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Campus
EPFL: Le fric et le sang traversent la pierre
Lundi, la première pierre du bâtiment « Under One Roof » était posée à l’EPFL, symbole de la présidence mégalomaniaque de Patrick Aebischer. Un ultime bâtiment qui résume à lui seul une politique académique peu reluisante et des pratiques discutables.


Swiss Tech Convention Center
Accusant, selon d’aucuns, la tare de n’avoir su s’américaniser assez prestement, l’EPFL court maintenant après un retard fantasmé. Depuis quelques années, elle ne cesse de s’accroître, de construire et de faire de l’oeil aux investisseurs: Rolex Learning Center, ouvert au public en 2010, d’une valeur de 110 millions, financé entre autres par Rolex, Crédit suisse, Novartis, Nestlé, et du Swiss Tech Convention Center; Swiss Tech Convention Center, sorti de terre l’an dernier en compagnie de son complexe de logements et de commerces, sponsorisé par le Crédit suisse (encore lui).

Rolex Learning Center


Un nouveau bâtiment
A présent, on nous annonce que la première pierre du bâtiment « Under One Roof », « passerelle entre la science et la culture », a été posée ce lundi. L’édifice, dont le coût s’élève à 39 millions de francs selon la RTS, sera financé presque de moitié par la Confédération. Le reste, lui, sera assuré par le mécénat, « avec la participation exceptionnelle (ndlr: à hauteur de 5 millions de francs), de la Fondation Gandur pour l’Art », nous dit l’EPFL. Exceptionnelle? On serait tenté de dire « contestable » puisque le milliardaire à la tête de la fondation, Jean-Claude Gandur, a quelques casseroles à son actif. Et pas des moindres. D’après GRAIN, une organisation internationale qui soutient la lutte des paysans et des mouvements sociaux pour renforcer le contrôle des communautés sur des systèmes alimentaires fondés sur la biodiversité, le personnage en question fait bonne figure au classement mondial des responsables de l’accaparement des terres agricoles. En 2012, lors d’un rassemblement organisé par des agriculteurs de Sierra Leone, plusieurs participants prennent la parole au sujet du projet de culture de canne à sucre par Addax Bioenergy, une société d’éthanol, propriété de Gandur.


Under One Roof


Ils disent avoir été « expulsés de [leurs terres] sans compensation » et, dans l’incapacité de cultiver, contraint d’acheter du riz malgré leur indigence. « Les gens meurent de faim », ajoutent-ils. Tant pis. La société accapare 10’000 hectares de terres « fertiles et bien arrosées » et de forêts, privant en outre les paysans vivant en aval de leur accès à l’eau. D’après GRAIN, « la plantation de canne à sucre d’Addax est censée utiliser 26 % des eaux du plus grand fleuve de Sierra Leone durant les mois les plus secs, de février à avril ». Gandur argue pour sa part d’une « bonne façon de réintroduire l’agriculture en Afrique », précisant qu’il ne se sent pas coupable: « je ne fais rien d’immoral », rassure-t-il. Il est vrai que sur le site de sa société, le discours est sensiblement différent: on y apprend que les activités du groupe en Sierra Leone ont permis « l’amélioration de la sécurité alimentaire », « le développement de l’économie locale », etc. Un beau projet humanitaire en somme.


Jean-Claude Gandur
Une nouvelle muséographie
Notre philanthrope, amateur d’art inconditionnel, ne compte pas s’arrêter en si bon chemin sur le campus lausannois. En lien avec « Under One Roof », il devrait sous peu financer une chaire d’humanités digitales avec, pour but premier, ni plus ni moins que la réinvention de la muséographie. Selon Gandur, le seul moyen d’attirer un nouveau public dans les musées consiste à intégrer à l’expérience dudit musée la réalité augmentée à l’aide de Google glasses, de tablettes et d’autres outils numériques afin que le spectateur puisse « fabriquer le musée qui l’intéresse ». D’après une explication fumeuse qu’il a fournie sur les ondes de la RTS, lorsqu’un enfant ne comprend pas une oeuvre, il s’agit de lui coller des électrodes sur le crâne, des binocles 3D sur le nez, et de le laisser créer son propre univers. Il est loin le temps où les parents tentaient d’inculquer à leur progéniture une once de culture. Dans l’ère du numérique, l’oeuvre n’a plus de racines, l’artiste plus d’importance. L’objet lui-même n’a plus de valeur puisqu’il appartient à chacun de le réinventer. Le péquin devient à la fois commissaire d’exposition, artiste et spectateur de son propre « génie ». Satisfait, il se complaît dans un monde qu’il réinvente par le prisme de son IPhone. Plus besoin de comprendre le monde, les autres, les oeuvres, puisqu’il suffit de les fabriquer à notre convenance. Perte de repères? Mémoire atrophiée? Des questions qui ne seront sans doute même pas abordées dans cette nouvelle muséographie. Lorsque sera venu le moment de nommer un quelconque guignol à la tête de la chaire, quel prétendant osera déclamer que ses convictions divergent considérablement de celles du mécène Gandur? Sans doute aucun. Pourtant, dans un entretien que nous avait accordé Patrick Aebischer en fin d’année dernière (L’auditoire, octobre 2014), le président de l’EPFL nous assurait alors que le sponsor n’avait aucun pouvoir sur la chaire qu’il subventionnait. Et que s’il était en désaccord avec le choix de la personne désignée par la commission, l’EPFL s’occuperait elle-même de financer le poste. On attend de voir. A l’époque, Patrick Aebischer faisait référence à la chaire subventionnée par Nestlé. Nestlé: profits colossaux, bafouement de droits syndicaux, stratégies d’abaissement du cours des matières premières agricoles, etc. Les universités, comme les écoles polytechniques fédérales, ont grandement besoin d’argent. Mais à quel prix?

Une nouvelle conception de l'université
Devons-nous nous heurter à des finances bien délicates alors que des mannes aurifères nous tendent les bras? Doit-on refuser l’aide de l’argent privé lorsque les budgets publics deviennent insuffisants? Patrick Aebischer devrait-il se priver de la construction d’un ultime bâtiment grandiose, et d’un peu de gloire au passage, avant de céder le timon de l’EPFL fin 2016? Et enfin: doit-on s’interroger sur les sources de financement de projets tels que « Under One Roof » quand on peut se contenter d’applaudir frénétiquement (et bêtement)?

Si la plupart des champs qui composent notre quotidien, à savoir la famille, le travail, la politique, ont d’ores et déjà mis le genou à terre et se sont amourachés des « règles du marché », le champ universitaire a, pour sa part, la responsabilité de résister à ses appâts grisants. D’une part parce qu’il est le lieu, par excellence, de la pensée critique et de l’acceptation de la complexité – et ainsi du renoncement au suivisme. D’autre part parce que son indépendance a pour résultante la qualité de sa recherche et de son enseignement – ce qui est, rappelons-le, sa seule véritable fonction. Ces deux arguments supplantent, à nos yeux, le diktat d’une productivité académique aujourd’hui banalisée et la course à l’excellence d’une société mondialisée. Mieux vaut en prendre conscience maintenant. Un jour ou l’autre, les émanations pestilentielles de l’argent sale pénétreront les murs de nos universités et nous rappelleront nos erreurs passées. Ce jour-là tombera le voile d’un savoir chimérique que l’on avait pourtant cru authentique. Ce jour-là, il sera trop tard.

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