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Culture
«Ah, souris au désir de la dévoyée, ah, pardonne-lui, accueille-la, mon Dieu!»
C’est l’une des productions les plus attendues de la saison de l’Opéra de Lausanne. La traviata, de Giuseppe Verdi, est donnée cinq fois à l’Avenue du Théâtre entre le 6 et le 15 février de cette année. Production initiale de l’Opéra de Monte-Carlo en coproduction avec l’Opéra-Théâtre de Saint-Étienne, c’est l’occasion pour Olga Peretyatko de briller à nouveau sur les planches lausannoises. Corrado Rovaris dirige l’Orchestre de Chambre de Lausanne, alors que la mise en scène est signée Jean-Louis Grinda.

Créé à la Fenice de Venise le 3 mars 1853, La Traviata est inspirée d’une adaptation théâtrale du roman La Dame aux camélias d’Alexandre Dumas fils, lequel roman est lui-même inspiré de la vie de son auteur. Verdi sentait par ailleurs de éléments de sa propre vie faire écho à l’œuvre de Dumas. Succès fulgurant de son époque, il est, avec Il trovatore (1851) et Rigoletto (1853), un des plus célèbres opéras du compositeur italiren. Il faudra attendre presque quatre ans pour le voir à Paris.

Les robes et les coiffures des femmes sont superbes – © Marc Vanappelghem

L’histoire se déroule justement à Paris. La courtisane Violetta Valéry, souffrante de la tuberculose, finit par croire à l’amour de son admirateur Alfredo Germont, et succombe elle-même au doux sentiment. Elle part avec lui vivre d’amour et d’eau fraîche. L’argent manquant même pour l’eau fraîche, elle est prête à vendre ses biens pour qu’ils puissent continuer à vivre ensemble. Arrive le père d’Alfredo, qui souhaite, afin de préserver le mariage de sa fille, que Violetta quitte son fils. Elle se laisse convaincre et part, la mort dans l’âme. Alfredo trouve à son retour une invitation de son amie Flora à une soirée dans un qu’elle fréquentait. Il s’y rend, la trouve, et, croyant qu’elle l’a quitté pour reprendre sa vie de courtisane, l’humilie en public. Elle part en lui clamant sa fidélité, tandis que la foule accable un Alfredo repentant. Un mois passe, Violetta est de plus en plus malade. Alors que le médecin ne lui donne plus que quelques heures à vivre, elle atteste une dernière fois de son repentir, quand arrivent Alfredo, de retour de l’étranger, et le père de celui-ci, qu’elle n’a pas revus depuis la soirée chez Flora. Le père lui demande son pardon de lui avoir demandé de quitter son fils; il a depuis vu que leur amour est vrai. Alfredo, lui, regrette d’avoir cru qu’elle pût lui être infidèle, et d’avoir dû partir ensuite. Elle pardonne aux deux. Dans un élan de santé soudain, elle se lève, croyant renaître, mais s’effondre, morte.

