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Culture
Entre fanfare et lyrisme

L'Opéra de Lausanne a donné à la mi-mars La fille du régiment de Donizetti, ramenant le plébiscite du public à l’Avenue du Théâtre. Retour sur un succès digne des plus grandes salles.

« Au bruit de la guerre j’ai reçu le jour… A tout je préfère le son du tambour ; sans crainte, à la gloire je marche soudain… Patrie et victoire, voilà mon refrain ! »


La fille du régiment, c’est un savant mélange d’humour, de théâtre, de fanfare et de lyrisme, avec une dose habituelle d’amour heureux. Difficile de ne pas avoir la main lourde pour une des composantes et de délaisser les autres, me direz-vous. C’est pourtant ce que l’Opéra de Lausanne a su faire avec brio pour cette production qui s’est attiré la faveur du public lausannois.

Dans un Tyrol occupé par les troupes françaises au début du XIXe siècle, le beau vingt-et-unième régiment a la particularité de compter parmi ses rangs Marie, la vivandière, recueillie alors qu’elle n’était qu’un bébé. Le régiment est son papa, elle est sa fille, et tout le monde s’aime au son des tambours battants. Seulement, il faut bien qu’elle tombe (littéralement) un jour sur un beau jeune homme, Tonio, et qu’un amour naisse entre eux. Ils s’aiment et veulent s’épouser, mais le sergent du régiment, Sulpice, fait remarquer à Marie qu’elle a promis le matin-même de n’épouser qu’un membre du régiment ! Tonio, pourtant tyrolien, s’engage donc sous les drapeaux français pour pouvoir l’épouser. Entre temps, la marquise du coin, venue demander de l’aide aux soldats, s’aperçoit en discutant avec Sulpice que Marie est la fille de feue sa sœur, et ainsi sa nièce disparue alors qu’elle était encore un bébé. Elle est donc l’héritière de sa fortune, et doit impérativement quitter le régiment pour venir vivre au château de Berkenfield. Son départ précipité sème le trouble, et laisse Tonio effondré. Marie se retrouve enfermée dans une prison dorée, où sa tante essaie tant bien que mal de lui apprendre les bonnes manières de son rang. Sulpice, qui l’a accompagnée, met pour sa part involontairement des bâtons dans les roues de ces leçons de courtoisie... Alors que la jeune fille s’apprête à signer son contrat de mariage, le régiment débarque pour lui faire une surprise. Souhaitant à tout prix épouser Marie, Tonio annonce qu’il tient de source sûre que la marquise n’a jamais eu de sœur, et qu’elle n’a donc pas de nièce. Ils partent faire la fête. La marquise avoue alors à Sulpice en secret qu’elle n’est en fait non pas la tante mais la mère de Marie ; les règles strictes de la noblesse l’empêchent d’avouer publiquement ce lien de parenté, issu d’un amour de jeunesse illicite. Alors que les invités arrivent pour assister à la signature du contrat de mariage, le régiment revient et Tonio expose la vie de Marie : qu’une ancienne vivandière, éduquée par un régiment toujours en campagne puisse épouser le plus noble héritier du pays est impensable ! Prise de court, la marquise reconnaît finalement, par égard pour Marie, qu’elle est sa mère, et accorde aux tourtereaux le droit de se marier.


Le régiment haut en couleur chante des hymnes militaires © Marc Vanappelghem


Sur cette histoire rigolote et facile à comprendre, l’Opéra de Lausanne place une distribution éclatante. Julie Fuchs, pour ses débuts dans l’institution, prend le rôle phare, et présente une Marie profondément sympathique, drôle et vivante. Son jeu naturel ne laisse pas de côté sa voix suave et profonde ; les vocalises sont assurées avec prestance et les (sur-)aigus résonnent par-dessus l’ensemble de l’orchestre et du chœur avec une justesse parfaite. Tonio est chanté par Frédéric Antoun, l’autre tête d’affiche de la soirée. Le jeune ténor montre une voix ancrée dans la terre et très délicate ; au contraire d’autres chanteurs du même registre, qui laissent s’échapper un vibrato continu qui rend le tout incompréhensible, on a là droit à une voix très naturelle et lisse. On remarquera particulièrement l’air « Ah, mes amis! », où la voix enchaîne neuf contre-ut brillamment exécutés : le public en redemande ! Pierre-Yves Puvot dans le rôle de Sulpice et Anna Steiger dans celui de la marquise incarnent à merveille leurs personnages comiques, et le tout est agrémenté de l’habitué des lieux Alexandre Diakoff qui joue un valet Hortensius, précieux et ridicule comme on les aime. Le chant est toujours très naturel, il n’y a rien de forcé, et pour finir, les « r » ne sont pas roulés. Le texte est donc très clair, interprété par une distribution francophone : on se passerait presque des surtitres ! C’est sans doute un des éléments clés qui derrière le succès de cette production.

