X
X
L'auditoire

Téléchargez le dernier numéro de L'auditoire !

auditoire

Archives

time_machine

Remontez dans le temps ! Retrouvez tous les anciens articles de L'auditoire ici.

Rejoignez-nous sur Facebook

Suivez notre actualité au quotidien; retrouvez chaque jour articles, concours et photos!

Facebook
Culture
Les origines du mal
Alien : Covenant
De Ridley Scott | Science-fiction / Horreur
Avec Katherine Waterston, Michael Fassbender et Danny McBride



Il y a cinq ans, Ridley Scott revenait sur la franchise qu’il avait lui-même initiée, prétendant expliquer les origines de la saga Alien. La préquelle est, par nature, une entreprise délicate, mais elle se révélait d’autant plus casse-gueule dans ce cas précis. A trop vouloir expliquer, on risque toujours d’ôter tout mystère et donc tout intérêt à la chose. Pire, si elle n’est pas à la hauteur du mythe, l’explication peut sérieusement l’endommager. Un peu à la façon d’un George Lucas tentant maladroitement de convaincre le public que ce gamin pénible est le futur Dark Vador. Imaginé par Dan O’Bannon et conceptualisé par H. R. Giger, l’Alien est terrifiant car insaisissable, il incarne l’inconnu (dès son nom d’ailleurs), il est le mal à l’état pur. Le premier film de la quadrilogie, en particulier, fonctionne sur le mystère, révélant sa créature au compte-goutte et dispensant nombre d’éléments énigmatiques. Parmi ceux-ci, le Derelict, étrange vaisseau découvert par les héros, qui renferme les œufs de facehuggers et dans lequel repose le cadavre d’un gigantesque extraterrestre, le fameux Space Jockey. Ces zones d’ombre constituant une grande partie de l’intérêt de ce premier volet, le projet d’une préquelle apparaissait dès le départ comme une fausse bonne idée. D’autant plus lorsque Ridley Scott affirmait s’être au final passablement écarté du matériau d’origine, annonçant un film « empreint de l’ADN d’Alien, mais développant ses propres idées ».

A mi-chemin entre la préquelle et le récit original, le statut de Prometheus était relativement flou avant sa sortie. La vision du film ne le rend pas plus clair : invoquant effectivement de nouvelles thématiques, posées avec force cérémonie mais jamais réellement développées, le récit tente d’expliquer maladroitement la naissance des xenomorphes comme résultat d’une expédition malheureuse à la recherche des origines de l’humanité. Donnant un visage (humanoïde, qui plus est) au Space Jockey et apportant une explication scientifique aussi vague qu’incomplète à l’existence de l’Alien, Prometheus amenuise très clairement la puissance évocatrice de la saga. Les mystères qui auraient dû rester sans réponse se voient expliqués de façon décevante, tandis que les trop nombreuses nouvelles questions sont pour la plupart laissées irrésolues ; à l’origine partie prenante de la terreur, l’absence de réponse ne produit ici que frustration. Et on ne parle évidemment pas des incohérences scénaristiques et de la caractérisation très bas du front des personnages.


Sans doute dans l’idée d’évincer pour de bon le projet Alien 5 (qui ne verra finalement jamais le jour), Ridley Scott assume davantage le concept de préquelle pour ce nouveau volet, dès son titre d’ailleurs. Alien : Covenant débute dix ans après Prometheus, à bord d’un vaisseau transportant 2'000 colons terriens partis à la recherche d’un nouvel habitat. Captant un message de détresse d’origine humaine, la dizaine de membres d’équipage décide d’atterrir sur la planète d’où semble émettre le signal. Ils y rencontreront l’androïde David, arrivé après la désastreuse mission Prometheus, et devront faire face à l’horreur qu’il a ramené avec lui.

A peine moins lourdingue que Prometheus, sa suite convoque les mêmes thématiques, intéressantes sur le papier, sans vraiment les creuser davantage. Comme son aîné, Alien : Covenant préfère dire que montrer : plutôt que de développer efficacement son propos au sein de la diégèse, à travers les actions de ses personnages, le film cite de façon bien plus pompeuse d’autres œuvres établies évoquant ces thématiques : dans Prometheus, David visionnait en boucle Lawrence d’Arabie, sans que cela apporte grand-chose en termes de sens. Ici, l’androïde récite le poème Ozymandias de Shelley, joue du Wagner au piano et compose même ses propres morceaux à la flûte, en s’extasiant tout seul à grand renfort de « C’est magnifique ! ».

Le film n’échappe pas à une certaine prétention, d’autant plus regrettable que le récit n’est clairement pas à la hauteur de ses ambitions. Une nouvelle fois, le scénario fourmille de facilités et d’éléments particulièrement prévisibles, parmi lesquelles un twist final qui a peu de chances de surprendre. Les personnages sont tout juste plus malins que ceux de Prometheus et ont surtout à peine plus de consistance. Alien : Covenant a beau prendre son temps avant de démarrer pour de bon son intrigue, il ne pose pas plus efficacement ses enjeux. L’ironie est que, comme pour le précédent volet, des vidéos faisant office de prologue ont été postées sur Youtube avant la sortie du film. Parmi celles-ci, on trouve une séquence montrant le dernier repas de l’équipage du Covenant avant sa cryogénisation. En quelques minutes, la scène présente les personnages, leurs personnalités et leurs liens, et établit clairement la mission du vaisseau. En bref, elle pose précisément les bases et aurait dû logiquement figurer au début du film. Evidemment, nous nous trouvons à une époque qui exploite beaucoup le transmédia. A raison, puisque ce croisement des supports offre de nouvelles possibilités narratives indéniablement passionnantes. Mais s’il permet de compléter, d’élargir un univers, le public doit conserver la liberté de ne visionner que le film, qui reste l’objet premier et se doit d’être compréhensible en tant que tel. Sans cette fameuse séquence d’introduction, de nombreux éléments ne sont pas expliqués, ou alors bien trop tard, à l’instar du couple gay : s’il est rafraîchissant de voir deux personnages masculins qui s’aiment sans que leur homosexualité ne soit martelée tout du long, on ne comprend en réalité leur relation que lorsque l’un meurt, alors qu’elle est présentée clairement dans la scène postée sur Youtube.


