auditoire ici.

Rejoignez-nous sur Facebook

Suivez notre actualité au quotidien; retrouvez chaque jour articles, concours et photos!

Facebook

Recherchez dans les articles

Agenda

Sélection d'événements choisis par la rédaction, pour ne plus rien manquer dans la région.

auditoire

Abonnez-vous, c'est gratuit!

L'auditoire n'est plus envoyé automatiquement à toute la communauté universitaire.
Si vous souhaitez continuer à recevoir notre douce prose dans vos foyers, il vous suffit de remplir le formulaire ci-dessous.

Et si vous nous aimez vraiment beaucoup, vous pouvez souscrire à un abonnement de soutien.