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Culture
« Cieux indolents, qu'attendez-vous ? Frappez... Déversez vos foudres sur la tête du traître. »
L'Opéra de Lausanne a donné en avril dernier Ariodante, de Handel. Entre une mise en scène loufoque et une fin tout simplement irrespectueuse, il s'agit là d'un échec que la qualité de l'orchestre peine à rattraper. Retour sur une production décevante.

Lurcanio et Polinesso lors de leur duel. © Marc Vanappelghem

Ariodante, c'est l'histoire d'amour entre le héros éponyme et sa belle Ginevra, fille du roi d'Ecosse. Leur amour est béni par le roi, mais l'intriguant duc Polinesso, qui veut posséder Ginevra, vient interférer. Il utilise l'amour de Dalinda, servante de Ginevra, pour la faire se déguiser en sa maitresse et simuler une scène d'amour avec lui pendant qu'Ariodante les observe. Ce dernier, se croyant trahi par la femme qu'il aime, veut se donner la mort, mais son frère Lurcanio, qui a également été témoin de la scène, l'incite plutôt à se venger de la traîtresse. Ariodante s'enfuit et on rapporte son suicide au roi. Lurcanio vient alors dénoncer Ginevra, sur qui il place la responsabilité du suicide d'Ariodante. Le roi la condamne à mort pour avoir brisé l'équilibre du royaume ; n'ayant pas de fils, il comptait faire d'Ariodante son héritier. Ariodante, qui n'est pas mort, croise la route de Dalinda, poursuivie par des sbires de Polinesso, qui veut se débarrasser du témoin gênant qu'elle est devenue. Il la sauve et apprend d'elle la vérité. Au château, Polinesso se porte garant de l'innocence de Ginevra, au désespoir de celle-ci ; Lurcanio et lui se battront en duel. Lurcanio gagne et Polinesso est blessé à mort. A ce moment arrive Ariodante, prêt à défendre la vie et l'honneur de sa bien-aimée ; parmi l'étonnement de tout le monde de le voir en vie, Odoardo, favori du roi, annonce que Polinesso a confessé ses noirs desseins sur son lit de mort. Dalinda se repent de ses torts et de son amour pour le duc malveillant. Le roi, heureux de ce dénouement, remet sa fille en grâce et celle-ci s'éveille de sa torpeur. Dalinda accepte enfin les avances de Lurcanio, et Ariodante et Ginevra sont enfin réunis. Tout est bien qui finit bien.

Ça, du moins, c'est la fin officielle et conforme au livret. La mise en scène de Stefano Poda a transformé les réconciliations heureuses des deux amoureux en un drame dans lequel Ginevra, en se réveillant, s'enfuit en pleurant – alors même qu'elle chante un duo d'amour –, à la suite de quoi Ariodante se retrouve tout seul au milieu de la scène et que derrière lui défilent tous les personnages de l'œuvre dans une sorte de lucarne, où ils semblent des fantômes qui jugent et condamnent Ariodante – et pendant ce temps, le chœur chante le triomphe de l'amour et de l'innocence. Un décalage, donc, entre le livret et la mise en scène, qui ne manque pas de faire grincer des dents. L'Opéra de Lausanne se moque de son public. Un opéra issu du canon comme Ariodante n'est pas le bon endroit pour faire des

A moitié fermés, les plateaux coulissantes permettent de jouer sur deux plans. © Marc Vanappelghem
expérimentations théâtrales de ce genre. Laissons pour cela les créations contemporaines, et ne touchons pas aux œuvres anciennes, où le public a des attentes claires et précises, dictées à l'avance par la tradition. Qu'on ne se méprenne pas : il est important de ne pas rester (f)rigide dans une tradition et de toujours la questionner ; remettre des opéras au gout du jour, les adapter à la situation actuelle, oui, pourquoi pas, si c'est bien fait. Mais il faut aussi rester dans des limites, qui ont, en l'occurrence, clairement été franchies. Le résultat est vraiment décevant, d'autant plus qu'il s'agissait du seul opéra baroque de la saison, période musicale qui se prête peut-être le moins aux modifications. A la suite du suicide de Benoît Violier, chef étoilé de l'Hôtel de Ville de Crissier, un article retraçant sa vie a mentionné son attachement aux valeurs traditionnelles de la cuisine, et mentionnait son incompréhension face aux cuisiniers qui servaient des truites au kiwi ou d'autres mélanges improbables et peu réussis. Je me permets ici l'analogie : laissons les truites au kiwi au tiroir des expérimentations et donnons au public les plats traditionnels qu'il demande.