Au-delà de ces manquements, peu de personnages existent véritablement. Alien 3 parvenait à distinguer clairement des humains complexes et crédibles parmi un nombre important de détenus ayant tous le crâne rasé, et impliquait son public au point de lui faire craindre pour la survie de ces individus coupables des pires atrocités. Alien : Covenant a beau tenter de créer des liens émotionnels d’une manière parfaitement artificielle (on ne sait trop pourquoi, l’équipage n’est composé que de couples mariés), il est difficile de retenir une seule figure réellement attachante. Il y avait pourtant matière construire de vrais personnages, dont les motivations auraient pu nourrir les thématiques du récit. Ainsi en est-il du second de l’équipage, incarné par Billy Crudup, qui devient capitaine malgré lui et dont on souligne au départ qu’il est croyant sans que cela ait au final la plus petite importance. Etrangement, ce nouvel opus coupe court aux promesses de Prometheus, éradiquant les questions laissées en suspens lors de son final plutôt que d’y répondre : en définitive, ces Ingénieurs (identifiés comme la race extraterrestre à laquelle appartient le Space Jockey) n’ont plus grande importance, de même que leurs objectifs réels.

A ce titre, on ne voit toujours pas comment Ridley Scott compte raccorder avec le Derelict de l’opus original. De même, l’explication des origines de l’Alien a beau se développer davantage, elle n’en apparaît pas plus claire. Certes, chacun des précédents opus apportait de nouveaux éléments avec plus ou moins de cohérence et comportait son lot d’imprécisions (la Reine Alien du second volet, dont on peut discuter de la logique), mais le tout restait néanmoins compréhensible. Avec Alien : Covenant, la mythologie de la saga devient bordélique au possible. Soit, la créature est le résultat d’expérimentations faites à partir d’un pathogène extraterrestre qui provoque des mutations. Mais les règles ne sont jamais exposées clairement, si bien que ces justifications scientifiques partent dans tous les sens : pour parvenir jusqu’à la version finale de la bête, le film passe par à peu près toutes les étapes imaginables, y compris des champignons lâchant des spores qui rentrent par l’oreille et développent on ne sait trop comment des simili-xenomorphes qui finissent par exploser le dos de la victime (ou simplement sortir par sa bouche, c’est selon).

Outre la cohérence de cette évolution, l’on peut également regretter la pauvreté des différents designs de ces sous-Aliens. Bien loin de l’œuvre dérangeante de H. R. Giger et son univers biomécanique, les créatures ressemblent ici à n’importe quelle bestiole numérique du premier blockbuster venu. Toute la connotation sexuelle, qui participait à rendre la saga réellement malsaine (la symbolique du viol liée à l’Alien), est également bien moins présente, ne revenant qu’à l’occasion d’une scène (celle de la douche) sous une forme au mieux grotesque.

Bref, l’on pourrait encore accabler longtemps cet Alien : Covenant. Par honnêteté, l’on pourrait également évoquer les qualités du film. Parce qu’il y en a tout de même quelques-unes : un bon casting, une réalisation par instants inspirée- On retiendra notamment la scène de la première transformation, avec son montage alterné qui montre en parallèle deux groupes comprenant chacun un membre infecté et se retrouvant soudain face à l’horreur. Par un usage intelligent de la caméra à l’épaule, la séquence se révèle particulièrement tendue et prouve malgré tout que Ridley Scott a encore de beaux restes. M’enfin bon. Tout ça pour voir Michael Fassbender faire du kung-fu contre lui-même… Est-ce que ça valait bien le coup ?

Téléchargez le dernier numéro de L'auditoire !

auditoire

Archives

time_machine

Remontez dans le temps ! Retrouvez tous les anciens articles de L'auditoire ici.

Rejoignez-nous sur Facebook

Suivez notre actualité au quotidien; retrouvez chaque jour articles, concours et photos!

Facebook

Téléchargez le dernier numéro de L'auditoire !

auditoire

Archives

time_machine

Remontez dans le temps ! Retrouvez tous les anciens articles de L'auditoire ici.

Rejoignez-nous sur Facebook

Suivez notre actualité au quotidien; retrouvez chaque jour articles, concours et photos!

Facebook

Recherchez dans les articles

Agenda

Sélection d'événements choisis par la rédaction, pour ne plus rien manquer dans la région.

auditoire

Abonnez-vous, c'est gratuit!

L'auditoire n'est plus envoyé automatiquement à toute la communauté universitaire.
Si vous souhaitez continuer à recevoir notre douce prose dans vos foyers, il vous suffit de remplir le formulaire ci-dessous.

Et si vous nous aimez vraiment beaucoup, vous pouvez souscrire à un abonnement de soutien.