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Culture
Vincent Baudriller: «Le théâtre est le lieu de la rencontre avec la différence»
Notre numéro d’octobre 2014 proposait un petit coup d’œil sur ce que certains appellent «le nouveau Vidy». Nous élargissons ici cet horizon, libérés des limites de l’édition papier, en apportant quelques éléments supplémentaires sur la philosophie développée par son nouveau directeur.

C’est désormais dans un foyer métamorphosé que le spectateur pénètre en se rendant au théâtre de Vidy. Le clin d’œil à Max Bill et à l’année qui a vu l’émergence du bâtiment – 1964 – est évident: sol en béton ciré, tables et bancs aux formes géométriques, et même lounge au mobilier fin 1960. Mais la volonté derrière cette esthétique industrielle n’est pas seulement d’évoquer les origines: «On est une fabrique, une petite usine de théâtre, rappelle Vincent Baudriller. Avec des artistes et des techniciens qui travaillent pour créer des objets artistiques. La transformation du foyer est aussi un geste pour raconter cela.»

«Le théâtre fait partie du vivre-ensemble d’une cité»

Galerie photos: le foyer en travaux

Plus moderne, et plus en dialogue avec l’architecture du bâtiment – le sol de l’Expo 64 n’était pas couvert de moquette –, le foyer est aussi plus lumineux grâce au dégagement d’une fenêtre supplémentaire vers le lac, et s’ouvre désormais également aux arts plastique. Se voulant le plus accessible et le moins impressionnant possible («le théâtre doit être ouvert à tous»), il accueillera dès le 8 novembre une librairie et une bibliothèque et remplira ainsi pleinement son rôle de lieu de vie et de rencontre. A noter que le foyer sera ouvert tous les jours dès midi. «Le théâtre fait partie du vivre-ensemble d’une cité», estime Vincent Baudriller. L’on comprend dès lors toute l’importance du foyer comme centre névralgique, où se mêlent spectateurs, artistes, administrateurs et techniciens, et vers lequel convergent les quatre salles de Vidy; une pluralité à la fois rare et profitable.

Le K de Kunst

Ce nouveau lieu se nomme Kantine, «avec un K». Si ce nom a outré quelques lecteurs du 24 heures à cause de son côté germanophone (cf. Courriers des lecteurs des 3.09 et 11.09), le directeur de Vidy insiste sur la symbolique d’ouverture qu’il véhicule: «Le théâtre est un carrefour générationnel et culturel; c’est le lieu de la rencontre avec l’Autre, avec la différence. C’est aussi la forme artistique la plus ancrée sur son territoire: on ne fait pas du théâtre à Lausanne comme on en fait à Zurich – même le modèle de production varie. La richesse de la Suisse est d’avoir plusieurs cultures, plusieurs langues. De pouvoir, politiquement, réussir à travailler sur le vivre-ensemble de cette diversité, c’est un véritable exemple. Cette richesse-là il faut en être fier, il faut la revendiquer.»

Le K de Kantine fait référence à l’expression suisse-allemande qui désigne les cafétérias des théâtres où se rencontrent quotidiennement artistes et techniciens (les deux professions étant attachées à un lieu unique dans le modèle de production germanique). Le K du nouveau foyer de Vidy fait ainsi écho à la programmation d’une part – qui mêle les artistes romands et alémaniques – et d’autre part à l’histoire du théâtre: Max Bill était zurichois, et Matthias Langhoff (l’un des premiers directeurs de l’institution), allemand.

Aux lecteurs du quotidien vaudois, Vincent Baudriller répondait: «La langue allemande est avant tout une langue de la pensée, de l’amour et de l’art. Kunst, avec un K.» (24 heures, 12.09)


La cour des arts, actuelle terrasse du théâtre, lors de l'Expo 64 (© Mireille Diggelmann-Golay / notrehistoire.ch)
Lausanne, capitale européenne de création théâtrale

Le week-end d’ouverture, début septembre, a remporté un franc succès. Non seulement la fréquentation était très bonne, mais le public extrêmement nouveau et varié. «Il y avait trois, voire quatre générations de spectateur», s’est réjoui le directeur. Une diversité qui fait écho à la programmation, rassemblant des artistes de 25 à 73 ans.

La météo clémente aidant, certains passionnés ont pu suivre plusieurs spectacles par jour tout en dégustant grillades et bières sur la terrasse pendant les entractes. Nous retrouverons vite ce genre d’ambiance à Vidy, notamment lors du festival organisé conjointement avec l’Arsenic, en mars 2015. Car Vincent Baudriller a bien l’intention de profiter au maximum des quatre salles mises à sa disposition, qui permettent d’imaginer des parcours, de «travailler sur les résonances entre les œuvres».

