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Culture
Le Professeur Rollin aura toujours quelque chose à dire
Dimanche soir, François Rollin jouait pour la dernière fois son nouveau spectacle au Théâtre de la Grenette à Vevey. Après l’avoir rencontré samedi, nous assistions à cette ultime représentation du Professeur Rollin se rebiffe. L’occasion de revenir plus en détail sur la carrière d’un artiste pour qui le rire est une affaire sérieuse, et le sérieux une chose dont il faut rire.


Palace
« Le Professeur Rollin a toujours quelque chose à dire », nous disait-on dans Palace. Effectivement, tout au long de ses six épisodes, la série déjantée de Jean-Michel Ribes sera régulièrement ponctuée par les interventions de ce personnage loufoque, qui fournit au téléspectateur des explications aussi détaillées que parfaitement absurdes de notions futiles ou improbables. Nous sommes en 1988, la carrière d’un pilier de l’humour francophone démarre en même temps que naît son alter-ego le plus emblématique.

Ancien journaliste au Monde, François Rollin passe par les colonnes de Fluide Glacial et Vu de Gauche avant d’acquérir finalement une notoriété grâce à Palace. Il rejoint ensuite la rédaction des Guignols de l’Info et contribue un temps au succès de l’émission (la fameuse boîte à coucou de Johnny Hallyday, c’est lui !).

En 1990, il monte son premier spectacle, Hirondelles de Saucisson. Incarnant un personnage proche du Professeur, Rollin y pose déjà les bases de ce qui sera au centre de son œuvre : une réflexion sur le rire, le langage et l’imaginaire. Prétendant inculquer à ses spectateurs des règles strictes qui régiraient l’humour, les trompant par des stratagèmes métatextuels ou s’exaspérant de leur rire, il questionne son public sur les raisons qui actionnent leurs zygomatiques (à l’instar de cet instant où il se met à peler une pomme puis casser des assiettes en déblatérant les possibilités d’interprétation de ce geste s’offrant à l’assemblée). A force de digressions interminables ou inutiles, de pertes de mémoire qui le mènent à rechercher inlassablement des faits secondaires ou des mots évidents, et finalement de sketches qui ne mènent nulle part, Rollin nous met à l’épreuve, jouant sur le temps et nos attentes. Enfin, les références à des éléments déjà évoqués ou les annonces subtiles de développements à venir testent notre propre capacité mémorielle. Bien plus que de simples running-gags, ces correspondances et autres explications à rebours assurent la cohérence de l’ensemble, chaque morceau répondant à celui qui le précède et tous s’articulant autour d’un fil rouge commun.


Colères
Avec son second spectacle, l’artiste signe son chef-d’œuvre. Colères met en scène Jacques Martineau, personnage à la fois terrifiant et pathétique, qui vient interrompre le show du « comique professionnel » censé jouer sur scène pour faire part de son indignation quant à la propension générale à rire de tout. Deux heures durant, ce petit bonhomme colérique laisse s’exprimer toute sa frustration au travers d’une violence à la démesure ridicule et d’une mauvaise foi sans pareil. Il invective l’assemblée et l’accuse de tous les maux tout en partageant avec elle ses propres traumas, devenant de fait plus touchant que véritablement détestable. De la manière la plus risible qui soit, Rollin va cette fois-ci prétendre poser des limites à l’humour. A travers cette figure qui ne cesse d’énumérer toutes les choses à propos desquelles on ne peut pas plaisanter, il parvient effectivement à nous faire rire de tout, du plus grave au plus crétin. Colères se pose ainsi comme l’une des meilleures réponses à la fameuse question « Peut-on rire de tout ? ».

En 2003, la troisième création de François Rollin est l’occasion pour le personnage du Professeur de faire ses premiers pas sur scène. Dans Le Professeur Rollin a encore quelque chose à dire, il donne une conférence sur la progression diagonale. L’occasion pour lui de traiter de nombre de sujets aussi futiles qu’incongrus avec la fantaisie qui le caractérise. Comme toujours, le Professeur répond avant tout « aux questions qu’on ne se pose pas » (pour reprendre les termes de

son créateur). Ainsi, il prend au premier degré ou fait des lectures rationalistes de choses qui n’ont aucun sens ou qui ne le demandent tout simplement pas, l’analyse scientifique de son environnement étant pour lui une sorte de refuge aux angoisses existentielles.

