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Culture
La goutte d’eau qui fait déborder le vase
Noé
De Darren Aronofsky | Drame/Action
Avec Russel Crowe, Jennifer Connelly et Ray Winstone


Commençons par poser une hypothèse : Darren Aronofsky est un réalisateur surestimé.

Tout de suite, ça grince des dents, ça s’offusque, ça proteste… Calmons-nous et reprenons tout depuis le début.

Remarqué avec Pi, intéressant thriller paranoïaque, le cinéaste trouve véritablement le succès avec Requiem For A Dream. Certes passionnant d’un point de vue formel, le film n’en reste pas moins limité dans son propos et particulièrement linéaire et attendu dans son déroulement. Adoubé d’office, Aronofsky se lance dans un projet ambitieux, qu’il aura finalement bien du mal à faire aboutir : The Fountain. Perdant son acteur principal (Brad Pitt, parti faire Troy), il devra trouver un nouveau casting et revoir à la baisse ses ambitions, faute de financements adéquats. Après avoir longuement bataillé, il livrera finalement un délire métaphysique à l’imagerie boursouflée et à la narration confuse, martelant un message prétentieux, naïf et plat. Ainsi, l’échec est d’autant plus cuisant aujourd’hui quand on a vu ce que d’autres ont réussi à faire avec le même principe d’intrigues entremêlées à travers plusieurs époques et lieux autour d’un thème commun (Cloud Atlas, quoi !).


Malgré le plantage commercial, Aronofsky parvient assez vite à renouer avec le succès et sera définitivement baptisé «best auteur of the world» par la critique grâce à ses deux films suivants : The Wreslter et surtout Black Swan. Deux belles œuvres, nous ne dirons pas le contraire, mais dont il conviendrait de minimiser l’originalité révolutionnaire et la perfection inattaquable tant acclamés. Par exemple, en soulignant que la première appuie beaucoup trop sur le misérabilisme de son univers pour que le récit sonne réellement juste, et en rappelant la très grande part d’emprunts de la seconde au Perfect Blue de Satoshi Kon (dont Aronofsky a toujours piqué de nombreux plans et morceaux de scénario, et ce dès Requiem For A Dream, sans jamais reconnaitre officiellement son influence)…

On pourrait également ajouter que l’auteur de Pi tourne un peu en rond, répétant à chaque film le même récit, celui d’une autodestruction. La récurrence n’est évidemment pas interdite aux cinéastes. Au contraire, la plupart des grands auteurs raconte au fond toujours la même histoire et illustre continuellement les mêmes thèmes. Ces artistes mettent là en scène leurs obsessions personnelles et se créent ainsi une réelle identité, une patte. Mais dans le cas d’Aronofsky, c’est à chaque coup le même schéma narratif qui est reproduit à l’identique, sans véritablement évoluer.


Bref : Darren Aronofsky n’est pas un mauvais réalisateur, loin de là, il s’agit d’un artiste inventif et passionné, qui a le mérite de tenter l’exercice dans des registres différents (malgré ses redites). Néanmoins, l’aura d’auteur brillant et inattaquable dont il semble disposer aujourd’hui nous apparait bien contestable. Mais que voulez-vous : dès qu’un film est un tant soit peu léché et s’auto-revendique intello, ça crie immédiatement au « génie visionnaire ».

Pourtant, même si d’irréductibles fans continueront sans doute à fermer les yeux, Noé devrait calmer les ardeurs, si démesurées soient-elles…

Il est ainsi assez amusant de voir les aficionados du bonhomme souligner avec étonnement (voire inquiétude) le passage de ce dernier au blockbuster (comme si l’idée d’« auteur » y était incompatible), avant de se féliciter du tollé provoqué par l’annonce de cette adaptation biblique dans certains pays arabes, ainsi qu’aux Etats-Unis (comme si offusquer les croyants était un gage de qualité). Cette aura sulfureuse suffisait à certains pour être conquis d’avance ; la vision du résultat final risque de les faire déchanter.

A l’instar de The Fountain, Noé est un projet au potentiel énorme mais sous-exploité, aux ambitions conséquentes mais rarement abouties ; un film bordélique au possible.


Si Aronofksy semble avoir retenu les thèmes fondamentaux du récit biblique (réflexion sur la nature humaine et questionnement de la foi), son adaptation part dans tous les sens et finit par tout traiter en surface. A part nous répéter tout du long que l’Homme est un salaud pour finalement nous dire qu’il peut éventuellement se révéler bon, le propos ne va pas très loin et se trouve surtout très mal exécuté. On veut nous faire croire que le héros est passé par une longue réflexion pour arriver à cette conclusion, mais l’évolution est particulièrement grossière. Noé met une demi-heure pour comprendre qu’il doit construire l’arche puis ne doute quasiment pas, s’engouffrant de plein pied dans sa tâche, avant de virer psychopathe fanatique pendant tout le troisième acte, pour qu’au final un bref regard sur deux bébés suffise à le faire changer d’avis.

Autour de ce fil rouge bien fragile gravite une série de sous-intrigues au mieux inintéressantes (Logan Lerman qui vire du côté obscur parce que son prophète de papounet ne veut pas embarquer sa copine), au pire carrément risibles (Anthony Hopkins, attifé comme le Père Fouras, qui cueille des framboises).


Un joyeux bordel, donc, qui s’applique également au traitement visuel. Si l’idée de lorgner du côté de la fantasy s’avère intéressante, l’univers graphique ne suit jamais une ligne directrice claire et s’éparpille dans toutes les directions. Nous gratifiant du production design le plus incohérent du monde, Aronofsky nous balance, en vrac, des Ents en caillou, Ray Winstone qui tire à l’arquebuse magique pendant que ses soldats, fringués comme le méchant de La Cité de la Peur, chargent avec des tôles piquées au chantier du coin, une feuille de sauge qui fait office de test de grossesse, et, cerise sur le gâteau, une représentation du péché originel tout kitsch avec filtre flashy et CGI dégueu. Sans compter l’utilisation lourdingue des symboles et images mythologiques, mais ça, ce n’est pas nouveau : comme dans The Fountain, illustrer la don de vie et le pouvoir divin consiste uniquement à faire pousser des pâquerettes un peu partout...

Prétentieux et vide, sans cesse balloté entre le gros blockbuster débridé et le film d’auteur, hésitant entre l’imaginaire pur et le réalisme cru, Noé se noie dans ses ambitions contradictoires et coule à pic (avouez que ça aurait été dommage de ne pas la faire !).

Darren Aronofsky n’est pas un génie visionnaire, loin de là, c’est un artiste intéressant, capable de belles choses, mais qui n’a fondamentalement pas grand-chose de neuf à proposer, quand ce qu’il nous offre n’est pas carrément périmé.

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