Ce genre de temps fort est par ailleurs particulièrement apprécié par les programmateurs – déjà très présents lors du week-end d’ouverture –, qui peuvent voir plusieurs spectacles par jour. Pareil pour la presse étrangère, plus encline à faire de longs trajets pour assister à plusieurs pièces. Une occasion en or pour offrir aux artistes romands la possibilité d’un rayonnement international. Le mois de mars n’a par ailleurs pas été choisi pour rien: aucun autre gros festival n’est planifié à cette période de l’année. L’idée est donc de faire de Lausanne, pendant dix jours, une capitale européenne de la création théâtrale et chorégraphique. Le théâtre Sévelin 36, la Grange de Dorigny et les Docks feront en outre également partie de l’aventure.

Le théâtre du bord de l’eau se porte donc plutôt bien en ce début de saison, et son directeur se montre confiant pour la suite: «Ma programmation parie sur la curiosité des spectateurs, sur la force du théâtre d’aujourd’hui. La réaction du public au Prologue et au week-end d’ouverture me permettent de continuer dans la ligne que j’ai envie de défendre ici.» Vincent Baudriller planche d’ores et déjà sur la saison prochaine, qui promet de mêler toujours grands noms de la scène européenne et créations romandes; une production locale qui semble «singulière et forte» au directeur de Vidy.

Nouveau lieu, nouvelle philosophie


La nouvelle Kantine (© Théâtre de Vidy / Facebook)
En multipliant les partenariats avec les institutions culturelles locales – l’Arsenic bien sûr, mais aussi la Grange de Dorigny, l’ECAL, le Musée de l’Art Brut, le Festival de La Bâtie, la Nuit des images, le Musée de l’Elysée, le Festival Vevey Images, la Manufacture et d’autres encore –, le nouveau directeur du théâtre de Vidy a montré sa volonté de s’ancrer dans le territoire. Ce qui n’est pas anodin pour Vincent Baudriller qui rappelait, à l’occasion d’une conférence donnée à l’Alliance française de Berne, que le théâtre est l’un des seuls arts à donner des œuvres non reproductibles – contrairement aux mondes de l’édition et du cinéma, par exemple. Par conséquent, son inscription dans un lieu et un temps donnés est très forte. L’expression-même de «théâtre contemporain» apparaît ainsi comme un pléonasme: même un texte classique est toujours interprété dans le présent; et son interprète ne peut faire abstraction du contexte dans lequel il s’inscrit lui-même. Vincent Baudriller note, en revanche, que le théâtre circule de plus en plus de pays en pays, ce qui influence la création: «Avant, les jeunes générations ‘’tuaient les pères’’; s’élevaient contre ce qui se faisait avant eux. Maintenant, elles compilent. Un artiste comme Vincent Macaigne s’est nourri des spectacles de Romeo Castellucci, Rodrigo Garcia, Thomas Ostermeier… certaines influences sont très visibles.»

En résumé, quelle que soit l’époque, l’art dramatique conserve les mêmes caractéristiques: le partage d’un temps et d’un espace entre public et comédiens, la coprésence de vivants face à d’autres vivants, et finalement le fait de «parler du monde». D’ailleurs, à la question «comment faites-vous pour choisir les pièces que vous programmez?», Vincent Baudriller répond que ce qui importe le plus, c’est «la nécessité du geste artistique. La volonté de transmettre une parole et d’inventer une forme nouvelle pour le faire.»

Une forme qui peut varier: si, pour des metteurs en scène comme Romeo Castellucci ou Vincent Macaigne, c’est d’abord l’expérience physique face à la représentation qui prime – avant que les images ne fassent leur chemin dans la tête des spectateurs –, ce n’est pas toujours le cas. La responsabilité du directeur de théâtre étant de rendre le mieux possible «la liberté offerte par le plateau au créateur». Et Vincent Baudriller de citer Inferno, création de Castellucci d’après Dante au festival d’Avignon en 2008: «Il s’agissait d’un dialogue avec une œuvre référente, dans un monument historique qui lui est lié – puisque Dante a écrit La Divine Comédie à Avignon –, par un artiste d’aujourd’hui et devant un public très large. Il y a eu 1500 personnes, dont beaucoup n’avaient jamais rien vu de tel et ne savaient pas que le théâtre, c’est aussi ça. Je ne dis pas que c’est ça, le théâtre. Mais c’est aussi ça.» Une pluralité des formes qui, nous l’aurons compris, tient particulièrement à cœur au nouveau directeur de Vidy. Celui à qui l’on a pu reprocher de vouloir la mort du texte insiste d’ailleurs sur l’orientation littéraire qu’il a voulu donner à sa première saison au bord de l’eau: «Le rapport à l’écriture est principalement focalisé sur la littérature cette année, avec Dostoïevski, Faulkner, Haenel, Moravia ou Ramuz. Ce sera différent lors de la prochaine saison.»

Il est donc difficile, face à cette nouvelle direction, de se dire simplement: «j’aime pas», et de passer son chemin; l’avenir du Théâtre Vidy-Lausanne se dessine sous l’angle de la diversité et de l’ouverture.

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