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Culture
« S’il est vrai que vous m’aimez… pardonnez-leur… laissez triompher la bonté ! »
L’Opéra de Lausanne a lancé le vendredi 2 octobre sa saison 2015-2016 avec La Cenerentola de Rossini et tape un grand coup. Détails d’une production féérique.

Première précision pour ceux qui, comme moi, ne le savaient pas: La Cenerentola, c’est Cendrillon en italien. Heureusement que c’est un italien et non un germanophone qui a mis cette histoire en musique; un opéra nommé «Aschenputtel» aurait moins attiré les foules, je pense. Mais le succès de cette production lausannoise ne tient pas qu’au synopsis; bien au contraire, c’est tout autant la distribution que la musique et par dessus tout la mise en scène qui ont ravi le public de la première représentation.

Le Baron et les deux sœurs particulièrement ridicules ; surtout le chapeau cygne rose ! – © Marc Vanappelghem

Petit rappel de l’histoire (légèrement différente de la version que l’on connaît d’habitude): Angelina, dite «La Cenerentola» est au service de ses deux pimbêches de belles sœurs Clorinda et Tisbe et de son méchant beau-père, le Baron Don Magnifico. Les trois lui en font voir de toutes les couleurs, alors qu’elle n’aspire qu’à un amour simple et allant au-delà des vaines apparences. Arrive un mendiant, que ses sœurs rejettent, tandis que Cendrillon lui offre un petit en-cas. Il lui prédit son bonheur futur. Sur ce, les trompettes annoncent l’arrivée de l’émissaire du Prince Ramiro, qui organise un bal où il choisira la plus belle des femmes pour l’épouser. Les deux sœurs et le Baron se voient déjà couverts de cet honneur et partent se préparer. Le valet du Prince, qui est en fait le Prince lui-même déguisé en son valet Dandini, arrive annoncer la venue de son maître pour chercher les beautés dont on lui a parlé et les emmener lui-même au bal. Il tombe d’abord sur Cendrillon, et c’est le coup de foudre; elle doit cependant aider ses sœurs à se préparer et part. Le Prince (qui n’est autre que le valet déguisé) arrive et entre triomphalement à force de blagues salaces et d’humour déplacé pour les emmener tous au bal. Le précepteur du Prince, Alidoro, mentionne l’existence d’une troisième fille, mais le Baron annonce qu’elle est morte; lorsque Cendrillon lui demande de l’emmener ne serait-ce qu’un quart d’heure au bal (elle espère revoir le valet), il refuse violemment. Le monde s’en va sans elle. Alors qu’elle se lamente, le mendiant revient pour la consoler; c’est en fait le précepteur Alidoro. Il se révèle en tant qu’être aux pouvoirs surnaturels, habille Cendrillon d’une merveilleuse robe et d’un voile et l’envoie au bal dans son carrosse. Au bal, alors que le faux Prince et son faux valet échangent leurs terribles impressions sur les deux filles du Baron, une inconnue arrive. Son voile intrigue les gens, mais sa beauté transparaît même au travers. Sur demande du valet déguisé, elle accepte de le lever; tous sont abasourdis, surtout ceux qui connaissent Cendrillon : la ressemblance est frappante! Personne ne veut cependant croire que ça puisse être elle. Dans le deuxième acte, Cendrillon (car c’est évidemment bien elle) avoue au Prince qu’elle aime son valet. Celui-ci, entendant l’aveu, sort de sa cachette et exulte de bonheur. Elle, cependant, veut une preuve de sa constance: elle lui donne un de ses bracelets en lui disant de chercher celle qui portera un bracelet en tout point semblable à son bras droit, puis elle rentre. Le jeu des masques tombe, et Dandini apprend au Baron et à ses filles qu’il n’est en fait que le valet du Prince. Stupéfiés, ils rentrent, pour trouver Cendrillon vaquant aux tâches ménagères. Alidoro, en bonne fée, crée une tempête qui force la suite du Prince à s’arrêter à nouveau devant la maison du Baron pour demander asile. A l’intérieur, le Prince voit Cendrillon et la reconnaît à son bracelet. Personne ne veut en croire ses oreilles: un Prince épouserait donc une simple servante? Dans la scène finale, au palais du Prince, Cendrillon se venge en pardonnant à sa famille; elle sait désormais que le bonheur l’attend, comme Alidoro déguisé en mendiant le lui avait prédit.
Au contraire de Guillaume Tell, donné récemment au Grand Théâtre de Genève, qui traînait en longueur et dégoulinait d’un romantisme extrême dépassé, La Cenerentola est vivant et pétillant de A à Z. Rossini gâte ses publics à travers le temps avec une légèreté et une subtilité qui fait filer le temps à grande vitesse. L’opéra donne des impressions baroques avec la présence de récitatifs dignes de Haendel accompagnés au pianoforte, ainsi que par l’alternation régulière entre ces récitatifs et les airs; les harmonies et l’écriture, elles, sont bien loin du baroque, et ne surprennent personne: c’est bien la période romantique! On décèle parfois des clins d’œil à Mozart ou autre; rappelons que Rossini était un joyeux luron pas sérieux pour un sou – c’est en outre à lui qu’on doit le tournedos-Rossini.

