X
X
L'auditoire

Téléchargez le dernier numéro de L'auditoire !

auditoire

Archives

time_machine

Remontez dans le temps ! Retrouvez tous les anciens articles de L'auditoire ici.

Rejoignez-nous sur Facebook

Suivez notre actualité au quotidien; retrouvez chaque jour articles, concours et photos!

Facebook
Culture
La Tragédie d’un Tyran

Florence Rivero, metteure en scène et shakespearienne convaincue - © Dr

INTERVIEW • La célèbre pièce de Shakespeare, The Tragedy of Macbeth, sera jouée ce week-end au Centre Pluriculturel et social d’Ouchy (CPO). Entretien avec Florence Rivero, jeune metteure en scène qui puise dans les textes du dramaturge anglais pour créer des ambiances bien particulières.

Est-ce que The Tragedy of Macbeth est ta première mise en scène?
Non, ce n’est pas ma première mise en scène. J’avais fait des études de cinéma, mais j’ai arrêté pour ensuite commencer l’université, dans les sections d’anglais et de psychologie. C’est là que j’ai découvert que je voulais jouer dans une pièce. J’ai alors contacté plusieurs personnes pour intégrer leur troupe, mais elles travaillaient déjà sur d’autres projets. J’ai décidé à ce moment-là de créer ma propre troupe, « The Sweet Sorrow Theater Group », fin 2011. En 2012, on a fait Beaucoup de bruits pour rien, c’était notre première création – que j’ai mise en scène, mais dans laquelle j’ai aussi joué. On a ensuite fait A Midsummer Night’s Dream en 2013 et Un conte d’hiver en 2014. The Tragedy of Macbeth est donc la quatrième pièce de notre troupe. En ce moment, je suis mes études d’anglais et de psychologie, et j’aimerais maintenant faire de la mise en scène. On a joué Macbeth dans le festival Fécule, on la joue à présent au CPO. On aimerait que les théâtres professionnels puissent les voir, peut-être même les montrer sur leurs scènes.

Qui sont exactement les acteurs de Macbeth?
Au début, « The Sweet Sorrow Theater Group » était composé des étudiants de la section d’anglais. Ensuite des étudiants sont partis, d’autres sont venus. Chaque année les acteurs changent, ils ne sont jamais les mêmes. Tout le monde peut participer aux castings qu’on organise. Pour le moment, certains comédiens ne sont plus à l’université mais il reste tout de même deux étudiantes qui sont dans la section d’anglais. Pour l’instant, ce sont des gens qui ont un peu d’expérience, par exemple parce qu’ils ont joué une pièce au gymnase. Mais l’année prochaine, j’aimerais me diriger vers une dimension plus professionnelle, je trouverais intéressant de pouvoir mettre en scène une pièce avec des acteurs professionnels.

Penses-tu continuer avec cette configuration d’une pièce en anglais sous-titrée en français?
Chaque année je me demande si je devrais faire une pièce plus contemporaine, ou une pièce en français pour attirer plus de public. Il est vrai que les gens aiment un peu moins quand c’est en anglais, même si c’est sous-titré. Mais j’ai fondé cette troupe pour faire des pièces de Shakespeare et il y en a tellement encore que j’aimerais mettre en scène. Et je n’aime pas trop les traductions françaises des pièces de Shakespeare, il est donc logique que je continue à mettre en scène dans la langue originale.

The Tragedy of Macbeth met en lumière la psychologie du personnage de Macbeth - © Dr

Cette année, pourquoi la pièce de Macbeth plus particulièrement?
Ça fait quatre ans que nous ne faisons que des comédies – même si Un conte d’hiver est à moitié une tragédie. J’ai toujours voulu faire une tragédie, mais je ne me sentais pas prête. La première année en plus, je ne connaissais rien du théâtre, donc je m’étais dit qu’une comédie était plus facile parce qu’on pouvait jouer de manière plus délurée. Mais cette année je me suis lancée. Si j’ai choisi Macbeth plus particulièrement, c’est parce que c’est une des pièces de Shakespeare les plus courtes. Le plus grand défi est par rapport aux acteurs : il faut vraiment se mettre dans la peau du personnage, ressentir ce qu’il devrait faire. Il n’y a plus le même côté amusant et déluré de la comédie, c’est tout de suite plus pesant à jouer.

Comment as-tu adapté la pièce?
Normalement, je reste toujours très proche du texte mais cette année je l’ai coupé et remanié à plusieurs endroits. J’ai en fait voulu travailler sur le personnage de Macbeth et mettre en évidence sa psychologie. J’ai laissé de côté la guerre: elle est mentionnée mais on ne la voit pas. Cette pièce est donc beaucoup plus psychologique. Lorsque j’ai commencé à travailler sur la pièce, j’étais en pleins examens, ce qui m’a donné beaucoup d’idées. On voit normalement un personnage assoiffé de pouvoir, sanguinaire et qui veut tuer tout le monde. J’ai plutôt choisi d’apporter un contraste vis-à-vis de cette lecture du personnage: ce n’est pas quelqu’un qui veut tuer, les morts surviennent mais il est détruit par ça.

