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Culture
La naissance de quoi au juste ? - The Birth of a Nation de Nate Parker
L’idée de base de The Birth of a Nation est simple et peu originale. Il s’agit de l’histoire vraie d’une sanglante révolte d’esclaves aux Etats-Unis autour de 1830. A priori, rien de surprenant. Et pourtant, ce film traite de la religion d’une manière totalement inattendue, qui prête à débat.

Au premier abord, le titre surprendra certains. C’est à se demander si Nate Parker a délibérément choisi de reprendre tel quel le titre du film de D.W. Griffith sur la guerre de Sécession, datant de 1915, afin de créer une confusion dans les recherches Google des étudiants en cinéma qui chercheraient à se remémorer ce film au succès sans précédent au moment de sa sortie. Il se trouve que ce n’est pas loin d’être vrai puisque Nate Parker explique en interview qu’il fait directement référence à ce grand nom de l’histoire du cinéma afin de redorer l’image du peuple afro-américain que Griffith avait mis à mal un siècle auparavant. Soyons clair, c’est un film qui se veut ambitieux du début à la fin mais l’intention du réalisateur est malheureusement plutôt confuse, et ce jusqu’au bout du film.

Tout repose sur le destin d’un enfant d’esclave qui, lorsqu’il est encore tout jeune, est révélé par ses pairs comme un futur guide parce qu’il a une marque sur le torse qui le distingue. L’histoire sera donc basée sur la mise en place du destin hors normes de ce jeune esclave, en permanence soumis à des événements déclencheurs dont il n’a jamais la maîtrise. Jusqu’au moment où, on l’imagine bien, il se révolte contre la domination des Blancs. Pourtant, durant toute la première partie du film on ne cesse de se demander comment un gaillard comme lui, plutôt insipide et passif, pourra avoir un quelconque rôle à jouer dans la naissance d’une nation.




Si la première partie du film fait penser à Twelve Years a Slave (Steve McQueen, 2014) dans la construction d’un destin spécial soumis aux conditions extérieures, la deuxième partie présente un changement radical et rappelle beaucoup Django Unchained (Quentin Tarantino, 2012) avec les massacres et effusions de sang que cela implique. Là où Nate Parker surprend, c’est dans la place qu’il donne à la religion. Le personnage principal, Nat Turner, a la relative chance d’être élevé au côté de « gentils » Blancs qui lui apprennent à lire la Bible lorsqu’il est encore tout jeune. Il sera ainsi amené à prêcher la « bonne parole » dans d’autres domaines agricoles à la demande des propriétaires, qui voient en lui un moyen de rendre les esclaves plus dociles grâce à la lecture de passages de la Bible spécialement choisis. Notre héros découvrira alors la maltraitance que subissent les siens, montrée au travers de plans frôlant le genre de l’horreur, que ce soit par la musique, les éclairages ou les ralentis sur-dramatiques.

La foi de Nat Turner, qui était jusque-là sans profondeur, s’emporte, se transforme en colère, et il se met à lire la Bible autrement. C’est alors l’occasion d’une scène, courte mais efficace, de joute oratoire uniquement basée sur des citations de la Bible, où un Blanc confronte sa lecture justifiant l’esclavage à la lecture de Nat Turner, qui lit dans les Saintes Ecritures un encouragement à la violence pour la liberté. Après ça, la religion n’est plus assimilée qu’à la barbarie, dans des plans à la limite du ridicule, plaçant par exemple un vitrail en croix illuminé entre Nat, devenu meurtrier, et sa victime agonisante, affalée dans la pénombre.

A partir du moment où la religion sert de justification à la violence, tout devient extrême et dérangeant. Rien n’est oublié, de la présence de Juda à la scène de flagellation subie bravement par le héros, porté par sa foi. Faut-il ainsi lire ces choix comme du fanatisme maladroit de la part du réalisateur, ou comme une réelle critique de la religion, source de sauvagerie et de vaines effusions de sang?

Il y a une mégalomanie ambiante dès la deuxième partie du film qui dérange et fait douter du propos. En allant dans des extrêmes de monstration et en oubliant les subtilités de la narration, Nate Parker perd quelque peu son spectateur, qui ne sait plus si le mélange de symboles religieux sans finesse et de meurtres sanglants correspond à de la maladresse ou à une forme de discours politique. D’autant plus qu’il est difficile de ressentir de l’empathie pour le personnage principal à cause de son attitude béate à laquelle on ne peut assimiler aucune conviction crédible, ce qui provoque un agacement prolongé jusqu’aux dernières minutes du film. Si cet effet est voulu, alors il s’agit bel et bien d’une critique, peu subtile, mais marquante, des mouvements naïfs portés par les paroles ambiguës de textes sacrés; un discours qui résonne avec des tensions encore présentes aujourd’hui et aussi veilles que les croyances humaines. Pourtant, ce point de vue sur la violence au nom de la religion n’est pas celui adopté par Nate Parker. Il présente son personnage principal comme un homme qui devrait inspirer tous les hommes de couleur pour qu’ils prennent la place qui leur est due. Alors faut-il commencer par la violence pour obtenir la place qui revient à chaque être humain ? Voilà la question qui aurait pu être posée dans The Birth of a Nation, mais en ne prenant pas cette distance interrogative, l’entier du propos devient relativement désagréable.

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