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Culture
« Et c’est là l’histoire de Manon Lescaut ! »
Vendredi dernier, le 3 octobre 2014, l’Opéra de Lausanne ouvrait sa saison intra muros avec Manon de Jules Massenet. Créée le 19 janvier 1884 à l’Opéra Comique de Paris, cette œuvre issue du roman L’histoire de Manon Lescaut et du chevalier des Grieux de l’abbé Prévost était jouée dans une nouvelle production de la maison lausannoise. En tête d’affiche, Anne-Catherine Gillet dans le rôle de Manon et l’américain John Osborn pour le chevalier des Grieux; Lescaut, cousin de Manon, sera incarné par Boris Grappe, que l’on avait déjà entendu l’année passée à Lausanne dans Lakmé. A la baguette, Jesús López Cobos, dirigeant l’Orchestre de Chambre de Lausanne et le Chœur de l’Opéra de Lausanne.

Manon et le Chevalier des Grieux – © Marc Vanappelghem

L’intrigue: 1721. La jeune Manon est promise au couvent. Un soir, en chemin, elle retrouve son cousin dans une hôtellerie. Alors qu’il joue et qu’elle l’attend, le Chevalier des Grieux tombe sur elle. Le coup de foudre est immédiat; les deux s’enfuient à Paris. Ils y vivent heureux dans leur amour, mais Manon le trahit malgré ses regrets pour être «reine par la beauté», suivant les conseils du vil Brétigny, ami de Lescaut, venu avertir le Chevalier qu’il devra épouser Manon (question d’honneur de famille), ce qui était déjà prévu. Quatre ans passent. Manon est heureuse, aimée de tous, jeune et si belle. Elle profite de la vie, mais en entendant par du Chevalier des Grieux, devenu l’Abbé des Grieux, qui depuis le temps l’a oubliée et s’est tourné vers Dieu, elle tremble. Elle va le retrouver dans son église, et la supplie de lui pardonner. Dieu n’a pas réussi à la lui faire oublier, et il cède finalement, s’enfuyant avec elle à nouveau. Dans l’hôtellerie où ils se réfugient, les jeux vont bon train, et la vie est belle à nouveau. Sur le conseil de Manon, cependant, qui n’«aime pas la misère», le Chevalier joue contre un jaloux, Guillot, et gagne beaucoup. Guillot, persuadé de tricherie, alerte la police. Le Chevalier est tout juste sauvé par l’apparition de son père moralisateur, mais Manon est emmenée en tant que «complice». Avec l’aide de Lescaut, le Chevalier la sauve durant son trajet vers le bateau qui doit l’emmener en exil, mais il est trop tard. Après s’être remémoré leur amour si beau à Paris et avoir demandé pardon au Chevalier, qu’il lui accorde, Manon meurt dans ses bras.

Les robes et le mobilier sont très réussis. – © Marc Vanappelghem

La production lausannoise fait mouche avec ses costumes d’époques superbes. Premièrement, les perruques: avant la fermeture des portes, le rideau est ouvert, cinq chaises sur scène. Pendant que le public s’installe, les cinq chaises se remplissent. Curiosité des personnages: tous sont en costume d’époque, mais portent une sorte de foulard sur le crâne, qui leur cache les cheveux. A l’extinction des feux, avant l’ouverture musicale, des laquais (aussi en costume) arrivent, une derrière chaque chaise, et recouvrent les personnages d’une perruque avant de la poudrer! Ça n’apporte rien à l’histoire, il n’y a pas de musique, mais c’est comique et plaisant. Pour en revenir aux costumes: les chapeaux et les robes de ces dames, les cuissardes, manteaux et tricornes de ces messieurs égaient la scène de leurs couleurs, de leur coupe et leur éclat. Les décors, de même, sont d’époque. L’ambiance XVIIIème est très bien rendue. C’est un des bons points de la production.

