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Culture
NIFFF 2016 - Rencontre avec Christopher Smith
Christopher Smith, réalisateur de Creep et Severance, était présent au Neuchâtel International Fantastic Film Festival pour présenter son dernier film, Detour. Nous avons pu le rencontrer et lui poser quelques questions.


Hétéroclite et peu connue du grand public, la filmographie de Christopher Smith est indéniablement de celles qui auront donné ses lettres de noblesse au cinéma de genre britannique de ces dernières années. Explorant à chaque coup un univers différent, le cinéaste démontre une réelle ingéniosité dans sa façon d'aborder le genre et réinvente sans problème les schémas connus. Son premier film, Creep, se pose déjà en modèle de slasher, habilement transposé dans les méandres du métro londonnien. Suivra Severance, survival cynique qui dézingue le monde de l'entreprise à coup d'humour noir bien senti. Avec Triangle, s'il reste dans le même genre, il change à nouveau de cadre et part surtout dans un procédé narratif très ambitieux : exploitant jusqu'à la moelle son principe de paradoxe temporel, ce troisième film se révèle être un véritable bijou d'écriture. Pour sa quatrième réalisation (d'ailleurs récompensée au NIFFF en 2010), Smith change encore de registre pour investir l'Angleterre du XIVe siècle : sans doute son meilleur film, Black Death est un récit désanchanté, anti-chevaleresque, et par-dessus tout une brillante analyse de la religion, de ce qui sous-tend la foi et de l'aliénation que peuvent entraîner certaines croyances.

Chez Smith, tout part souvent d'une simple idée, d'une image entêtante ou d'une question à résoudre. Lors d'un voyage en métro, il se met à imaginer qu'une personne rate la dernière rame et se retrouve enfermée dans la station durant toute une nuit : l'exploration de cette idée donnera Creep. De même, Triangle naîtra d'une simple image qui lui revient sans cesse en tête, celle d'une femme qui se voit elle-même en un endroit différent.

Très inventifs dans leur forme, les films de Christopher Smith ne sont pas uniquement des exécutions brillantes de concepts malins, ces derniers cachant également un véritable propos. De la bimbo superficielle de Creep au moine pécheur de Black Death, ses histoires sont toutes celles de héros qui font de mauvais choix et doivent en assumer les conséquences.

Detour

Un cinéaste à l'oeuvre riche, donc, qui revient aujourd'hui avec un nouveau film prometteur, Detour, dans lequel un jeune homme s'associe avec un malfrat et une strip-teaseuse pour assassiner son beau-père, qu'il considère responsable du comas de sa mère. Avant de revenir plus en détails sur ce nouveau bijou, voici le contenu de notre rencontre avec Christopher Smith.


L'auditoire : Vous êtes de retour au NIFFF six ans après y avoir été récompensé pour Black Death. Comment vit-on ce festival lorsqu'on y présente un film en compétition ?

Christopher Smith : C'est incroyable ! C'est difficile de décrire ce qu'on ressent quand on fait un film. Vous vivez avec pendant longtemps avant, surtout si vous l'écrivez vous-même, puis vous le réalisez. Et ensuite c'est comme une séparation : j'ai toujours ressenti ça comme une rupture sentimentale. Quand on va en festival, c'est l'état final de la relation, le dernier au revoir. Parce que dès que les gens le voient, ce n'est plus votre film. Coppola avait dit à propos du Parrain qu'il le considérait comme un abat-jour : il ne signifiait rien pour lui, car tout ce qu'il en retenait était le souvenir du processus de création. C'était un travail éreintant, pour ne pas dire un véritable enfer, il souffrait chaque jour. Mais pour revenir au NIFFF, je pense que c'est un très bel événement. Pour moi, il fait partie des festivals que l'on sent très unis, tout y est très contenu, la ville n'est pas très grande et on a l'impression que tous les gens présents sont ici pour le festival. Quand vous allez au London Film Festival, vous avez l'impression d'être à Londres, idem à New York. Les meilleurs festivals de cinéma ont lieu dans des endroits comme ici : Sitges, Locarno... Parmi les grands festivals, Cannes est également incroyable, car ce n'est pas un lieu gigantesque et ça rend l'expérience meilleure : tout le monde est ici pour les films, tout est dédié au cinéma. Et je pense qu'on le sent ici à Neuchâtel, c'est comme une bulle créée autour du cinéma.

Detour

Plusieurs de vos films sont nés d'une simple idée ou d'une image entêtante que vous aviez à l'esprit : l'idée de Creep vous est venue durant un voyage en métro de nuit, celle de Triangle...

...Celle de Triangle m'est venue avec l'image d'une femme qui regarde la mer depuis un bateau et se voit elle-même sur un voilier. Oui, la plupart sont nés d'une simple idée, mais ils sont également tous influencés par de nombreux films. Detour est influencé par mon amour de La Femme au portrait de Fritz Lang, un film noir avec Edward G. Robinson qui tue accidentellement le copain d'une femme avec qui il n'aurait pas dû être dans une chambre d'hôtel. C'était de la légitime défense, mais comme il n'aurait pas dû être dans cette chambre d'hôtel, parce qu'il est marié, il ne peut en parler à personne. Ils décident donc ensemble de se débarrasser du corps en l'enterrant dans les bois. Et ça raconte comment, ensuite, la culpabilité commence à le rattraper, avec une fin brillante, qui ne fonctionnerait plus aujourd'hui, mais qui convenait tout à fait au film. Mais ça ne traite pas vraiment de la culpabilité au même niveau que celui de Detour.