A la suite de ces trois perles, Rollin se lance dans un projet personnel et ambitieux : enchaîner, sous l’appellation des FMR, dix représentations proposant chacune un spectacle différent, parfois en présence d’un artiste invité. Entre autres, il organise un Championnat du Monde de Récit par Equipe en compagnie de Clémentine Célarié et Jackie Berroyer ou encore un exercice sur le thème du respect du public avec la complicité de Ramzy Bédia et André Gaillard, tout en partageant, seul sur scène, sa passion pour la musique militaire ou Victor Hugo.

Parallèlement à ses propres créations, il collabore également à d’autres projets (notamment avec Edouard Baer pour Le Grand Mezze) et écrit ou met en scène des spectacles de certains de ses collègues (d’Arnaud Tsamère à Jean-Marie Bigard). Aujourd’hui, après avoir enchaîné les chroniques à la radio ou à la télévision et multiplié les apparitions plus ou moins remarquées dans des fictions sur petit et grand écran (il prête ses traits au Roi Loth d’Orcanie dans la série Kaamelott), il revient enfin sur scène.

Co-écrit avec son compère Joël Dragutin et mis en scène par Vincent Dedienne, Le Professeur Rollin se rebiffe marque le grand retour du scientifique le plus décalé du métier. Autour d’un fil rouge qui entend cette fois-ci décrypter « la mystérieuse affaire de la biche de Cologne », s’articule la lecture par le Professeur de son courrier des lecteurs. Les réponses absurdes données aux questions existentielles qu’il reçoit sont alors l’occasion d’évoquer la liberté d’expression et la menace de censure que la bien-pensance actuelle fait peser sur elle. Comme à l’accoutumée chez Rollin, rien n’est jamais gratuit et l’absurde a toujours du sens. Au-delà du rire, l’artiste a un message clair à faire passer. C’est tout à la fois la grande force et la légère faiblesse de ce nouveau spectacle.


En effet, on sent plus que jamais Rollin très concerné par le sujet et déterminé à le traiter avec force conviction. De fait, comme il nous le confiait d’ailleurs en interview, le Professeur s’attaque plus frontalement à des questions de société et se révèle alors plus volontiers premier degré que précédemment, assénant régulièrement son discours sans aucune fioriture. Ce que le propos gagne en clarté, il le perd donc en subtilité : à force d’exprimer littéralement ce qu’il devrait suggérer, l’acteur sort par instant de son personnage pour redevenir François Rollin. Moins brillant que Colères (hilarant du début à la fin et à la fois cohérent et percutant dans son fond) et moins varié que Le Professeur Rollin a encore quelque chose à dire (dont le message était peut-être un peu moins clairement défini mais où la poésie et l’imaginaire étaient bien plus présents), Le Professeur Rollin se rebiffe souffre ainsi de quelques baisses de rythme et d’efficacité.

Mais heureusement, tout cela n’est dans l’absolu que pur pinaillage d’aficionado exigeant. Au-delà de ces défauts, la pièce reste un formidable moment de théâtre qui propose forcément de nombreuses perles. Comme à son habitude, le Professeur répond avec sérieux à des questions parfaitement futiles, tandis qu’au contraire les interrogations profondes sont l’occasion pour lui de se laisser aller à quelques grossièretés. « Quelle est la meilleure époque pour tailler ses rosiers ? Le XVIIe siècle, bien sûr ! ».

Sincère et engagé, écrit, mis en scène et interprété avec brio, ce nouveau spectacle est une preuve de plus du talent de François Rollin. Un artiste qui ne cède à aucune facilité trop souvent récurrente dans l’humour francophone et qui se pose de véritables questions sur ce qu’il fait.

Une chose est sure : le Professeur Rollin aura toujours quelque chose à dire. Et on ne va pas s’en plaindre.

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