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Culture
Le secret derrière la porte
Spotlight
De Tom McCarthy | Drame
Avec Michael Keaton, Mark Ruffalo et Rachel McAdams



Il y a quelques semaines, nous profitions de la sortie en salles de Steve Jobs pour questionner le genre du biopic et son rapport avec la réalité qu’il adapte. Nous arrivions à la conclusion que le cinéma crée par définition de la fiction et qu’il est donc naturel, si ce n’est nécessaire, qu’il prenne des libertés dans la forme. L’important étant moins le déroulé exact des faits que leur résultat. Le constat semble pouvoir s’étendre à toute adaptation filmique de fait réel. Néanmoins, la problématique devient plus délicate lorsqu’il s’agit d’un sujet récent et surtout sensible. Peut-on alors se permettre une mise en forme apparente ? Doit-on également élever la réflexion au point de dépasser les faits adaptés, et ainsi prendre le risque de s’en écarter ? C’est la question qu’a dû se poser Tom McCarthy pour Spotlight. Et sa réponse, logique, constitue à la fois la force et la limite de son film.

Ce dernier revient sur le scandale des abus sexuels au sein du diocèse de Boston, révélé en 2002 par l’équipe d’investigation Spotlight du Boston Globe. Retardée suite aux événements du 11 Septembre, l’enquête des journalistes mettra au jour un véritable réseau pédophile impliquant plus de huitante prêtres, cautionné et couvert par l’archevêque de Boston depuis une quarantaine d’années.


Célébration du journalisme dans ce qu’il a de plus noble, Spotlight s’inscrit dans la tradition du thriller paranoïaque des eighties. La principale référence de McCarthy est ainsi Les Hommes du Président d’Alan J. Pakula, qui revenait sur l’affaire du Watergate. L’inspiration se retrouve ainsi jusque dans le discours final qu’adresse le patron du Boston Globe à son équipe, sensiblement identique à celui qui concluait le film de Pakula. De même que les deux journalistes du Washington Post, ceux du Boston Globe se retrouvent face à un organisme tentaculaire qui semble avoir prise sur tout. A plusieurs reprises, McCarthy illustre dans son cadre l’omniprésence de l’Eglise catholique : il montre régulièrement des cathédrales en arrière-plan, partant par exemple d’une discussion entre deux personnages avant de dézoomer pour laisser apparaître un imposant temple qui semble les écraser de toute sa masse.

Pour autant, Spotlight ne se pose pas en bête réquisitoire contre la chrétienté, son discours sur la religion restant au contraire relativement fin. Le film n’attaque pas la croyance en soi (il n’aborde d’ailleurs presque pas le sujet), mais bel et bien l’institution religieuse elle-même. Comme l’explique Richard Sipe, un informateur capital que l’on n’entendra qu’au téléphone (doublé d’ailleurs par l’excellent Richard Jenkins) : « Ma foi est éternelle, l’institution non. »


Son matériau de base étant particulièrement sensible et difficile, Spotlight reste très précautionneux, n’insiste pas sur l’horreur des faits et joue la carte de la sobriété à tous les niveaux. Ainsi en est-il de la mise en scène (épurée au maximum), du casting (les monstrueuses têtes d’affiche incarnent ces héros du quotidien tout en finesse) et même de la musique (Howard Shore livre une partition étonnamment discrète).

En bref, le tout est très sobre ; peut-être un peu trop sobre, pourrait-on regretter. Certes, le parti pris apporte une authenticité, mais semble du même coup cadenasser quelque peu le propos. Le sujet justifie sans doute la sobriété, mais les thématiques qu’il soulève peuvent également laisser attendre un traitement plus percutant pour un rendu plus fort. Or, exceptés les quelques éléments formels relevés plus haut, McCarthy reste continuellement dans la mesure. Le reproche peut paraître paradoxal, mais Spotlight ne dépasse jamais vraiment son sujet.


Le film aurait pu creuser davantage la place de la foi dans la société américaine, de même que l’impact du 11 Septembre (les deux étant intrinsèquement liés dans la résolution de l’affaire). Il le fait bien par bribes, notamment dans plusieurs échanges entre les journalistes qui partagent leur rapport à l’Eglise ou s’interrogent sur la pertinence de publier cette sinistre histoire alors que le pays sort à peine de l’horreur. Mais le sous-texte reste globalement trop discret pour être réellement approfondi. En se frottant à un tel sujet, McCarthy marchait indéniablement sur des œufs, mais il aurait pu néanmoins bousculer un peu plus son public, en le mettant face à un dilemme plus fort et une incompréhension plus grande. Bien sûr, les faits semblent se suffire à eux-mêmes, mais le cinéma est là pour en exacerber les problématiques sous-jacentes et en décupler l’impact.

Ainsi, Spotlight n’est peut-être pas le grand film que les victimes de l’Oscar-mania vantent à tort et à travers. Néanmoins, ses limites ne l’empêchent nullement de s’imposer comme un drame efficace à l’exécution propre et aux intentions nobles. Quand bien même il ne les explore pas jusqu’au bout, il a tout du moins le mérite de soulever de vraies thématiques interrogeant le journalisme, l’institution religieuse et leur rapport respectif avec la société dans laquelle ils évoluent. A défaut d’apporter les réponses, Spotlight pose au moins les questions.

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