La scène finale est particulièrement colorée et lumineuse. – © Marc Vanappelghem

Pour interpréter cette musique, la distribution tape juste. Le Prince Ramiro est joué par Edgardo Rocha; c’est une grande réussite pour le ténor, qui charme sans problème le public par ses aigus amoureux légers, tout en assurant le contre-ut en forte sans peine quand il le faut. Hilarant mélange de vocalises et de mimiques, Giorgio Caoduro, qui avait tenu le rôle de Figaro dans Il barbiere di Siviglia en 2014, campe le complice valet Dandini d’une main de maître; son évident plaisir à chanter et jouer ce rôle comique a su convaincre la salle dès son entrée et ses premières notes. Laure Barras et Catherine Trottmann ont également su rentrer dans le rôle des sœurs écervelées et narcissiques. Aussi remarqué pour son enthousiasme et l’énergie qu’il dégageait, Luigi De Donato a su convaincre dans le rôle du précepteur/mendiant magicien Alidoro. Alexandre Diakoff, tête bien connue de l’Opéra de Lausanne, n’a surpris personne en s’illustrant dans la personnage du Baron Don Magnifico; ridicule par sa simplicité d’esprit, détestable par sa méchanceté, il a quand même réussi à nous faire nous attacher à ce vieillard cabotin et surjoué. Dans le rôle titre, c’est Serena Malfi qui a enchanté l’Avenue du Théâtre; autant de part son physique que part sa voix, on y retrouve quelque chose de Cecilia Bartoli, et c’est sans doute une carrière tout aussi couronnée de succès qui l’attend. Sa voix suave et expressive, son aisance dans les vocalises remplies de timbre, sa subtilité dans le texte, toute la technique a su convaincre; seul bémol: un stress apparent qui a parfois transparu dans son jeu, surtout dans la scène finale, où Cendrillon, pourtant triomphante dans sa bonté, souriait à peine. Au final, cependant, c’est une distribution exemplaire et résolument jeune (à l’exception d’Alexandre Diakoff), qui a charmé le public lausannois. Dans la fosse d’orchestre, c’est Stefano Ranzani qui dirigeait l’Orchestre de Chambre de Lausanne et le Chœur de l’Opéra de Lausanne, hélas pas tout à fait au tempo parfois.

Elément intriguant dans ces couleurs : en dehors des spots illuminés où l’action se passe, la scène reste noire. – © Marc Vannapelghem

La mise en scène d’Adriano Sinivia est probablement la plus grande réussite de la production. Extrêmement drôle et comique, taquine, colorée et expressive, elle a su garder l’esprit de conte de fée. De fait, la totalité de l’œuvre est mise en abyme par l’apparition sur scène, après les derniers accords, d’une lampe d’intérieur et d’une femme tenant sur ses genoux un enfants et dans ses mains un livre de partitions qu’elle ferme après avoir éteint la lampe. Tout au long de l’opéra, la magie opère avec brio. Durant l’ouverture, ce sont des balais et autres objets du ménage qui virevoltent dans la lumière de l’avant-scène; quand le mendiant se révèle magicien, une projection de sa silhouette sur un panneau derrière lui lui donne des ailes et fait apparaître le carrosse; quand le prince jure de retrouver la belle qui lui a donné le bracelet, les personnages peints dans les tableaux présents sur scène se mettent à bouger, à chanter (c’est le chœur), à changer de tableau – vraiment comme dans Harry Potter – et c’est finalement le chœur qui arrive, chacun étant habillé comme un des personnages de tableaux; là où on ne peut pas utiliser les effets spéciaux d’un film, la projection d’images sur panneaux a rempli son rôle à merveille, et l’effet «conte de fée» est absolument garanti. C’est aussi les décors et les costumes qui aident à cela; mine de rien, les film d’animation, de Disney © par exemple, nous ont habitué à une certaine idée visuelle des contes de fées, et la production lausannoise est allé dans cette même direction: situé dans un 19e siècle charmant, avec des longues robes de bal, des bijoux brillants, des bottes d’équitation, des cordelettes et épaulettes dorées sur des vestes militaires colorées, dans des fastueux palais marbrés, etc. On est charmé, ça rappelle des souvenirs, et, si on regrette peut-être un léger manque d’originalité, au moins il n’y a pas besoin de réfléchir pour entrer dedans.
Pour une première production de la saison, l’Opéra de Lausanne présente un conte de fée réussi et abouti, séduisant un public autant connaisseur qu’amateur que découvreur. La musique, l’interprétation, la mise en scène: tout est au rendez-vous. Sera-t-il possible de continuer sur cette lancée? Rendez-vous début novembre pour L’enfant et les sortilèges de Maurice Ravel.

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