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Culture
Loin des yeux
Passengers
De Morten Tyldum | Science-fiction
Avec Chris Pratt, Jennifer Lawrence et Michael Sheen



Il y a deux ans, le nom de Morten Tyldum s’imposait comme celui d’un cinéaste à suivre de très près. Pour son premier film en langue anglaise, le Norvégien réalisait un modèle de biopic, dont l’apparente simplicité (largement critiquée) constituait la grande force. Trop sobre dans sa forme, trop sage dans son sujet, on aura également reproché à Imitation Game ses nombreuses libertés historiques et son manque de développement des enjeux politiques de son cadre. Pourtant, il s’agissait là moins de simplicité ou de facilité que de limpidité. La mise en scène de Tyldum n’était pas plate, mais au contraire d’une justesse et d’une précision qui confinaient à l’évidence. Le scénario de Graham Moore n’était pas réducteur ni timoré, mais bien plutôt subtil et parfaitement cohérent dans son traitement du sujet. Si les grands événements de la Seconde Guerre mondiale et l’héritage scientifique d’Alan Turing avaient semblé survolés, s’ils étaient apparus comme n’étant pas le réel sujet du film, c’est avant tout parce qu’ils étaient évoqués plus que montrés, mais traités malgré tout par un biais détourné. Le véritable cœur du récit restait la vie privée de Turing, son homosexualité et l’impact de son vécu sur son travail. Dans sa structure brillante qui mélangeait les époques et mettait en parallèle intelligence artificielle et rapports humains, Imitation Game expliquait la grande Histoire par la petite histoire. En se concentrant sur la substantifique moelle de son sujet et en revenant à des enjeux émotionnels simples mais forts, le film évoquait alors bien plus que ce à quoi il aura été réduit.


Pour sa seconde réalisation anglophone, Morten Tyldum passe à un tout autre genre, celui de la science-fiction. A l’instar d’Imitation Game, le cœur de Passengers se trouve dans ses personnages et leurs relations. Dans le futur, le vaisseau Avalon est en route pour une lointaine planète colonisée. A bord, des milliers de passagers, embarqués pour débuter une nouvelle vie loin de la Terre, hibernent en attendant la fin du trajet qui doit durer cent-vingt ans. Suite à un dysfonctionnement, deux capsules s’ouvrent. Réveillés nonante ans trop tôt, seuls dans un vaisseau qu’ils ne maîtrisent pas et incapables de retourner en hibernation, Aurora et Jim vont alors se retrouver livrés à eux-mêmes, avec deux choix possibles : continuer vainement de chercher une solution, ou accepter leur sort et profiter pleinement du temps qui leur est imparti.

Evidemment, Passengers peut, dans l’absolu, être résumé à une simple histoire d’amour. Bien sûr, il met en scène des figures archétypales, emploie de nombreux codes éculés et n’évite pas les passages obligés du genre. Mais, comme pour Imitation Game, la simplicité n’est pas le simplisme, et le caractère élémentaire et pur du récit signe en réalité son universalité.

Ces dernières années, la science-fiction a accueilli plusieurs histoires traitant d’un lien humain à travers des concepts d’anticipation : on pense tout autant au récent Arrival qu’au dernier Nolan, qui exploraient tous deux la relation d’un parent à son enfant à l’intérieur d’un jeu complexe sur le voyage temporel. Dans un registre différent mais sur une thématique semblable, Passengers est sans doute le plus honnête des trois. Qu’on s’entende : Arrival et Interstellar sont l’un comme l’autre des œuvres ambitieuses, sincères et soignées, et le long-métrage de Morten Tyldum n’est pas un chef-d’œuvre non plus. Mais il est le plus honnête dans le sens où il ne se prend pas d’entrée de jeu pour un grand film, faisant au contraire preuve dans son exécution de la même simplicité que celle qui caractérise son propos. Et c’est ainsi que ce dernier trouve sa force : il ne se forge pas sur des tergiversations inutiles ni ne se déguise sous des apparats de complexité.


Il suffit ici de deux personnages très bien écrits, incarnés par deux excellents acteurs de comédie, au cœur d’un récit fluide, construit intelligemment et mêlant harmonieusement l’humour et le drame. Les deux héros sont réellement attachants, leur dynamique fonctionne à merveille, leur histoire d’amour est crédible. Certes, on regrettera que, face à la nécessité de relancer l’intrigue au trois quarts du film, un élément inattendu et tout sauf nécessaire intervienne et casse quelque peu l’équilibre. Mais pour le reste, exceptée la présence occasionnelle et plutôt amusante de Martin Sheen en barman robotique, le scénario se bâtit entièrement sur ces deux figures en perdition et leur évolution face à l’inconnu. Une évolution parfaitement logique, qui passe par l’incompréhension, la peur, la combativité, le désespoir, la résignation. Sans atteindre évidemment le vertige d’un Gravity, le film s’offre même le luxe d’illustrer en une seule scène ce que ne montre à aucun moment Nolan dans l’entier d’Interstellar : à bout de nerfs, seul face aux étoiles, Chris Pratt contemple ébahi la beauté terrifiante du vide spatial, avant d’y plonger pour de bon.

Porté par la musique inquiétante et mystérieuse de Thomas Newman, qui rappelle sa composition sur Wall-E, et par la très belle mise en scène de Morten Tyldum, qui gère avec précision le rythme et illustre admirablement le passage du temps, Passengers n’est pas qu’une romance à la fois drôle et touchante. Cet apparent petit film, sincère et attachant, pose malgré tout de vraies questions, pour certaines vertigineuses, aborde des thèmes passionnants, sans en faire des caisses, mais avec humilité, pour livrer au final une morale toute bête, mais belle : plutôt que de regretter ce que l’on n’a pas, autant profiter pleinement de ce que l’on a. Ou pourquoi faire compliqué, quand on peut faire simple ?

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