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Culture
« Que tous les traîtres à la patrie périssent avec ma fille. »
Dans la lignée de La Traviata, sa dernière production, l’Opéra de Lausanne a donné un opéra peu connu (face aux autres) de Rossini, Tancredi, inspiré de la tragédie Tancrède de Molière. Ottavio Dantone dirigeait l’Orchestre de Chambre de Lausanne dans une mise en scène d’Emilio Sagi. Ce melodramma eroico en deux actes a été créé en 1813 à la Fenice de Venise ; deux versions existent, variant uniquement pour la scène finale: celle où le gentil meurt dramatiquement dans les bras de sa douce après avoir tué le méchant et celle où le méchant meurt après s’être repenti et où le gentil vit avec sa douce. Vous l’aurez compris, on fait dans le plus kitsch du kitsch au niveau de l’histoire.

Tancredi et Amenaide sont les deux joués et chantés par des femmes – © Marc Vanappelghem

L’histoire, c’est celle de la ville de Syracuse lorsqu’elle est assiégée par les troupes sarrasines de Solamir au XIe siècle. Dans la ville, deux familles rivales, dirigées par les chefs Argirio et Orbazzano, décident de régler leurs différents pour mieux bouter l’ennemi commun hors du royaume. Comme d’habitude, un mariage scellera cette union: la belle Amenaide, fille d’Argirio, épousera Orbazzano, qui l’aime secrètement depuis longtemps. Malheureusement pour elle, Amenaide aime un autre homme: Tancredi, à qui elle vient d’envoyer une lettre d’amour lui demandant de venir et de régner «sur mon cœur, sur nous». Tancredi est issu d’une vieille famille normande exilée de la ville. Orbazzano voit en lui un grand danger pour Syracuse. Sans même avoir reçu la lettre d’Amenaide, Tancredi revient dans sa patrie pour sauver sa ville et épouser Amenaide, qu’il aime également. Il revient sous les traits d’un chevalier anonyme, et personne ne le reconnaît, sauf bien sûr Amenaide, qui vient alors d’apprendre qu’elle est promise à Orbazzano; déchirée entre un amour impossible et un devoir auquel elle ne peut se résoudre, elle renvoie Tancredi. Elle refuse également d’obéir à l’ordre de son père d’épouser Orbazzano. Celui-ci, outré, produit la lettre qu’elle avait envoyée à Tancredi; elle a été retrouvée dans le camp de Solamir! Elle est accusée d’avoir pactisé avec l’ennemi. Tout le monde la croit coupable, y compris Tancredi et son propre père, Argirio. Celui-ci finit par signer son acte d’exécution. Tancredi, cependant, s’y oppose, car même s’il s’en croit trahi, il aime encore Amenaide. Il défie Orbazzano, et le tue en combat singulier. Le peuple de Syracuse le choisit alors comme champion pour le guider vers la victoire contre les Sarrasins. Toujours persuadé de la perfidie d’Amenaide, Tancredi mène la charge et remporte la victoire. Il revient, blessé à mort, pour apprendre qu’Amenaide n’a jamais cessé de l’aimer et que la lettre lui était adressée, et non à Solamir. Argirio, revenu de sa colère, les marie juste avant que Tancredi ne rende l’âme, heureux d’avoir pu serrer sa bien aimée une dernière fois. Ça, c’est la fin dramatique. Dans l’autre fin, Solamir, blessé à mort par Tancredi, avoue qu’il n’y a jamais rien eu entre Amenaide et lui. Tancredi revient auprès de sa douce, Argirio les marie et ils vivent heureux et ont beaucoup d’enfants. Je vous l’avais bien dit, que c’était kitsch.
La musique correspond bien à ce qu’on peut attendre d’un opéra de cette période: un phrasé long, des mélodies raffinées, une orchestration variée. Mis à part les récitatifs, qui font vite penser à un opéra de Mozart, rien de surprenant. Les longs airs de solo où l’on se complaint de son amour malheureux et de son destin, les langoureux duos des amoureux ne sachant s’ils pourront vivre leur amour, donnent à l’œuvre un calme latent. De calme à lent, il n’y a qu’un pas. Les passages mouvementés, comme la préparation au combat ou la colère du père trahi, plus énergiques musicalement, sont rares. Ce qui peut surprendre, c’est la distribution des voix: autant Tancredi que Roggiero, son fidèle écuyer, rôles masculins s’il en est, sont chantés par des femmes! On peut se demander pourquoi… ce ne sont pourtant pas des enfants, ce ne sont pas des rôles de castrats qui ont été remplacé par des femmes. Il faut l’accepter ainsi, même si, du coup, ça surprend de voir deux femmes s’embrasser sur scène dans un opéra du XIXe siècle.