Les solistes ne sont toutefois pas les seuls à faire de la musique : le chœur de l’opéra de Lausanne, représentant principalement le régiment, sait convaincre par ses hymnes de guerre de bonne vie, et devient véritablement un personnage à part entière tant il est présent. L’Orchestre de Chambre de Lausanne accompagne tous ces chanteurs, sous la baguette de Roberto Brizzi Brignoli et sait entretenir la beauté du début à la fin ; la ligne de cor tenue sans faille au cours de l’ouverture malgré la difficulté, y est la prouesse la plus remarquable.


Marie, Tonio et Sulpice complotent chez la marquise © Marc Vanappelghem


Sur scène, la jeune distribution éclatante est mise en valeur par une mise en scène fluide et agréable. Dans le premier acte, l’arrière-fond et le sol sont noirs et sobres, et les éléments fixes rares et noirs également. Cependant, pas d’étouffement ni de lourdeur, au contraire : les mouvements nombreux et les costumes apportent beaucoup de légèreté. Dans l’acte II toutefois, le sol et les murs latéraux resplendissent de motifs colorés des années 1970, et les nombreux éléments et décors remplissent l’espace, à tel point que le mélange des deux donc justement un sentiment d’étouffement que l’on ne trouve pas dans l’acte I, et qui fait écho à l’emprisonnement de Marie par sa tante/mère dans son château. Les costumes sont colorés et historiques, situés à la fin du XIXe, à l’exception notable du régiment : leurs tenues sont faites de toutes sortes d’habits militaires et d’armures de toutes les époques ! On y trouve donc plastrons romains, casques à plumes, baïonnettes ou lances, comme bottes de cuir, et bonnets d’officiers… Ce qui se remarque le plus sur les soldats, c’est leurs visages : à part Sulpice, lourdement maquillé, tous portent des masques de clowns, qui couvrent la totalité ou une partie de leurs visages, et leur donnent un côté presque inquiétant. Peut-être est-ce une allusion aux gueules cassées de la Première Guerre mondiale… Ces masques participent en tout cas à la déconstruction des soldats en tant que personnes individuelles et à leur reconstruction en un seul personnage : le régiment.


Le final fait éclater les confettis et le bonheur ©Marc Vanappelghem


Finalement, parlons un peu de la musique même. L’Opéra de Lausanne, avec L’Enfant et les Sortilèges en novembre dernier, ou Le Petit Prince la saison passée, avait fait le pari risqué de programmer trop souvent des œuvres trop modernes et peu accessibles à un public non averti, surtout avec un nombre aussi réduit de représentations par saison. Cette production-ci est l’exemple canonique d’un opéra grand public qui plaît rapidement à tout le monde, autant à ceux qui vont à l’opéra la première fois qu’aux habitués, musiciens amateurs éclairés ou professionnels. Musicalement, elle a tout ce qu’il faut pour plaire : des passages de discussion type récitatifs (bien que ce n’en soit pas réellement, les vrais dialogues étant parlés et non chantés), des passages de chœur militaires et d’autres très harmonieux, des chansons d’opérettes drôles et simples, et puis des airs lyriques qui n’ont rien à envier aux plus grandes œuvres du répertoire romantique. Au final, on peut se demander ce qui fait qu’on classe cette œuvre comme un « opéra comique » et non comme une opérette ; quand on compare avec Orphée aux Enfers d’Offenbach, par exemple, il semble difficile de tracer une réelle frontière qui classe l’un dans une des catégories et l’autre dans l’autre selon des critères musicaux : les deux comportent des dialogues parlés (et sont typiquement chantés sans rouler les « r », ainsi que des passages légers, des chœurs endiablés et finalement des airs lyriques. Quoi qu’il en soit, le tout est vraiment très agréable à écouter, et le public semblait triste ce soir-là que l’œuvre ne soit pas plus longue.

En résumé, franc succès pour l’Opéra de Lausanne qui marque ici un grand coup dans une saison qui, après La Cenerentola en octobre, commençait à s’enliser. Entre lyrisme, légèreté, humour et vie, La fille du régiment donne de grands espoirs pour l’Ariodante de Handel, à découvrir à en avril prochain.

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