Les robes et le mobilier sont très réussis. – © Marc Vanappelghem
Le second bon point, c’est la mise en scène: une grande réussite. Du côté scénique, les panneaux amovibles permettant de cacher une moitié de la scène sont utilisés avec un très bon effet, comme pour cacher une partie de la pensée d’un personnage, voire même couper une scène en deux parties. Du côté des personnages, les mouvements sont maîtrisés et adaptés aux situations – cela sous-entend que les aller-retours parfois agaçants de l’amoureux déchiré entre la femme qu’il aime et son devoir (ici: Dieu) sont bien présents; ça fait presque partie de l’histoire. Pas de nouveautés incroyables, mais du classique comme on l’aime bien. A l’acte III, la maison sort quand même le grand jeu avec rien de moins qu’une montgolfière sur scène! Manon, triomphante, entre sur scène depuis le haut, pendant que le peuple chante son bonheur au dessous. L’effet est bluffant! On remarque aussi des tableaux où le chœur, grand acteur de l’opéra, se fige entièrement au claquement de doigts d’un comédien, parfois pendant plusieurs minutes, le temps d’un dialogue, puis reprend son activité fourmillante lors d’un second claquement. Bravo aux choristes et comédiens, dont l’immobilité est quasi-parfaite! Ombre au tableau de la mise en scène: l’ombre, justement, ou plutôt: l’obscurité des parois scéniques. Toujours dans le noir-gris anthracite, ils assombrissent le brillant des costumes et des décors; l’effet est un peu tristounet et incompréhensible. De plus, on y distingue une rangées de silhouettes sombres et menaçantes, surplombant la scène entière tout autour. La raison de leur présence reste un mystère… peut-être la société qui critique le libertinage de Manon? L’histoire, de par le tragique, semble plutôt donner raison à Manon, et non l’inverse. Un caprice de décorateur? Le mystère reste. Dans l’ensemble, cependant, la mise en scène est également un bon point.

Les parois scèniques assombrissent la production entière. – © Marc Vanappelghem


Et la musique dans tout ça? Eh bien, c’est un peu la déception. Premièrement, des rôles comme Guillot ou Brétigny, légers de par nature, le sont parfois tellement que la frontière entre parole et musique est ténue; on ne sait pas toujours s’ils chantent ou s’ils parlent avec emphase. L’impression est donc mitigée dès le début, car ces personnages apparaissent dès le premier acte. Manon, cependant, rattrape le tout. Anne-Catherine Gillet, pourtant dans sa première Manon, est sublime. Délicate et timide quand il le faut, touchante lorsqu’elle se remémore son amour si beau et sa trahison, décoiffante lors de ses duos avec John Osborn, la soprano remporte le défi de ce rôle titre haut la main. John Osborn, en revanche, peine parfois à donner du relief à son Chevalier des Grieux. Souvent dans l’excessif, il ne donne pas beaucoup de profondeur à un personnage qui n’en a peut-être pas tant, face à une Manon complexe et travaillée. Les rôles secondaires de Lescaut, par Boris Grappe, et des trois actrices Poussette, Javotte et Rosette, sont parfaits dans ce qu’ils doivent être: légers et amusants, ainsi que sérieux (aux heures perdues) pour le cousin de Manon. En revanche, et ça, la production n’y peut rien, la musique de Massenet a mal vieilli. Trop romantique, elle ne permet pas grand chose et ne fait guère cas de «simple» mélodies: il faut toujours aller chercher la note encore plus haute ou plus grave. Résultat: le Chevalier et Manon, dans leur aigus, ne sont plus compréhensibles, et, pour peu, ils se crieraient dessus plutôt que de chanter. Certains aiment ça, mais d’autres trouveront sans doute dommage de perdre de la compréhension, du phrasé et de la beauté pour simplement quelques demi-tons de plus.

En conclusion, une ouverture de saison réussie: l’histoire s’y prête bien et tout ce qui dépendant directement de l’Opéra de Lausanne (mise en scène, décors et costumes, jeu, interprétation) est réussi; la musique laissera tout de même espérer une meilleure suite de programme annuel.

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