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Culture
Le chant des cigales
En mars, le théâtre Kléber-Méleau a accueilli celui de Carouge avec, dans une mise en scène de Jean Liermier, La vie que je t’ai donnée, écrite en 1923 par Luigi Pirandello. Programme alléchant, retour mitigé.

Donn’Anna retrouve son fils après de longues années d’absence. Tout juste rentré au foyer, le jeune homme meurt, sauf pour sa mère, qui ne peut accepter tel événement. Car Anna continue à se battre pour qu’il demeure à jamais vivant dans son cœur et dans celui de ses proches. Est-elle folle d’affirmer que son fils « est vivant de toute la vie qu’elle lui a donnée » ou sont-ce les autres qui sont incapables de concevoir que l’on puisse continuer à vivre dans les yeux de ceux qui nous aiment ? Lorsque Lucia, amante du fils, arrive, sans savoir que l’homme qu’elle aime est mort, Anna tente de lui expliquer qu’il est toujours vivant, au profit d’une scène magistrale, riche de quiproquos et de doubles sens. Mais Lucia est enceinte. Après tout, peut-être que le fils d’Anna « vit en elle comme l’amour d’un homme peut vivre en une femme ». Libre à chacun d’interpréter. Comme l’annonce Omar Porras au début de la représentation, ce texte est une véritable « ode à la vie », dont la beauté des tournures n’a d’égale que la force du chant des grillons et du ciel toscan…


L’intendante, Elisabetta, le neveu, Flavio, et la nièce d’Anna, Lida. ©Avant-scène Théâtre


Et c’est avec simplicité que Liermier a voulu redonner au texte sa grandeur : le décor est une immense pièce d’ombre fraîche, meublée d’un secrétaire, d’une chaise et de quelques photographies. Avant le lever du rideau, une immense tenture noire laisse transparaître trois petites flammes vacillantes. Trois sœurs veillent devant la porte de la chambre du défunt, juste à côté. Au lever de rideau, le soleil, d’abord froid, s’immisce peu à peu par la fenêtre. Alors que le soleil croît puis décroît, peu avant l’arrivée de Lucia, Anna orne tout son salon de plantes vertes, qui ajoutent couleur et vie. La nuit s’écoule puis vient le matin. Un matin de printemps, des chants de grillons et d’oiseaux, une lumière qui transportent instantanément en Italie. Liermier a l’œil pour poser une atmosphère. Il a également choisi avec une grande justesse les costumes. Ceux-ci, simples et pourtant si évocateurs, sont inspirés pour une large part des vêtements portés par ses comédiens. Quant aux acteurs, chacun correspond à l’image que l’on peut se faire des personnages.

Cependant, malgré cette séduisante mise en scène, la pièce reste déconcertante. En cause : le jeu. Celui-ci est traîté d’une façon extrêment particulière, assurément risquée. A chaque fois qu’un personnage ne parle pas, il se fige totalement et devient impassible avant d’inspirer profondément puis de reprendre son texte. Lorsqu’on interroge Liermier, il explique que l’écoute est pour lui fondamentale : il faut que les personnages écoutent de tout leur être. L’impassibilité, elle, est là pour que le spectateur ne soit pas orienté : il doit se faire sa propre opinion sur ce qu’il a devant les yeux.

L’idée de départ est plaisante mais le résultat manque de naturel. Car il en ressort un jeu est saccadé qui altère la justesse – pourtant bien présente – des comédiens. Les répliques sont découpées, les silences ne soufflent pas assez et l’ensemble contient peu d’énergie, beaucoup de douceur toutefois. Quant aux effets de cette impassibilité entretenue, il est difficile de suivre à la fois le fil principal et le cheminement intérieur des personnages, qu’il est question d’imaginer. Nous ne sommes finalement pas invités à entrer dans la vie d’Anna, de Lucia et des autres, car nous ne pouvons accéder à leur intériorité, ce qui est fort regrettable au vu de la richesse, scénographique notamment, qui constitue le reste de la pièce. N’ôtons pas à Liermier son regard fin sur l’aspect esthétique : les tableaux que les comédiens créent pour l’œil sont d’une belle qualité et l’apparition discrète du fils, suggérée par un simple déplacement de chaise, est à couper le souffle. Malheureusement, ces instants de grâce sont bien courts…

La vie que Pirandello « traquait » avidement était donc à chercher ailleurs que dans les silences. Peut-être dans les mots écrits, dans la lumière généreuse d’Italie, ou dans les chants des oiseaux… Ou dans le grincement d’une chaise.

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