X
X
L'auditoire

Téléchargez le dernier numéro de L'auditoire !

auditoire

Archives

time_machine

Remontez dans le temps ! Retrouvez tous les anciens articles de L'auditoire ici.

Rejoignez-nous sur Facebook

Suivez notre actualité au quotidien; retrouvez chaque jour articles, concours et photos!

Facebook
Campus
BCF : Entretien avec le grand gars-là
Samedi soir, tout juste sorti de scène après avoir enflammé le SwissTech Convention Center, le gigantesque et déjanté Eric Antoine nous a accordé quelques instants. Visiblement épuisé par sa prestation, le magicien n’en avait pas pour autant perdu son esprit et son enthousiasme. « Faites péter les questions ! », qu’il nous a dit. Urbains, nous nous sommes exécutés…


Tout d’abord, quel est votre sentiment par rapport à la représentation de ce soir ?
C’est toujours étonnant parce que ce sont des spectacles qui sont construits en une journée. Donc je connaissais Théo Dari, je connaissais le travail de Viktor Vincent, très peu celui de Vincent C, et quasiment pas celui d’Enzo Weyne. Donc il fallait se trouver, trouver un équilibre et un ordre, les enchaînements, les connexions, pour que ça n’ait pas juste l’air d’une suite de numéros qui n’ont rien à voir les uns avec les autres. Donc c’est toujours un peu inquiétant, assez costaud. Et moi ça m’oblige à un exercice que je trouve sympathique, mais douloureux aussi, c’est-à-dire que je suis obligé d’être presque dans une seule couleur, celle du maître de cérémonie, celle de l’efficacité, du rire, etc. Quand je suis en spectacle, j’aime à un moment poser les choses, être dans la poésie, dans le texte, le verbe, l’histoire, le sens. Et puis c’est une chose compliquée mentalement, parce que j’ai des morceaux d’anciens spectacles, ou alors que j’avais créés pour la télé. Donc c’est un patchwork de choses qui ne vont pas ensemble dans ma tête, que je n’ai pas faites comme ça. C’est aussi un petit peu compliqué. Et puis au final c’est bien sûr très jouissif, ça t’oblige à improviser, à trouver des choses en dernière seconde. Ça te maintient en éveil et cette adrénaline, c’est un bonheur.

Quelle valeur a pour vous l’inauguration d’hier ? Y a-t-il eu un trac particulier ?
Ouais, mais ce n’est pas vraiment l’inauguration, mais plus le public. J’ai toujours peur parce que j’ai envie que le public soit heureux. Et quand t’as cette envie terrible, et impossible finalement, parce que c’est impossible que tout le monde soit 100% convaincu du truc, mais t’as envie que ce soit au moins 99 %, et quand tu découvres les gens, t’as envie que tout le monde rie, pas qu’il y ait un mec qui ne soit pas heureux. Donc ça, ça monte ton niveau de stress. Le deuxième niveau de stress c’est de travailler sans filet, c’est-à-dire ne pas savoir ce qui va se passer exactement, comment ton copain va rentrer, sortir... Ça, c’est un peu compliqué, ça augmente bien le niveau d’angoisse.

Est-ce là le rodage d’un nouveau spectacle qui aurait commencé ce soir ?
Non, vraiment pas. Là, il y a des numéros que j’ai faits ce soir qui ont 8-10 ans, d’autres 5, 6, 2 ans… A chaque fois que je fais un spectacle, j’essaie de repartir avec 100% de nouveautés. Là je suis en train d’écrire un nouveau spectacle qui commencera en décembre prochain et ce sera 100 % nouveau, donc il n’y aura rien de ce qu’on a vu ce soir ou à la télé.

Les nouvelles technologies de la salle ont-elles été mises à profit pour le spectacle de ce soir ?
Oui, la salle est innovante dans sa configuration, dans sa modularité, mais je dirais en particulier pour des chercheurs et des scientifiques, et de ce qui relève de l’univers du colloque. Ce n’est pas une salle de spectacles. C’est une salle qui est un espace magnifique, avec un rapport au public qui est excellent, le son est excellent, mais dans le spectacle on a en général un travail sur les coulisses beaucoup plus important. Des coulisses avec parfois la même distance derrière toi que celle que tu as en face de toi, et en hauteur le double voire le triple de ce qu’on est capable de voir. Et c’est comme ça que l’on peut travailler sur des innovations théâtrales. Là, ce n’est pas du tout le cas puisque c’est une salle de conférence, sur laquelle il n’y a pas de coulisses, pas de loges de proximité. Ce n’est pas une salle de spectacle, et ce n’est pas la destination de cette salle, donc c’est un bien. Mais pour nous ce n’est pas évident, justement. C’est plus un défi, de rentrer dans une salle comme ça. Par exemple, on avait prévu une apparition d’hélicoptère à la fin qu’on n’a pas pu faire malheureusement, à cause des conditions de distance, de rapport au public etc., qui est possible en général dans un théâtre. Dans tout autre théâtre de 3000 places on aurait pu le faire, mais pas dans une salle de conférence.

