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Culture
« Dessine-moi un mouton. »
Début novembre dernier avait lieu à l’Opéra de Lausanne la création mondiale de l’Opéra de Michaël Levinas Le Petit Prince, d’après le livre d’Antoine de Saint-Exupéry. Dans le cadre du programme «Jeune Public» de la saison, cet opéra pas comme les autres a eu de quoi surprendre. Pas toujours en bien.

Le Petit Prince et sa Rose – © Marc Vanappelghem

La première surprise, c’est le livret. Michaël Levinas, né en 1949, signe là son quatrième opéra. Les trois précédents sont également basés sur des livres, dont un sur La Métamorphose, de Franz Kafka. Fidèle au livre, Le Petit Prince interpelle toujours autant les enfants que les adultes. L’aviateur écrasé dans le désert rencontre le Petit Prince, arrivé sur Terre depuis son petit astéroïde, ayant visité plusieurs planètes aux étranges «grandes personnes» en un assourdissant festival d’incompréhension: «Les grandes personnes ne comprennent jamais rien toutes seules, et c’est fatiguant, pour les enfants, de toujours leur donner des explications.» Un tantinet naïf, le texte fait penser aux Voyages de Gulliver de Jonathan Swift : un conte philosophique, constitué de voyages dans différents endroits non accessibles au commun des mortels, et de rencontres fantasques dans ces endroits. Conte philosophique, cela implique la dualité du public : conte pour les enfants, philosophique pour les adultes, les uns et les autres l’apprécient ensemble. La surprise du livret est un pari réussi.
La seconde surprise, c’est les rôles et les registres. Bien sûr, l’Aviateur en ténor, le Roi et l’Ivrogne en basse, le Géographe en baryton, la Rose en soprano surprennent peu. Cependant, deux rôles sortent du lot. Il s’agit du Petit Prince, soprano, et du Renard, contreténor. Jeanne Crousaud interprétait du haut de ses aigus superbement maîtrisés le jeune garçon à l’écharpe jaune, tandis que Rodrigo Ferreira nous régalait de son registre de tête, bien plus velouté (car le Renard est rusé), descendant parfois en registre de poitrine pour quelques notes ; il jouait par ailleurs également le Serpent, mais alors uniquement en voix de poitrine. Un homme (jeune, il est vrai), joué par une soprano et un contreténor dans un opéra contemporain, voilà qui a de quoi surprendre. Le parti est pourtant réussi également. Jeanne Crousaud, comme le reste des chanteurs, assure une voix très calme, presque sans aucun vibrato; cela s’adapte très bien au caractère général de l’œuvre. Peu de pathos en d’emphase, au contraire de la dernière production, Manon, de Massenet, opéra romantique par excellence. Ici, tout est dans la subtilité des voix. La seule exception, en quelque sorte, est justement Rodrigo Ferreira. Dans son registre de tête, sa voix laisse entr’apercevoir une plénitude d’intention et de sentiment, cela même que l’on peut reprocher aux autres voix de la production de manquer – quand bien même cela est voulu.

Le désert – © Marc Vanappelghem

La troisième surprise, c’est la musique. La composition de Michaël Levinas s’inscrit définitivement dans la catégorie des musiques contemporaines. Comprenez: peu de rythme, pas de mélodies, beaucoup de notes sans lien apparent, atonal. D’aucuns, dont moi, diraient: une cacophonie. La partition est probablement intéressante à travailler, on doit y découvrir beaucoup de logique (je l’espère!), mais l’écoute seule est vraiment ingrate. A peu de chose près, on saigne des oreilles. La surprise réside justement dans le fait qu’elle surprend: il n’est pas possible de juger cette musique comme «moins belle» dans une échelle absolue; nous savons bien que tout est relatif. Cependant, pour des oreilles habituées à ce qu’on a appelé la musique savante européenne (plus simplement «musique classique»), ça change trop pour qu’elles puissent apprécier cette musique si différente. Quelques passages se veulent plus harmonieux, dont un, le début de la scène du Géographe, qui pourrait être une copie conforme d’un récitatif d’un opéra de Haendel. La scène du Renard également rappelle le baroque, et la voix de contreténor n’y est pas pour rien. Le reste, cependant, demeure très hermétique à nos critères de beauté. D’autant que Le Petit Prince se voulait une première approche de l’opéra pour le jeune public, c’était un pari très risqué, cette fois perdu.

Le Petit Prince et le Renard – © Marc Vanappelghem

La mise en scène et les décors, même si peu surprenant, sont toutefois une réussite. Les costumes, réalistes, sont beaux, le jeu est naturel, l’ambiance accordée aux situations. Le décor du désert, faite de dunes en tenture relevée, sur lesquelles une couleur est projetée, donne l’illusion sans avoir besoin d’ensabler la scène. Dernière surprise, peu important en soi: un chanteur torse nu, le Renard. A une époque où l'on voit plutôt des femmes dénudées à la télévision, voir un torse d’homme à l’opéra surprend, mais ça reste du détail. Le reste du costume est plaisant, surtout la sorte de casquette renard. Le jeu, également, est très bon. La gestuelle fait vraiment penser à un renard, rusé et observateur. De même, le Serpent, dans son costume rampant de plusieurs mètres de long, est impressionnant. De plusss, il prolonzzze sssertaines lettres et en prononssse d’autres mal eksssprès. L’impression reste celle d’une mise en scène simple et colorée surtout adressée aux enfants.
Le bilan global de cette production est mitigé. Tout était bien, sauf la musique, mais la musique reste le point principal d’un opéra. Pour moi, on reste sur une déception, mais qui fait beaucoup réfléchir sur ce que la musique peut-être en dehors de celle à laquelle on est habituée, et sur la nature de l’opéra. Est-ce que la prochaine création mondiale de cette saison lausannoise, Solaris, sera dans la même veine? Ou se rapprochera-t-on de l’opéra plus traditionnel? En attendant, la prochaine production, l’opérette La veuve joyeuse, nous promet de rire en musique, comme c’est la tradition à Noël à Lausanne.

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