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Campus
Éloge de la folie
Lundi matin : tollé sur le campus, provoqué par l’annonce, dimanche soir, de la suspension par l’Union européenne des accords Erasmus avec la Suisse (voir notre article « Adieu Erasme »). Au-delà des raisons d’une telle décision et de ses conséquences et applications concrètes, c’est tout un monde – littéralement – qui menace de se fermer pour des milliers d’étudiantes et d’étudiants. Réaction à chaud de l’un d’entre eux, fraîchement revenu d’un semestre d’échange.

La démesure berlinoise © Bruno Pellegrino


« La démesure nuit à la Suisse », paraît-il. C’est en tout cas ce qu’ont prétendu ces derniers mois les affiches de l’UDC. Et il faut croire, au vu des tristes résultats de ces sombres votations, que la formule a fait mouche. Ainsi, notre petit pays n’aurait pas les épaules assez larges pour supporter l’excès, la profusion, le monumental et le déraisonnable. Soit.

Qu’on me permette toutefois de ne pas être d’accord. Qu’on me permette de déclarer qu’une telle affirmation – la démesure nuit à la Suisse – ne peut qu’émaner d’individus n’ayant jamais mis, ou si peu, les pieds hors de ce pays, ne s’étant jamais confrontés à cette « démesure » qu’ils pointent d’un petit doigt tremblant et rageur, confits qu’ils sont dans une médiocrité bien-pensante et confortable.

Je suis parti à Berlin. Ça n’a rien d’original – qui, dans notre « génération easyJet » (autre formule-choc), n’y est jamais allé ? Mais je ne suis pas seulement parti, je ne suis pas seulement allé à Berlin ; j’y ai séjourné, j’y ai vécu, il a fallu quitter Berlin, en revenir. Ça n’a rien d’anodin.

À Berlin – mais la ville importe peu, la même chose me serait arrivée à Chypre ou au Liechtenstein, en Slovaquie ou en Finlande –, j’ai pris la mesure d’autres espaces, d’autres concepts, d’autres vues. Je pourrais raconter des anecdotes : la recherche d’un appartement, la rencontre avec mes colocataires, le premier jour à l’université, les fêtes, les profs et les cours, les bières au bord de la Spree, les frayeurs administratives, les amitiés internationales, la mélancolie des derniers jours – et tout ça serait vrai, oui, tout ça a existé, et tout ça a compté, compte encore, c’est ce qui reste, des mois après.

Ce que j’ai appris, et que je comprends lourdement aujourd’hui, c’est qu’il nous manque, en Suisse, un peu de folie. Je ne parle pas de la bêtise – celle, par exemple, qui conduirait à se tirer une balle dans le pied –, non non, ça on connaît, on pratique, on maîtrise. Mais la folie qui conduit à la démesure, qui pousse à voir un peu plus haut, un peu plus loin, un peu plus grand : ça, non, on ignore, ce n’est pas au programme, on ne veut pas en entendre parler. Conséquence directe : on se recroqueville, pauvres de nous qui n’avons rien compris !


Ce qui me dépite profondément, à cette heure, c’est que cette expérience de la démesure est un privilège aujourd’hui menacé. Je ne doute pas que nous ne trouvions des arrangements, que d’autres accords puissent être conclus, que les programmes académiques ne reprennent très rapidement. Mais il est trop tard pour atténuer la force du signal que nous avons envoyé au reste du monde. Nous sommes frileux, et celles et ceux parmi nous qui désireraient ne pas l’être – en se lançant, par exemple, dans la folle et parfois fastidieuse et toujours excessive, monumentale et déraisonnable aventure d’un séjour Erasmus – vont devoir batailler pour regagner un terrain patiemment acquis depuis la fin des années 1980 et, sinon perdu, du moins mis en péril en un seul stupide dimanche d’hiver.

Bien sûr, l’initiative de l’UDC ne prévoyait pas de mettre des bâtons dans les roues aux étudiants désireux de partir à l’étranger. L’important, n’est-ce pas, était d’endiguer une immigration de masse qui risquait à tout moment de faire s’écrouler nos pâturages – mais si nous, étudiants, voulions aller voir du pays, grand bien nous fasse, avec un peu de chance nous rentrerions dans nos chaumières soulagés et satisfaits de voir que quand même, hein, quel beau pays nous avons.

Seulement voilà : quand on crache dans la soupe, il est fort probable de se retrouver à devoir, à un moment ou un autre, ravaler ses glaires. On en est là, apparemment. Bon appétit.

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