Quel genre de salle est finalement la plus adaptée à ce que vous faites ?
En ce qui me concerne, j’ai fait des spectacles conçus pour des salles de 200-300 places, puis pour des salles de 600 places. Mystéric était un spectacle conçu pour 1000-1500 places. Et donc là de passer à 3000, ça veut dire changer les conditions techniques : il faut des écrans géants, et toute sorte de choses auxquelles je n’avais au final pas pensé pour ce type de spectacle. Mon prochain spectacle, par contre, est pensé pour des Zénith. On viendra donc avec trois semi-remorques, des écrans et tout ça, pour que les gens du fond puissent vivre la même chose que ceux de premier rang. D’ailleurs, dans ces très grandes salles, ce n’est jamais bien d’être au premier rang, parce que tout l’ensemble du spectacle échappe. Puisque pour un grand show on construit une image générale, il faut être au moins au 10 ou 15ème rang pour le vivre pleinement. Après, pour les autres magiciens, Vincent va très bien pour du 500-600, c’est génial, Enzo, lui, a des effets qui marchent plutôt pour du 1000 places, et puis Théo, un grand espace lui convient tout à fait. Mais vous l’avez vu, tous passent l’écran, passent la scène et ils cartonnent. Après, chaque soir est différent. Hier il n’y avait que des étudiants (alcooliques) donc c’était très rigolo, et ce soir c’était plus familial, et donc il y avait tous les âges, mais finalement c’était intéressant parce qu’il y avait une réelle différence et pas un groupe uni dans la pensée. Hier soir, on avait vraiment des vagues de rire unies, ce soir on avait des groupes de pensées différentes qui avaient des émotions différentes, et tout ça transforme donc ton spectacle, et c’est intéressant.


Vous pratiquez un genre de magie assez redondant, mais dans un sens positif. Est-ce que ce sont toujours les mêmes tours, qui au final ne vieillissent jamais ?
En fait, avec Réalité ou Illusion ?, mon précédent spectacle, j’étais dans un univers très cabaret, c’est à dire que j’étais vraiment dans une adresse directe au spectateur : des tours comme ceux du billet dans le citron, les cartes, qui ont été donnés ce soirs. Donc des choses très classiques de prestidigitateur, que j’ai remis à ma sauce et que j’ai fait délirer. Après dans Mystéric, il y a eu des choses plus psychiques, que je n’ai pas vraiment faites ce soir, parce qu’elles sont trop théâtrales. Et par exemple, il y a le numéro des sept colombes, le dreambag avec l’explication qui suit. Et là, j’avais une envie de plus de théâtralité ; il y a toute une histoire, un fil : « qu’est-ce que la magie ». Et j’essaie de l’expliquer, au travers de la prestidigitation, du secret et ensuite du mystère. Et le prochain spectacle, qui s’appelle Eurêka, il y a une évolution, en sachant que j’étais dans le café-théâtre, que j’allais vers une théâtralité et que maintenant j’essaie de passer vers le grand show. C’est-à-dire que je vais faire des grandes illusions, un petit peu comme fait Enzo Weyne ce soir, mais que je vais faire délirer. Chaque grande illusion aura un twist, une connerie, donc c’est une espèce de réinvestissement. Tu réinvestis ce que tu avais dans un précédent spectacle pour en offrir le maximum au public. C’est comme ça que je vois l’évolution et que j’essaie d’éviter la redondance.

Vous considérez-vous plus humoriste ou magicien ?
Les deux, vraiment les deux. Quand, comme ce soir, je suis sur un plateau de magie, j’accentue le côté magicien et il m’arrive à l’inverse, quand je suis en spectacle, de faire 15-20 minutes juste en parlant, sans faire aucun effet magique. Et j’ai la vraie jouissance de ça. Et puis après, je peux de nouveau faire un tour de magie toutes les 30 secondes. J’ai un plaisir à pratiquer ces deux arts et à les allier.

