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BCF : tête-à-tête avec Vérino
Mercredi soir, après deux heures de spectacle au Rolex Learning Center, Vérino nous a accordé un peu de son temps. Pas fatigué le moins du monde par sa prestation énergique et déjantée, il nous a averti être un grand bavard. Ça tombait bien, nous avions quelques questions à lui poser…

Tout d’abord, le spectacle que vous avez présenté ce soir est un spectacle inédit?


C’est mon nouveau spectacle, il n’est pas inédit, je l’ai déjà joué en Suisse. Mais effectivement, à chaque fois il est inédit puisqu’il y a énormément d’impro. Ce soir on a calculé avec mon metteur en scène : 44 minutes d’improvisation ! Ce qui est pas dégueu ! Enfin, je me suis vraiment marré, parce que le public était hyper chaleureux et à la moindre débilité tout le monde suivait ! Donc tu te dis que c’est génial, qu’on peut inventer des choses. On peut creuser et on perd pas le public. C’est cool.

Le rôle de l’humoriste c’est justement de faire rire en disant « n’importe quoi » ?


Oui, évidemment. Mais on est toujours sur un fil très fin parce qu’il faut réussir à créer une folie en fait. C’est ça le vrai challenge qu’on a en montant sur le plateau. C’est créer toute l’énergie qui va être propice à la liberté, qui va apporter du rire aux gens. Globalement, c’est ça mon travail (rires). C’est ça mon objectif et la plupart du temps ça se passe plutôt bien. Je dis ça pour être humble mais en vrai ça cartonne de ouf ! (rires). Des moments comme ceux de ce soir ils sont géniaux parce que c’est des plaisirs intenses où tu vas exactement là où tu veux. C’est-à-dire que t’es libre. Quand je croise des jeunes humoristes, alors que ça fait dix ans que je suis dans le métier, je leur dis que l’objectif ultime c’est la liberté. Si tu fais ce que tu veux sur le plateau, les gens te respecteront, ils suivront et tu pourras être drôle autant que tu le souhaites.


Quand vous parlez de liberté, ça veut dire que vous n’essayez pas vraiment de vous adapter au public et faites ce qu’il vous plaît ?


Non, non, au contraire. On est dans une écoute totale. C’est de la véritable impro en fait. L’impro c’est pas juste créer des choses qui viennent de ton esprit, c’est d’écouter ce qui se passe pour en faire quelque chose. Et donc là c’est de voir que je suis à l’EPFL et qu’il y a forcément des gens du campus dans la salle et en face il y a les montagnes, le lac, et les mecs font telles études. Et du coup, petit à petit tu crées des choses en expliquant, en discutant et finalement on arrive au stade du mec qui se branle tellement c’est un tueur parce qu’il est dans une école polytechnique. [ndlr : référence à l’un de ses sketchs] C’est le travail de l’improvisateur : être à l’écoute de ce qui se passe pour pouvoir créer des choses qui en découlent. Et quand il y a du matériel comme ce soir, c’est un vrai plaisir.

Il y a pas mal de choses assez osées dans votre spectacle. Tout le monde n’arrive pas à faire passer ce genre de choses par l’humour.


C’est vrai qu’il y a des trucs un peu limites qui pourraient faire saigner des oreilles. Mais en fait je pense qu’en réalité chaque humoriste à sa propre patte et je vous avoue que c’est quelque chose que je commence à explorer maintenant et que j’explorais moins dans le premier spectacle. Premièrement, ça me fait marrer et en plus j’ai l’impression que je peux me le permettre. Alors après on est pas brutes de décoffrage. On va pas parler branlette pour parler branlette, on va parler branlette pour parler humiliation, pour parler gêne et pour parler sensitif, pour parler peur. C’est ça qui m’intéresse en fait. C’est donner les images au spectateur pour qu’il ressente ce que j’ai ressenti à ce moment-là. Et donc, rien n’est gratuit, il faut des éléments qui justifient le moment de la gêne de la branlette pour que j’ose attaquer sur le truc. Donc au final, c’est un peu plus osé mais en réalité on est toujours sur les mêmes bases que le premier spectacle. C’est-à-dire : un travail de sensation. Dire aux gens « voilà ce que vous ressentez, voilà à quel moment vous le ressentez ». Et que les gens fassent « ah ouais, c’est vrai ! ».

