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Culture
« Allons, il faut nous y résoudre. Nous serons très riches. Mais malgré ça, nous serons très heureux. »
L’Opéra de Lausanne a donné en ce mois de décembre, pour la traditionnelle opérette de fin d’année, La veuve joyeuse, de Franz Lehár. Le livret français est une traduction de l’allemand, l’œuvre originale étant Die lustige Witwe, donnée pour la première fois à Vienne en 1905. La première de la version française date, elle, de 1909. La production est une reprise de 2006, dans une mise en scène de Jérôme Savary, décédé depuis. Seul le casting a changé (et pas entièrement, nous le verrons); Cyril Diederich est donc toujours à la baguette.

La veuve et ses prétendants - © Marc Vanappelghem

Pour tenter de résumer le livret: à Paris, l’ambassade de Marsovie, petit pays est-européen dirigé par son bien aimé président à vie, survit grâce au trafic de drogue. Le baron Popoff, qui dirige l’ambassade, espère faire marier la richissime veuve Missia Palmieri à un marsovien, afin que sa fortune ne sorte pas du pays. L’homme de la situation est le prince Danilo; or, c’est un ancien prétendant de Missia, et il refuse. Pendant que tous les hommes de l’ambassade se battent pour elle, attirés par ses cinquante millions (de charmes, bien sûr!), un jeu se déroule entre elle et Danilo, soutenu par une intrigue secondaire entre Nadia, femme du baron Popoff et le compte de Coutançon, intrigue à laquelle se mêle encore une troisième. Le tout se termine (évidemment) dans un salon louche, où, enfin, Danilo et Missia s’avouent que leur amour est toujours vivant et s’enfuient pour se marier, et tout est bien qui finit bien (évidemment).

Une des nombreuses scènes de danse - © Marc Vanappelghem

La première chose qui marque les esprits, c’est tout ce qui n’est pas directement musical: la mise en scène, les costumes, les décors, le jeu et le livret. On peut d’ailleurs facilement penser que c’est là la raison de la reprise de cette production. Elle est truculente et bourrée d’humour, qualités non négociables pour une opérette réussie; pourquoi donc ne pas la redonner? Sans doute que le départ récent de Jérôme Savary a également servi de raison, et qu’il s’agit là d’un hommage à son travail. Truculence, donc, dans la mise en scène; couleurs et vie dans les costumes; humour dans le jeu et le livret; l’amateur d’opérettes légères à savourer avec un verre y aura trouvé son compte. On y trouve des adaptations chronologiques qui font toujours rire; c’est par exemple un Andy Warhol qui est acheté par la baronne Popoff, au grand dam de son mari, dont l’argent se disperse trop rapidement lors d’une vente aux enchère d’art exagérément moderne (Osera-t-on dire «laid»? J’ose. Sérieusement, qui achèterait un canapé en forme de main pour mettre dans son salon?). Egalement des références à d’autres œuvres culturelles, comme le portrait du président à vie de la Marsovie dont les deux yeux clignotent deux fois d’une lumière rouge à chaque fois qu’il est nommé et que la salutation rituelle («Grietsch! Hü!» ou quelque chose du genre) est prononcée; difficile de ne pas voir un clin d’œil (c’est le cas de le dire) à Big Brother de 1984, de George Orwell. La récurrence de cette blague tout le long de l’opéra la rend d’autant plus délicieuse. Les costumes, surtout ceux des danseurs, regorgent de vie, sinon de couleur – en même temps, un homme, ça s’habille en noir, en gris ou en blanc, à la limite en rouge foncé. Mais pas trop de couleurs, non. Les femmes, elles, peuvent porter des couleurs, ça compense! Le jeu est comique, les personnages sont sur-joués, l’intrigue principale est simple, mais s’entremêle avec les intrigues secondaires dans un imbroglio bien ficelé, mais dur à suivre. Le personnage de Figg, laquais de l’ambassade, est le seul à connaître tous les fils, mais finit par s’y mélanger quand il a bu; il est le bouffon de l’œuvre (du moins le principal).

Le septuor « des femmes » - © Marc Vanappelghem

La musique, à son tour, est fidèle à ce qu’on peut attendre d’une opérette, avec quelques exceptions. La majorité des airs sont légers et joyeux, entrecoupés de longs dialogues; on a quelques airs plus profonds, dont la chanson de Vilya la dryade. Sur un texte beaucoup plus poétique, narrant l’amour malheureux d’un chasseur pour la dryade qu’il a aperçu dans la forêt, la musique est plus profonde, plus lente aussi, on aurait facilement envie de dire «plus sérieuse». Les autres airs font rire et sourire, le meilleur exemple en est le septuor «des femmes». Hymne à l’«éternel féminin», il est d’abord chanté par (surprise!) sept hommes, habillés en militaires, chantant en se tenant par l’épaule, dansant le cancan, Figg, le laquais, déguisé en femme, entraînant les autres dans la danse: le tout est si délicieusement ridicule que la salle entière est presque forcée de rire. On distinguait même les sourires sur les visages des chanteurs. Par la suite, le chœur entier reprend l’air dans plusieurs tableaux, dont le final, dans une explosion de rire et de danses impressionnantes, sur une musique digne d’une fête nationale. L’ensemble de l’œuvre est donc des plus joyeux. Si cependant l’on doit faire une critique à la musique de Lehár, c’est qu’il n’a pas réussi à mêler légèreté et lyrisme, au contraire, par exemple, d’Offenbach. Sauf la chanson de Vilya, tout est, justement, joyeux, léger souvent, et manque par conséquent de relief. Dans ce sens, La veuve joyeuse va dans la même direction que Les mousquetaires au couvent, qui avait résonné à Lausanne l’hiver passé.
L’interprétation des chanteurs mérite qu’on s’y arrête un moment. Une fois n’est pas coutume, c’est plutôt le rôle titre qui déçoit un peu. Quelques notes très aiguës de Brigitte Hool semblaient parfois ne pas tenir à grand-chose. Cependant, on n’est pas ici dans un opéra comme Manon du début de la saison, où chaque air tente de crever le plafond; Missia Palmieri chante plus souvent dans une tessiture où la chanteuse était parfaitement agréable, et elle a donc pu nous ravir de sa belle voix.

On remarquera finalement, et ça résumera la production, dans le genre décalé et drôle, la biographie, dans le programme, de Patrick Lapp, qui tenait un petit rôle masculin: «Patrick Lapp est né une année paire à Lausanne, à la clinique Mornex. Des études chaotiques lui valent le mépris souriant de la plupart de ses professeurs. Adepte du théâtre universitaire, il y rencontre de belles étudiantes qui se marient très vite. Lapp se retrouve seul, face au théâtre professionnel. […] Amoureux de la musique classique et de l’opéra, il partage cette passion avec un cousin lointain, Jean-Charles Simon. Son succès dans le monde lyrique est foudroyant: il vient d’acquérir une voiture de marque allemande avec filtre à particules.»

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