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Culture
Très Cher Kafka – Lettre au père à la Comédie de Genève
Adapter la Lettre au père au théâtre est un projet ambitieux. Restituer ainsi cette œuvre centrale dans la pensée de Kafka est un combat. Mais comme l’auteur, la pièce elle-même est en quête de liberté. Ainsi plutôt que de laisser le fils imaginer les réponses de son père, Daniel Wolf prend ses distances avec le texte original et livre une pièce basée sur un dialogue qu’il imagine entre Kafka et son paternel.


@Carole Parodi


C’est au cœur d’une modeste chambre que commence notre histoire. Pas de Kafka attablé à écrire sa lettre, pas de bureau, mais un lit, un banc et une chaise. Puis, plongée dans le noir avec une petite musique de film allemand des années 1920 qui se fait entendre. L’instant suivant, après une légère transition cinématographique, nous sommes dans une chambre avec Franz Kafka. Il est grand, imposant et bien vêtu ; ses cheveux bruns coiffés avec soin et son regard sérieux laissent place à un futur personnage de tragédie.

Après un regard par la fenêtre, Kafka entame un début de ce qui semble être une lettre de reproches à son père. Quelques phrases plus tard néanmoins, les draps du lit bougent et laissent apparaître celui-ci ! Le combat est alors engagé. Franz Kafka se lance dans un dialogue avec son père, Hermann Kafka. Grand, fort, moustachu et caractériel, cet homme en impose. Il réfute les accusations de son fils avec un regard dur. Pire, il se moque de lui et le traite de faible. L’ignorant quelques fois, Hermann sort de son lit et part chercher un verre d’eau dans la pièce voisine laissant l’écrivain à ses élucubrations.

Loin de ne s’entretenir qu’entre eux deux, les Kafka, ne s’adressent pas uniquement l’un à l’autre, en ennemis, en rivaux, mais également à leur public. Franz interpelle ce dernier, il veut raconter son histoire, lui qui a subi la pédagogie de son père, tandis qu’Hermann vient dans les rangées et conte à tous son histoire. Ces sales gosses qui ont eu la belle vie se plaignent de tout alors que les anciens, eux, ont mené une existence difficile ! « Nous, on savait ce que c’était que le père ! », déclare Hermann.

Derrière une première impression costaude, Franz se révèle plus faible peu à peu. Son teint pâle, ses quelques bégayements, ses mouvements lents sur le banc le montrent sous un jour moins glorieux. Pris dans sa toux, recroquevillé sur son banc d’église, Franz est semblable à un enfant fautif sans protection, qui souffrirait de sa propre culpabilité. Lorsqu’il revêt son costume de bourgeois industriel, Hermann en rajoute une couche et profite de faire comprendre à son fils qu’ils ne sont pas égaux. Pas encore tout au moins.

La littérature, passage obligé entre les rapports père-fils, n’est pas absente de ce duel. Franz, devenu écrivain en parallèle à son travail d’assureur, dit parler de son père dans tous ses romans. Mais qu’en pense Hermann ? Assis sur son lit, il prend l’un des livres de son fils, La Métamorphose, en lit un extrait : « En se réveillant un matin après des rêves agités, Gregor Samsa se retrouva, dans son lit, métamorphosé en un monstrueux insecte. » Le ton ironique ainsi que les quelques grimaces d’Hermann provoquent comme une satisfaction chez Franz, qui voit dans la littérature une potentielle liberté. Mais ce serait trop facilement nier la réalité. Car Gregor et Franz ne font qu’un. Des parasites, de la vermine coupable qui tentent de bâtir leur existence sur celles des autres.

Le banc d’église et l’attitude coupable de Kafka rappellent des confessions, comme celles d’un laïc qui chercherait à faire pardonner ses péchés dans un lieu sacré. Hélas, situation typiquement kafkaïenne dira-t-on, Dieu n’est pas là, et Franz ne peut pas se cacher. Il est à découvert, à la merci du pouvoir de son père. Quelques fois néanmoins, on se trouve surpris. Après avoir rendu son père coupable, Franz, son air inoffensif du début ayant laissé place à une attitude presque vengeresse paraît jouir de cette situation d’un plaisir malsain, comme un suceur de sang qui se nourrirait des remords de sa victime. Mais Hermann reste fort et se défend, peut-être trop certaines fois. Ne se rendant pas compte de la honte qu’il a infligée à Franz, il lui refuse le mariage et par conséquent une possible liberté et égalité entre eux. Moyens qui permettraient peut-être de pacifier un peu leurs rapports.

La représentation se conclut par un violent « parasite » exclamé par le père à son fils. Mais, on est en droit de se le demander : lequel des deux l’est-il réellement ? Serait-ce le faible Franz, qui n’a que peu d’aptitude à vivre et souhaite demeurer aux dépens de son père, ou bien alors le tyrannique Hermann qui « suce » lui-même la vie du pauvre Franz sans tenir compte de son bien ? En concluant de la sorte, il semble que le choix soit laissé au spectateur dans la réponse à cette question. En se distanciant ainsi du texte original (qui permet de terminer sur des rapports père-fils éventuellement pacifiés), la mise en scène place ainsi le public en qualité de remplaçant du « Dieu manquant » à cette confession touchante et virulente. Ainsi très cher Kafka, tu m’as récemment demandé pourquoi je prétends avoir peur de toi. Eh bien, je ne saurais que dire, si ce n’est que ce que tu décris, on croirait que c’est vrai.

Lettre au père / de Franz Kafka / mise en scène Daniel Wolf / La Comédie de Genève / du 22 novembre au 11 décembre 2016.

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