Cette sensation, est-ce que vous la ressentez chez les spectateurs ?


Ouais, j’adore voir ces moments. Je joue ce spectacle depuis octobre 2013 et je continue à découvrir des choses. Evidemment, lors des toutes premières dates, le spectacle est écrit, tu montes sur scène et tu te demandes si les gens vivent vraiment ce que tu racontes ou non. Il y a une période de fantasme dans l’écriture : tu te dis que, normalement, tu n’es pas le seul à ressentir telle sensation dans une telle situation et quand on le livre et qu’on a les premiers rires on se dit que c’est génial et que les gens sont fous. (rires) Ils sont tous fous autant que je le suis. Et donc on ressent vraiment quand la folie part avec et que le public se libère autant que nous. On sent une énergie globale qui se crée. Ce soir, c’est ce qui s’est passé.

Par rapport à votre nouveau spectacle, est-ce qu’il y a encore des choses qui s’affinent au fil des jours ?


En réalité, tout le temps. Ma pâte à moi c’est d’avoir un work in progress sans arrêt. Je peux pas supporter de me dire que le spectacle est terminé et qu’il va être joué tel quel pendant un an et demi jusqu’à ce qu’on fasse un DVD. Ça m’insupporte, je fais pas ce métier pour faire ce métier. Je fais ce métier pour jouer, pour créer, pour être heureux et donc, quand je monte sur un plateau, mon objectif c’est de trouver mieux. Tout le temps. Et donc il y a des vannes en plus qui se créent chaque soir. Ce soir, avec toutes ces impros, il y avait certainement pleins de pistes intéressantes. D’habitude j’enregistre mais là je l’ai pas fait. Je fais confiance à mon cerveau pour que ça continue de cette manière là. Et si moi je m’arrête et je me dis que mon spectacle est bien comme il est, on n’aura pas tous ces moments de folie.

En parlant de folie, ce qui est impressionnant c’est que vous arrivez à parler de scènes de la vie quotidienne tout en glissant des choses un peu choquantes et en faisant parler des objets. Comment faire pour allier tous ces éléments ?


En fait c’est très compliqué parce qu’au début, quand on commence l’humour, on a envie d’écrire des choses qui plaisent à tout le monde. Mon rêve, c’était d’être humoriste. Donc j’ai écrit en cherchant à être humoriste : en écoutant les autres, en observant. Petit à petit je me suis rendu compte que, pour être original - parce que je cherchais à être original - il fallait trouver quelque chose. Comment faire : toucher des sujets qui n’ont jamais été traités ? Impossible, tous les sujets ont été traités. Et petit à petit j’ai fini par creuser pour savoir qui j’étais afin de trouver les choses qui me font marrer. Et c’est tellement profondément ancré en moi qu’aucun humoriste ne peut défendre ça, aucun autre humoriste ne peut écrire pour moi. C’est ça la vraie complexité, c’est qu’on en arrive au stade où tout ce que je dis me correspond complètement. Et donc, effectivement, c’est un panel de folies. Ça part effectivement d’un humour d’observation parce que c’est ce qui me fais kiffer. Mais une fois que tu as noté cette observation tu essaies de créer une situation autour de ça. Par exemple, dans le train, les mecs parlent fort. [ndlr : référence à l’un de ses sketchs] Une fois que j’ai noté cette observation je me demande quel est l’intérêt de parler fort. Je remarque que c’est parce que la conversation ne passe pas et je me dis que c’est génial, qu’il faut créer une situation autour de ça. Le coup du train c’était juste une observation et après j’ai rajouté des éléments. Petit à petit, on rajoute des couches. Le décalage arrive donc par après, au fur et à mesure que l’on rajoute des couches. C’est pour ça qu’on touche tout le monde. A l’origine, l’observation, ça ne va pas du tout intéresser certaines personnes, ou au contraire, en intéresser d’autres. Puis tu rajoutes une couche et ceux qui n’étaient pas convaincus au début le sont et à la fin, tu touches tout le monde parce que t’as élargi le panel. C’est pas une volonté de ma part de toucher tout le monde, mais c’est juste le résultat de l’évolution de ma pensée.