Violetta et Alfredo pendant un duo – © Marc Vanappelghem

La grande star de cette production, c’est la russe Olga Peretyatko. Chouchoue de la maison Lausannoise, elle y a déjà tenu différents rôles titres, dont Alcina, dans l’opéra éponyme de Handel, en 2012. Cette année, elle nous régale encore dans une Violetta superbement maîtrisée. Les grupetti et vocalises du premier acte sont parfaits, tout simplement. Tout le long de l’opéra, elle fait preuve de ses capacités dans des (sur)aigus retentissants et affirmés, dans une diction digne d’un rhétoricien, dans un jeu vivant et varié. La musicalité est au rendez-vous et le public, très réceptif à son chant, interrompt souvent le cours de l’œuvre par des applaudissements pour la chanteuse. Petit bémol, cependant: l’expressivité. Malgré une diction au point, on ne sent pas toute l’émotion qui devrait être mise dans le texte. Le premier tableau du deuxième acte n’émeut pas autant que dans d’autres productions. «Aime-moi, Alfredo, aime-moi comme je t’aime… Adieu!» Les mots semblent vide de sens, ce qui n’est pas négligeable. L’expressivité, elle, est présente dans la prestation de Roberto Frontali dans le rôle de Giorgio Germont, le père d’Alfredo. Il vibre avec le texte. Malheureusement, sa voix, elle aussi, vibre, et un peu trop. Son vibrato extrême empêche trop souvent (du moins si on ne connaît pas la partition) de savoir quelle note il chante. Entre ces deux rôles, c’est Ismael Jordi qui joue Alfredo. Ténor lumineux et clair, il a beau avoir moins à chanter qu’Olga Peretyatko, il impressionne, et à bonne raison. J’avais reproché à John Osborn, interprète du Chevalier des Grieux dans Manon de Massenet en octobre dernier, d’avoir de la peine à donner du relief à son chant: c’est là ce qu’Ismael Jordi sait faire. La voix est claire, distincte, solaire, les notes placées sans fautes, le texte compréhensible, mais surtout, surtout, le chant est nuancé. Même dans les aigus, il n’est pas toujours dans le fort. Il peut, sans que sa voix n’en soit moins stable, être doux et léger, et ça fait toute la différence. Dans les duos Violette-Alfredo, les deux chanteurs se coordonnent dans leur nuances, se comprennent musicalement, et le résultat est là: deux rôles principaux éclatants, qui déclenchent les cris enthousiastes du public pendant les saluts. Marie Karall, interprétant ici Flora Bervoix, est suave, et on regrette de ne l’entendre qu’à deux reprises; la camériste Annina, jouée par Karine Mkrtchyan, accompagne doucement et maternellement, dans son chant comme dans son jeu, la maladie et la mort de Violetta. On aimerait entendre plus de ces chanteuses et des autres, dont le rôle est hélas petit.

La danse des matadors – © Marc Vanappelghem

La mise en scène de Jean-Louis Grinda, directeur de l’Opéra de Monte-Carlo, réalisée à Lausanne via son assistante de mise en scène Vanesse d’Ayral de Sérignac, est des plus classiques: habits et décors d’époques, gestes simples, émotions exagérées pour donner du relief au jeu de scène. Un mur délabré, placé au fond de la scène, se sépare en deux pour le long d’un arc de cercle, laissant de nouveaux personnages entrer sur scène par l’entrée ainsi dégagée au milieu, puis se referme, ou alors seulement une partie revient en position initiale ; les changements sont fluides et permettent au décor de changer au sein d’une même scène. La maison où Violetta et Alfredo vivent leur amour est presque un peu décalée – on se sent plus dans une datcha en sapin en Sibérie que dans un logement modeste près de Paris en 1850 – mais ça ne l’empêche pas d’être plaisante. Dans le même tableau, la présence derrière les vitres de la demeure, en arrière scène, de la sœur d’Alfredo (celle dont le mariage est compromis par la relation), personnage absent du livret, rend la représentation des évènements véridique. Les scènes de danse dans le salon de Flora Bervoix sont colorées, vives et pleines de beau monde. La danse des matadors mettant à mal une pauvre danseuse est presque dérangeante de réalisme: voir comme ils la poussent, la tiennent, lui versent du champagne sur la poitrine puis la jettent, comme elle ensuite prend les billets qu’on veut bien lui donner et s’en va en claudiquant sans demander son reste surprend dans un genre musical qui représente rarement la violence. Faut-il y voir là une tentative de représentation historique de tels salons? Le dernier acte reprend le décor de la chambre de Violetta; elle n’apparaît plus qu’en simple robe blanche sans bijou, décoiffée, tandis que le mur délabré s’est remis en position fermée. Ce dernier s’ouvre à moitié à la toute fin, lorsque Violetta se sent renaître: dans la moitié de scène ainsi découverte, on observe la foule du salon, derrière un drapé sombre transparent, faire des signes d’adieux. Pourquoi, le mystère reste entier…

En somme, l’Opéra de Lausanne livre ici une production très réussie, belle en musique, en voix, en images et en jeu. La musique délicieuse de l’orchestre soutient une distribution généreuse en immenses talents, qu’une mise en scène perfectionnée vient entourer: que demander de plus? Bien sûr, tout n’est pas parfait, mais c’est quand même un succès à n’en pas douter.

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