Justement, quel est le secret pour harmoniser ces deux facettes ? Il y a toujours le risque que l’humour ne nuise à la magie…
Oui, c’est tout à fait vrai. Il n’y a pas de secret, c’est vraiment une cuisine du quotidien et de trouver la part juste qui fait que l’humour n’efface pas la magie et que la magie ne rende pas l’humour faible. Donc ce qui est marrant, c’est que tu as deux écritures différentes. L’humour est une écriture qui est tournée vers le futur : tu dis une vanne, les gens l’écoutent, rient, et attendent la prochaine. Ils ne sont pas en train de se dire : « Ah ! t’as entendu ce qu’il a dit ? »… Alors que la magie, tu regardes un tour et tu restes bloqué dans le passé : « Mais comment est-ce qu’il a fait ça ? Qu’est-ce qui vient de se passer ? Comment est-ce possible ? ». Et donc il y a une espèce de dichotomie, qui tire le spectateur des deux côtés et qui toi-même te tire dans ton écriture. Tu crées une tension dramatique jusqu’à ce point final qu’est le tour de magie. Et finalement, quand tu as posé ce point, les gens regardent tous vers le passé, donc il faut que tu entraines les gens vers l’avant avec l’humour. Et moi je trouve que ce double mouvement est très jouissif parce que finalement ça joue la fonction de surprise, encore une fois. La magie est montée sur la surprise et l’étonnement, l’humour aussi, puisqu’il y a la fin de phrase qu’on attend pas à tel moment. Et finalement les deux se complètent dans cette thématique-là qu’est celle de la surprise.

Comment appréhendez-vous les différents publics, que ressentez-vous de différent ?
Y’a pas un cas général : le public parisien, le public genevois, le public vaudois, jurassien (alcoolique aussi), il y a beaucoup de publics différents. Et dans une même région, tu as tous les publics puisqu’il y a de la mobilité, et que d’un soir à l’autre, ça peut être vraiment très différent. Typiquement entre ce soir et hier soir. Entre l’origine intellectuelle, sociale, tout change. Après, comme je tourne beaucoup, je sais qu’il y a des régions où le public va être fou, va se lâcher vraiment et va être quasi aussi fou que moi, alors que je sais qu’il y a d’autres publics qui sont plus réservés, qu’il faut convaincre. Par exemple, au Nord de la France, c’est des malades ! Alors qu’au Sud, ce sont des malades mais dans un sens inverse, c’est-à-dire qu’il faut se battre contre eux pour les convaincre. Et tu retrouves les mêmes choses en Suisse francophone : sur peut-être deux millions de personnes, entre un valaisan ou un vaudois, tu sens une différence, entre Lausanne et Genève tu sens une différence, entre Montreux et le Jura, je dirais que les Jurassiens se rapprochent plus des gens du Nord, des gens très directs. Le Genevois, en effet, se rapproche plus du Parisien, celui qui sort beaucoup, qui est averti et qui a vu des choses, qui demande à être surpris, en vivant quelque chose qu’il n’a jamais vécu avant. Et ce public-là est plus difficile à faire réagir. En même temps chaque public a ses plaisirs et quand tu es épuisé, tu te dis : « Ah, c’est dur un public difficile à convaincre ». Mais parfois, quand tu as la pêche, tu préfères, parce que c’est un défi et que quand tu joues tous les soirs, quasiment tous les soirs comme je le fais, tu as envie qu’en face il y ait des difficultés, pour trouver des choses en toi aussi.


Propos recueillis par Fanny Utiger, Yves Di Cristino et Thibaud Ducret.

Téléchargez le dernier numéro de L'auditoire !

auditoire

Archives

time_machine

Remontez dans le temps ! Retrouvez tous les anciens articles de L'auditoire ici.

Rejoignez-nous sur Facebook

Suivez notre actualité au quotidien; retrouvez chaque jour articles, concours et photos!

Facebook

Téléchargez le dernier numéro de L'auditoire !

auditoire

Archives

time_machine

Remontez dans le temps ! Retrouvez tous les anciens articles de L'auditoire ici.

Rejoignez-nous sur Facebook

Suivez notre actualité au quotidien; retrouvez chaque jour articles, concours et photos!

Facebook

Recherchez dans les articles

Agenda

Sélection d'événements choisis par la rédaction, pour ne plus rien manquer dans la région.

auditoire

Abonnez-vous, c'est gratuit!

L'auditoire n'est plus envoyé automatiquement à toute la communauté universitaire.
Si vous souhaitez continuer à recevoir notre douce prose dans vos foyers, il vous suffit de remplir le formulaire ci-dessous.

Et si vous nous aimez vraiment beaucoup, vous pouvez souscrire à un abonnement de soutien.