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Culture
Road Trip Théâtral, Etape 4, Théâtre de Beausobre, Morges
Après le Système, Beausobre accueillait la Comédie-Française pour une soirée autour de Georges Dandin et de La Jalousie du Barbouillé de Molière. Bien qu’elles aient la même intrigue, la première sera « classique », la seconde plus expérimentale.

Moins complexe que le Misanthrope, moins subversive que le Tartuffe, Georges Dandin ou le Mari confondu est une aimable « comédie morale » qui suggère qu’épouser plus noble que soi n’apporte que tristesse et désillusion. En deux mots, Georges Dandin, paysan enrichi, a épousé Angélique de Sotenville, de la bourgeoisie campagnarde. Ruinée, la famille de son épouse lui offre une situation en échange de son argent. Cependant, la jeune femme cocufie sans vergogne son époux et celui-ci tente de le prouver aux parents de Sotenville afin de pouvoir divorcer. Avec la complicité de Claudine, sa suivante, Angélique parvient à faire échouer les tentatives de Dandin. A chaque acte, elle l’humilie davantage : elle obtient de lui des excuses, elle lui donne un immense coup de bâton et, enfin, elle parvient à l’enfermer dehors au milieu de la nuit et l’accuse d’ivrognerie. La Jalousie du Barbouillé, « brouillon » de cette première pièce, reprend la même intrigue en un seul acte, simplifiée et plus proche d’une farce : l’humour est plus « bas », les personnages plus caricaturaux et s’y invite un médecin fort imbu de lui-même.

Au lever du rideau, une immense mezzanine en bois occupe le centre de la scène. Derrière, quelques arbres, suggérant d’emblée la campagne. Georges Dandin se lave sous le soleil, son épouse discute tranquillement avec sa suivante. Oui, nous sommes loin de la ville, loin des intrigues d’alcôves dignes du Système (cf. Road trip théâtral, étape 3). Au plafond, une petite lampe brille dans le sombre. Cet univers serait un modèle de joie et de simplicité sans une musique d’ambiance enfantine et angoissante recouvrant notre tableau champêtre. Peut-être que la verte campagne a aussi quelques squelettes dans le placard… La pièce a beau être fondamentalement comique, c’est ici l’amertume qui ressort le plus souvent : Georges Dandin n’est pas le sympathique paysan désabusé et grincheux, ruminant sans cesse ses malheurs que l’on peut lire dans le texte. Il a gardé une apparence de « rustre », barbe rousse et marcel blanc, mais n’est plus que tourmente et abandon. Ses colères sont impuissantes et il en a conscience. On pourrait presque y voir un Orgon qui se serait retiré à la campagne pour échapper aux sauvageries des hommes (cf. Road trip théâtral, étape 2), pour finalement réaliser qu’elles sont omniprésentes. La dernière réplique de Dandin, « je n’y vois plus de remède, lorsqu’on a comme moi épousé une méchante femme, le meilleur parti qu’on puisse prendre, c’est de s’aller jeter dans l’eau la tête la première », est prise au sens littéral et suivie d’une sortie définitive de Dandin. En effet, la tendance actuelle semble s’échiner à ramener les extravagants de Molière sur le chemin du vraisemblable, à en faire les martyrs de leur temps, alors que, primitivement, ces hommes étaient de grands enfants, de véritables tornades émotionnelles que Molière tempérait à l’aide de personnages plus calmes. Il en résultait des pièces à rires tantôt francs, tantôt jaunes. Il est donc regrettable à notre sens de laisser l’amertume avoir le dernier mot et d’empêcher la joie d’éclater au tomber du rideau.


Un ballet en entracte ©Comédie-Française


Ne disons pas qu’il n’y a plus d’humour. Loin de là. La pièce est une comédie, ne l’oublions pas. La légèreté est également présente : entre les actes, la musique se fait plus douce, les comédiens esquissent quelques pas de danse. Le début du troisième acte, pari audacieux et tenu avec brio – personne n’est tombé de scène et personne n’a reçu de poteau en pleine figure –, se joue dans le noir complet. Le texte prend littéralement vie, il n’y a plus que des voix qui se cherchent, (ne) se trouvent (pas), se confondent. Tout le monde court dans la nuit, Angélique et son amant se connaissent, jusqu’à ce que Dandin allume la lumière et enferme son épouse dehors. Ses parents verront enfin qu’elle est volage. C’est sans compter la fourberie de la tendre Angélique : simulant sa mort, Dandin sort ; Angélique et Claudine entrent et l’enferment dehors. Madame et Monsieur de Sotenville arrivent. L’arroseur arrosé.

Pour la seconde partie du spectacle, changement de décor : on dresse les tréteaux et le rideau rouge. Trois coups. Nous allons assister à une « improvisation » sur La Jalousie du Barbouillé, un spectacle « écrit, fait et représenté en 5 jours ». Fini les drames : le mari cocu a une petite voix d’enfant, l’épouse hurle de tristesse… En d’autres termes, la dimension théâtrale est beaucoup plus marquée. La porte est un morceau de bois que l’on soulève comme on veut, les comédiens ne savent pas toujours leur texte, les blagues fusent, le public est pris à parti. Les costumes sortent de la brocante et l’on chante à tue-tête. L’amant est plus volage que l’épouse et festine la servante durant les deux tiers de la scène. Au final, l’ensemble constitue un agréable pendant à la première partie du spectacle. Jolie expérience que de mettre sous nos yeux un exemple de ce à quoi pouvait ressembler le théâtre populaire du XVIIème siècle (avec des anachronismes totalement assumés). Et, une fois la soirée terminée, ils nous l’ont dit, la troupe de la Comédie-Française ira déguster une fondue savoyarde bien méritée.

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