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Culture
« Mon voyage s’achèvera-t-il, ou resterai-je au milieu de l’éternité ? »
Deuxième création mondiale de cette saison, l’opéra Solaris a été donné deux fois à l’Opéra de Lausanne. Tiré du livre de science-fiction culte éponyme de Stanisław Lem, le livret a été établi par le chorégraphe et metteur en scène japonais Saburo Teshigawara, sur la musique de son concitoyen Dai Fujikara. L’Ensemble intercontemporain suivait la baguette d’Erik Nielsen. Bilan d’une production plus que mitigée.

Le décor de la station orbitale. – © Vincent Pontet

L’action se déroule dans une station spatiale en orbite autour de la planète Solaris, dont la surface est couverte par un océan, sorte de cerveau d’une entité intelligente dont l’entendement dépasse la pensée humaine. Kris Kelvin arrive dans la station, et est salué par Snaut, visiblement dérangé. Il annonce à Kris que le docteur Gibarian, résident de la station, s’est récemment suicidé. Selon Snaut, chaque résident de la station apporte avec son arrivée un «visiteur», qui s’avère être crée par l’océan à partir des souvenirs des résidents de la station. Kris découvre donc sa femme, Hari, morte dix ans auparavant. Ce sont les visiteurs qui ont poussé Gibarian au suicide, semble-t-il. Kris ne sait pas quoi penser: l’être qu’il a devant lui est strictement exact à sa femme telle qu’elle était avant sa mort, mais il sait pourtant que ça ne peut pas être elle. Elle, dotée de sentiments humains, s’attriste de la situation. Elle ne sait pas d’où elle vient. Après avoir appris de la part de Snaut qu’elle n’est qu’une copie créée par l’entité à partir des souvenirs de Kris, elle tente de se suicider, mais n’y parvient pas. Finalement, elle demande à Snaut de la faire disparaître, ce qu’il parvient à faire grâce à, selon lui, la seule méthode permettant de faire disparaître tout tissu vivant: il avait créé cette méthode uniquement pour les visiteurs. Kris, découvrant le départ de Hari, quitte la station pour la surface de la planète Solaris. Face à l’océan, il se demande s’il s’agit là de la fin de son voyage ou s’il restera là pour toujours.
Le livre original de Stanisław Lem est plus long et complexe. Un personnage et de nombreuses scènes ont été supprimées pour la version opératique, ainsi qu’un des thèmes principaux du livre: comment l’esprit humain peut-il appréhender ce qui le dépasse complètement? Le livret adapté par Saburo Teshigawara garde comme centre le questionnement de l’humanité de Hari et sa relation avec Kris. L’amour peut-il supporter une telle incompréhension? L’amour est-il réservé aux humains «normaux»? Hari est-elle humaine?

Snaut, à droite, est décidément un peu fou. - © Vincent Pontet

Pour donner une idée de la mise en scène: les bords de la scène sont noirs, et le centre est constitué d’une cube blanc dont la face côté public manque. Sur scène, les quatre chanteurs se tenaient dans les coins, parfois dans le noir, parfois dans le blanc, entrant et sortant, changeant de coin au fur et à mesure de l’avancement de l’histoire, pendant qu’au milieu de la scène, dans le blanc, leurs quatre doubles danseurs exécutaient la chorégraphie de Saburo Teshigawara. A chaque personnage correspond donc un chanteur et un danseur, qui apparaissent toujours en même temps sur scène. Kris Kelvin dispose d’un second chanteur, qui n’apparaît jamais sur scène. Ce dernier chante, depuis les coulisses, les pensées de son personnage, tandis que le chanteur sur scène chante ses paroles. Le chant des pensées de Kris est déformé par divers artifices technologiques, et il est par ailleurs relayé par des haut-parleurs disposés dans toute la salle, de sorte que le son ne vient pas de la scène, mais de tout autour de soi.
Commençons avec les bons points. Premièrement, la distribution. Les chanteurs, malgré un style musical probablement peu habituel pour eux, ont su jouer le jeu, et leur performance. Le style de chant, commun lui, était un roc auquel s’accrocher dans la tempête de Solaris. La mise en scène leur impose de rester statique. Le peu d’émotion qu’ils peuvent manifester, ils doivent le faire dans leur visage et leur voix, ce qui rend parfois la tache ardue de savoir s’il sont triste ou en colère. Ce sont les danseurs qui, véritablement, donne le ton quant aux états d’esprit des personnages, et ils sont pour de nombreux points plus humains que les chanteurs.
La technologie, qui est mise à contribution de la musique, chose assez rare pour un opéra, interroge et surprend, mais vivifie la production. Les pensées de Kris Kelvin répétées en écho dans les hauts-parleurs, modifiées par une table de mixage et redistribuées dans toute la salle parviennent à faire croire que seul Kris les entend. Par comparaison, l’opéra traditionnel utilise des apartés, souvent sous forme d’une phrase adressée au public, lorsqu’un personnage chante ses pensées; ce procédé semble souvent peu crédible: comment, en effet, un personnage peut-il garder ses pensées secrètes s’il les dit, même en aparté, à proximité d’autres personnages? Les hauts-parleurs des pensées de Kris Kelvin résolvent ce problème.

Les danseurs de Hari et Kris sont tendres l’un envers l’autre. – © Vincent Pontet

Les moins bons points, ensuite. La mise en scène est très minimaliste, et c’est dommage. Quasiment aucun décor, des costumes très sobres, aucun échange entre les chanteurs: c’est la chorégraphie qui portait cela. Dans le livret, on regrette qu’il ne soit presque jamais fait mention de cet océan intelligent et qui peut faire apparaître des êtres quasi-vivants. L’action se concentre sur ces êtres et questionne leur nature, mais très peu leur origine. Le livre de Stanisław Lem, pourtant, accorde de l’importance à ce questionnement: quelle forme de vie est véritablement cet océan? Comment fait-il pour créer ces copies? Et, plus loin encore: l’humain peut-il dépasser les limites de sa compréhension du monde qu’il a devant lui et percevoir des dimensions supplémentaires?

Finalement, la musique. C’est un désastre. Du début à la fin, une suite de note sans lien les unes aux autres, grinçantes parfois pour le plaisir de l’être, sourdes à d’autres moments, sans rythme perceptible ni mélodie. Le Petit Prince, en automne dernier, également en création mondiale à l’Opéra de Lausanne, nous avait déjà donné dans le même genre. On aurait pu espérer qu’une fois par année suffirait, mais il semble que non. Il ne faut pas croire, pourtant, que c’est uniquement lié à la date de la composition: des compositeurs contemporains, comme Arvo Pärt ou John Rutter, écrivent de la musique beaucoup plus traditionnelle. Ici, on a l’impression que le compositeur essaie ce qui lui passe par la tête et garde ce qui a le moins de sens. Bien sûr, on peut y voir une transposition musicale du désarroi des personnages dans cette station en orbite sans attache aucune. Mais peut-on sacrifier la beauté et le plaisir musical pour donner une impression? Ma réponse est: non. Je terminerai par une citation de Jurassic Park adaptée: «Il était si pressé de voir s’il y arrivait ou pas qu’il ne s’est pas demandé si c’était beau.» Heureusement, ça n’a duré qu’une heure et demie.

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