Et pour Detour, y avait-il également une simple idée ou image à l'origine ? Quel était le projet ?

L'idée du film m'est venue il y a longtemps, aux alentours de 2007. Ça fait donc longtemps que j'essayais de monter un thriller du genre Paranoiak, j'avais cette idée en tête, je n'avais jamais réussi à l'écrire. J'avais les bases, une histoire à twists plutôt habile, mais ça devait être plus que ça. Je n'aime pas les films qui sont juste des films à twists. Au final, dans Detour, ce n'est pas un twist, je ne l'utiliserais pas si ce n'était que ça, c'est un éclaircissement. Sur ce film, il n'y avait pas vraiment d'idée précise autre que faire un film du genre Paranoiak, soit un thriller à la Hitchcock. C'est donc très hitchcockien dans le style, il y a beaucoup de mouvements de caméra.


Quant au cadre du récit, il rappelle un peu celui du Duel de Spielberg...

Oui, Duel était aussi une grande influence. De même que U-Turn d'Oliver Stone. Detour est dans l'esprit de ces deux films. Duel part d'une idée très simple, et c'est brillant. Pour revenir à cette question des idées entêtantes qui donnent lieu à des films, j'avais l'idée d'un film sur le Yéti. Je ne peux pas me la sortir de la tête, elle revient constamment à moi, il faudra donc que je la réalise. Et j'ai pensé à un angle très amusant qui pourrait être vraiment malin et plutôt inédit.

Va-t-on donc voir prochainement un film sur le Yéti ?

Oui, je pense. C'est comme un film dans un film, et maintenant je pense que j'ai les moyens techniques pour le réaliser. Je devrais pouvoir marier la comédie et l'horreur. Si c'est fait de la bonne manière, ça peut marcher.

Vous avez investi des univers et des genres très différents. Néanmoins, il me semble que chacun de vos films raconte au fond la même histoire, celle de personnages qui font de mauvais choix et sont punis pour ça. Cela me semble être particulièrement le cas dans Detour, où la question du choix est centrale au récit.

Oui, tout à fait, vous avez raison. C'est exactement ce dont traite Detour : le choix. A la fin, le personnage féminin dit au héros : "Pourquoi tu n'as pas simplement appelé un avocat ?" Ce qui est vrai : en réalité, c'est venu d'un électricien qui travaillait sur le plateau. La plupart de ces types ne lisent pas le script qui est tourné, ils se contentent de faire leur boulot, mais lui était intéressé et l'a donc lu. Et il m'a dit : "Ce scénario est une excellente idée, mais il y a juste une faille : pourquoi est-ce que le héros n'appelle pas simplement un avocat ?" Et là, je me suis dit : "Merde, il a raison !" C'était juste avant qu'on commence à filmer, j'ai donc rajouté cette réplique à la fin. Et au final, ce n'est pas une faille, je pense que ça prouve que le récit est pertinent : s'il était allé voir un avocat, tout se serait bien passé pour lui. Mais il ne le fait pas, il fait justement le mauvais choix et doit ensuite en assumer les conséquences.

Detour

Pour terminer, avez-vous déjà un nouveau projet en route et, si oui, de quoi s'agit-il ?

Oui, je suis actuellement en train d'écrire un film qui s'appellera The Undertaker et qui racontera l'histoire d'un homme au lourd passé, qui a pris des décisions difficiles mais pour les bonnes raisons. C'est un ancien de l'IRA qui vit maintenant aux Etats-Unis et se retrouve embarqué malgré lui dans une mission pour sauver sa famille. Ce sera un peu comme Taken.

Et avec toujours cette idée du choix et de ses conséquences...

Lui, il a fait un choix il y a longtemps, celui de rejoindre l'IRA, et doit maintenant vivre avec. Mais à travers ce choix, il en a fait un autre... Oui, c'est intéressant cette idée du choix. La vie n'est faite que de choix. Vous avez raison, tous mes films parlent de ça et racontent comment des gens deviennent ce qu'ils sont. Dans Creep, on apprend finalement que l'antagoniste est devenu mauvais parce qu'il a eu une enfance terrible. Et dans Severance, on a d'anciens combattants de la liberté qui sont devenus des tueurs. Il y a un fait très simple auquel je crois : si vous regardez les films qui ont été produits durant la guerre en Irak, entre 2003 et 2004, quand les révélations sur Abu Ghraib ont eu lieu, on a soudain vu apparaître tous ces films de torture porn (Saw, etc.). Et ensuite, après la guerre, quand on a réalisé qu'il n'y avait finalement pas d'armes de destruction massive, une série de films est apparue comme Moon, Triangle ou encore Timecrimes (ce film espagnol que je n'ai jamais vu mais qu'on compare souvent à Triangle), dans lequel le méchant se révèle être le héros lui-même. Ça révèle selon moi l'émergence d'un questionnement général : sommes-nous les méchants ? Je pense que la plupart des films, pas seulement les miens donc, sont influencés par l'actualité et les événements que perçoivent leurs auteurs.

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