Yijie Shi a vraiment conquis le public – © Marc Vanappelghem

Ces femmes, ce sont Anne Bonitatibus pour Tancredi et Jessica Pratt pour Amenaide. Anne Bonitatibus peine à convaincre, non pas au niveau musical, mais au niveau scénique. Elle semble engoncée et à l’étroit dans son habit masculin, et, de manière très curieuse, elle tente de se faire plus grande au fur et à mesure que sa voix monte! Elle gonfle son torse, monte tout son corps et finit parfois littéralement sur la pointe des pieds! Alors que la plupart des écoles de chant s’accordent à garder le corps et la cage thoracique en position normale et les pieds bien ancrés dans le sol, on a là le visuel inverse, qui ne se justifie pas dans la mise en scène (Tancredi n’a pas de complexe d’infériorité, n’est pas la grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf). La voix ne souffre en rien de cette particularité, heureusement. Jessica Pratt n’est pas en reste non plus; sa voix puissante remplit la salle avec assurance. On regrette parfois un manque de légèreté dans les aigus, qui ont trop de volume tout le temps, alors que des nuances rendraient la chose encore plus belle. Les deux voix sont harmonieuses et s’unissent à merveille dans les duos. En contre partie masculine des deux rôles clés de Tancredi, Daniel Golossov pour Orbazzano et Yijie Shi pour Argirio. Orbazzano n’apparaît finalement pas très souvent et meurt au milieu de l’acte deux. Daniel Golossov réussit cependant à remplir le rôle de l’amoureux arrogant et malveillant qui préfèrerait voir la femme qu’il aime morte qu’avec un autre. Sa voix profonde et caverneuse donne la teinte au personnage, et le mélange est réussi: c’est un des personnages les plus convaincants de la production. Le plus convaincant reste cependant Argirio, qu’incarne Yijie Shi. Le ténor chinois constitue la grande surprise de cette production. Nous sommes habitués à entendre et voir des chanteurs européens ou américains. On a cependant découvert dans ces dernières années que la musique savante européenne a été admirablement absorbée par des formations asiatiques, par exemple le Bach Collegium Japan de Masaaki Suzuki, dont l’interprétation des cantates et des Passions de Bach a été très remarquée. L’Empire du Milieu a-t-il donc un nouveau talent à apporter à l’opéra avec Yijie Shi? La réponse est simple: oui. Applaudi à chaque air par toute la salle, il a su convaincre le public lausannois. Sa diction de l’italien est sans faute, sa sensibilité montre une compréhension du texte, et finalement, son chant est très impressionnant: des forte décoiffants, des piano doux, des aigus incroyables, une agilité déconcertante, c’est une leçon et un plaisir que de l’écouter. A découvrir s’il revient dans la région! Parmi les chanteurs, le chœur, exclusivement masculin pour une fois, était superbe. Au niveau musical, c’était donc un grand succès!

Le trouble règne quant Amenaide refuse son devoir et se fait accuser de trahison – © Marc Vanappelghem

La mise en scène était des plus classiques: l’action étant transposée au XIXe siècle, ces messieurs portaient des uniformes de guerre pour et ces mesdames de belles robes longues. Aucun chevalier médiéval en armure, hélas. Les deux actes se déroulaient dans des salles marbrées du palais de Syracuse. Deux panneaux latéraux pivotaient vers le public pour former comme un triangle sur le devant de la scène, ou alors c’est un seul qui cachait une moitié de la scène. On a pu remarquer une dichotomie visuelle entre les deux familles, les un étant en bleu et les autres en rouge: un (petit?) clin d’œil à de nombreuses mises en scène et adaptations de Roméo et Juliette, à n’en pas douter.

Au final, on regrette surtout les longueurs dramatiques et romantiques, surtout dans la dernière scène, mais on est enchanté par la performance de chaque musicien. La prochaine production détonnera fortement, puisqu’on quittera le siècle de Verdi pour un compositeur contemporain sur une histoire tirée du livre de science-fiction Solaris!

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