Mis à part cette fin, la mise en scène, de manière générale, n'était pas très intéressante non plus. Elle consistait sur l'avant-scène en deux plateaux coulissant, chacun pouvant recouvrir la moitié de la scène et donc se réunir au milieu pour cacher totalement le reste ; ces plateaux servaient tantôt de chambres, tantôt de couloirs, tantôt de geôles, et l'un avait les murs couverts d'yeux gravés, tandis qu'il s'agissait d'oreilles pour l'autre. La symbolique de cela reste un mystère… Lorsque ces plateaux s'ouvraient, apparaissait une grande salle de marbre blanc, vide de tout mobilier, dans lequel les personnages pouvaient évoluer librement. Lors du duel entre Lurcanio et Polinesso, ceux-ci se trouvaient sur deux sphères suspendues en l'air au milieu de cette salle. Au-dessus de cette salle, une dalle abaissable et rotative, portant un parterre d'épis de blés, et de laquelle descendent vingt mains tendues vers la scène.

Les mains du plafond se rapprochent de plus en plus d'Ariodante. © Marc Vanappelghem

Toujours dans le registre du visuel, le jeu des personnages était peu intéressant. En particulier, les déplacements des hommes se limitaient à des aller-retour qui n’apportaient rien aux scènes ; au niveau du visage, les mêmes mimiques et grimaces, sensées transmettre des émotions, étaient répétées et exagérées tant de fois qu’elles en devenaient tout simplement ridicules et pénibles à voir. Les femmes ont su donner plus de naturel à leurs personnages. Parlons enfin des costumes, dernière curiosité, mais plutôt positive. Les hommes portaient des pantalons et vestes de cuir noir, qui se terminaient par de longues queues tombant jusqu’au sol ; l’effet triomphant de cette queue flottant en l’air lors de demi-tour rapides, bien que répété trop souvent, permettait de dynamiser les scènes souvent par trop statiques. Dalinda et Ginevra portaient des robes généralement noires (Ginevra en change plusieurs fois), sans distinction particulière, si ce n’est un accessoire faisant penser à une carapace ou aux ailes d’une coccinelle que Ginevra porte à un moment, et que Dalinda utilise pour se déguiser en sa maîtresse. Dernier mystère : tous les personnages portaient des gants rouges sauf Ariodante, et seuls certains portaient des chaussures, le reste allait pieds nus.

La distribution a donné le rôle d’Ariodante à Yuriy Mynenko, contreténor ukrainien. Pourtant le rôle-titre, il a peiné à convaincre, restant peu expressif. Même constat pour Ginevra, interprétée par Marina Rebeka, qui a par ailleurs eu des difficultés à tenir jusqu’à la fin et qu’on a vu tousser. Dalinda, alias Clara Meloni, rehausse le tableau : bien plus expressive et agile vocalement que sa maîtresse, elle a également su utiliser au mieux la scène et les mouvements de son personnage. Jérémie Dumaux, qui incarnait le duc Polinesso, est celui qui a véritablement brillé dans cette production. De loin le plus agile de tous dans les vocalises, il a aussi réussi à jouer, pour ainsi dire, avec sa voix pour donner du relief à son personnage. Le roi d’Ecosse, Lurcanio et Odoardo, ont été respectivement interprétés par Johannes Weisser, Juan Sancho et Jérémie Schütz – les trois étaient passablement décevants, manquant de précision et de finesse. On est finalement déçu de voir que les deux chanteurs qui se sont le plus distingués n’ont pas tenu les rôles principaux.

Au final, le seul point réellement positif de cette production, c’est l’orchestre et la direction. L’Orchestre de Chambre de Lausanne, sous la direction de Diego Fasolis, était riche en finesse et en subtilité, toujours précis sur les temps et l’articulation et regorgeant de couleurs variées. Le basso continuo, joué par un clavecin, un théorbe et un violoncelle, était particulièrement bon, laissait s’alterner les instruments, variait ses réalisations et a su tenir l’histoire en haleine. Le chef, prenant parfois le clavecin, était très présent, très engagé dans sa direction, et a su insuffler cela aux musiciens. La grande liberté laissée aux chanteurs pour les cadences finales a donné beaucoup de virtuosité aux airs.

En conclusion, et ce malgré la qualité de l’orchestre, cette production reste une grosse déception : une mise en scène peu intéressante voire dérangeante, un décalage expérimental inacceptable entre le livret et le jeu et une distribution sans grand intérêt. Espérons que le Faust de Gounod, en juin prochain, saura clore cette saison 2015-2016 avec plus de succès.

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