Ce soir, on a vu beaucoup de situations vues dans ONDAR [ndlr : On ne demande qu’à en rire] Vous aviez par exemple fait un sketch intitulé Le poisson est de saison. Ça rappelle le sketch de ce soir où vous parlez de l’incompréhension au téléphone.

J’adore ça. Quand on ne peut pas se comprendre c’est génial. C’est le moment où les gens luttent pour quelque chose qui est impossible. Et que les deux personnes ont raison. Je suis profondément empathique et je peux comprendre : des fois on a des problèmes dans le boulot et tu dois t’expliquer avec quelqu’un et parfois l’autre à raison aussi. Et quand les deux sont des têtes de con, et moi je suis une tête de con, on se retrouve avec deux personnes qui veulent prouver qu’elles ont raison. Et j’adore ce genre d’incompréhension folle. Comme « la gosse » par exemple, où les deux ont raisons : pour un c’est la gosse et pour l’autre c’est le testicule. Ben oui, tu te retrouves avec un mec qui veut montrer une photo de sa couille. [ndlr : référence à l’un de ses sketchs] J’adore créer ces moments d’incompréhension. Ça sort de l’observation pure. C’est pas juste un humour d’observation, c’est aussi une situation de jeu. En plus ça me permet de jouer. Parce que j’adore le stand-up, l’adresse au public, mais j’adore aussi le jeu. C’est un stand-up enrichi au final.

Vous êtes clairement ancrés dans le stand-up. Mais en même temps, votre manière de raconter fait aussi de vous un comédien.


Pour moi c’est ça le bon stand-up. On a un problème avec la télé française, c’est qu’il faut sans arrêt calibrer les trucs : stand-up, sketch etc. Et on peut pas décloisonner ça. « Toi tu fais de l’humour absurde, toi tu fais de l’humour noir ». Moi mon spectacle il est absurde, noir, stand-up et sketch en même temps. Donc je vais mettre du temps à faire comprendre ça au public. Ça prendra le temps que ça prendra. Mais je trouve dommage que le stand-up soit identifié comme un truc où on fait juste des blagues. Aux États-Unis, dans le vrai stand-up, les mecs jouent. Je parle du vrai stand-up et pas celui où on fait juste raconter sa vie.

A la ODB ? [ndlr : Olivier de Benoist]


Non, alors je trouve pas qu’ODB fasse du stand-up, c’est pour moi un personnage. Il a tellement un style à lui. Moi je parle pour de vrai. Il y a un moment où c’est Vérino qui s’exprime. ODB, on sait clairement qu’il parle pas comme ça dans la vie. Je trouve dommage qu’on réduise le stand-up à quelque chose de facile. Moi j’ai été confronté à ça. Chez Ruquier, le jury était persuadé que ce que je faisais était simple. Personne se rend compte à quel point c’est dur. Et c’est cool, c’est génial ! Si les gens se rendent compte à quel point c’est dur, ils n'aimeront plus le stand-up de la même manière. Ce qu’il faut c’est que ça ait l’air simplissime. Mais en réalité, pour arriver au spectacle de la qualité que vous avez vue ce soir, c’est des centaines d’heures de travail. Des centaines d’heures pour trouver pile la formulation qu’il faut, pour trouver pile l’image pour que les gens se disent : « Wahou, ok, je t’ai ! » Pour un sketch de trois minutes à ONDAR, il m’arrive de bosser cinquante heures. Pour un sketch à la fin duquel les gens disent que je me suis pas foulé.

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