Et en ce qui concerne la mise en scène, les décors et les costumes, est-ce que tu gardes quelque chose d’assez traditionnel ou de plus contemporain?
Dans les pièces que j’ai élaborées auparavant, le côté traditionnel était mis en avant. Cette année par contre, je me suis dit que l’interprétation, beaucoup plus moderne, devait se ressentir sur la mise en scène. J’ai abandonné tout le côté de la superstition et de la magie pour intégrer la dimension psychologique. C’est pourquoi je me suis dit que la temporalité devait se dérouler maintenant, pour mieux souligner le côté tout à fait actuel du personnage de Macbeth.
Tous les personnages sont habillés de façon très neutre, en noir et blanc. Les hommes portent un costard-cravate, Lady Macbeth a des pantalons, pour mieux souligner le côté un peu masculin qu’elle a. Et quelques accessoires rouges pour attirer l’œil parfois, seulement sur les femmes et sur quelques scènes. Pour les décors, j’ai voulu garder un côté plus ancien avec des meubles en bois. Il y a donc un mélange un peu détonnant entre des habits neutres et contemporains, et le vieux mobilier en bois.

Une ambiance sombre et tamisée pour mieux refléter la tragédie - © Dr

Les innovations principales?
J’ai toujours coupé quelques bouts des pièces dans mes adaptations, d’une part parce qu’elles sont très longues, et d’autre part parce que ça permet de garder un meilleur rythme. Dans cette adaptation très centrée autour du personnage de Macbeth, quasiment toutes les scènes sont avec lui et on reste dans le château, sauf une scène à l’extérieur, nécessaire à l’intrigue. J’ai pris la liberté de ces changements pour donner plus de puissance à ce personnage. Le château en tant que tel reflète comme un miroir la dégradation de l’état mental de Macbeth: il est au début flambant, tout est en place, puis se détériore et à la fin est détruit, comme dans sa tête. Il y a aussi trois sorcières dans l’histoire originale mais il n’y en a qu’une dans ma mise en scène, et elle est un peu schizophrène. Ça m’a permis de sortir de la dimension superstitieuse de la pièce de Shakespeare: la sorcière semble folle plutôt que douée de magie.
Cette mise en scène se distingue surtout par la focalisation sur Macbeth et sur sa tragédie. A la fin même, j’ai enlevé le fait qu’il veut se battre avec les gens. Parce qu’il se sent invincible, il n’a pas besoin de se battre, il est en fait passif. J’ai cherché à créer une ambiance sombre, mais aussi très focalisée sur la dérive vers la folie de tous les personnages. Surtout, j’ai voulu absolument m’éloigner de la dimension magique de la pièce de Shakespeare pour obtenir un monde réaliste, bien plus proche de notre monde contemporain.

L’adaptation est très focalisée sur le personnage de Macbeth. En quoi est-ce qu’il entre en résonance avec le monde d’aujourd’hui?
Je viens du Venezuela, où Hugo Chavez est entré au gouvernement il y a 15 ans. En lisant la pièce, ça m’a fait beaucoup pensé à lui quand il devient un tyran. J’étais retournée au Venezuela il y a quelques années et j’avais été très surprise: j’avais vu des photos et des portraits de Chavez un peu partout. La manière dont on l’avait en quelque sorte déifié m’a alors beaucoup impressionnée. Cet épisode m’a donc inspirée, mais j’ai aussi pensé à d’autres dictateurs. Dans la pièce, une fois que Macbeth est au pouvoir, il veut devenir le maître du monde, et comme si c’était son monde, il considère qu’il peut tuer avec tous les droits. Cependant, je suis aussi un peu empathique pour le personnage de Macbeth dans mon interprétation: il souffre et est détruit par le pouvoir. Mais j’imagine que la corruption d’une personne par le pouvoir n’est pas seulement actuelle, mais immémoriale.




THE TRAGEDY OF MACBETH
En anglais surtitrée en français
Une mise en scène de Florence Rivero, The Sweet Sorrow Theater Group,
Vendredi 29 mai à 19h00, samedi 30 mai à 19h00 et dimanche 31 mai à 17h00
Au CPO – Centre Pluriculturel et social d'Ouchy

Téléchargez le dernier numéro de L'auditoire !

auditoire

Archives

time_machine

Remontez dans le temps ! Retrouvez tous les anciens articles de L'auditoire ici.

Rejoignez-nous sur Facebook

Suivez notre actualité au quotidien; retrouvez chaque jour articles, concours et photos!

Facebook

Téléchargez le dernier numéro de L'auditoire !

auditoire

Archives

time_machine

Remontez dans le temps ! Retrouvez tous les anciens articles de L'auditoire ici.

Rejoignez-nous sur Facebook

Suivez notre actualité au quotidien; retrouvez chaque jour articles, concours et photos!

Facebook

Recherchez dans les articles

Agenda

Sélection d'événements choisis par la rédaction, pour ne plus rien manquer dans la région.

auditoire

Abonnez-vous, c'est gratuit!

L'auditoire n'est plus envoyé automatiquement à toute la communauté universitaire.
Si vous souhaitez continuer à recevoir notre douce prose dans vos foyers, il vous suffit de remplir le formulaire ci-dessous.

Et si vous nous aimez vraiment beaucoup, vous pouvez souscrire à un abonnement de soutien.